Le prix du danger

Le prix du danger

Je reviens sur l’accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à dix participants d’un jeu télévisé de TF1 en Argentine, dont trois champions français Camille Muffat, Florence Arthaud et Alexis Vastine. Faut-il imputer à la télé réalité une part de responsabilité dans ce drame ?
Jeu d’aventure ou télé réalité de l’extrême ?

Périodiquement, la question revient quand il faut déplorer un ou des morts au cours d’une émission de divertissement. Ce n’est pas si rarissime, si l’on se souvient de la Chasse au trésor, il y a trente ans, avec Philippe de Dieuleveult, qui a disparu alors qu’il descendait les rapides du fleuve Congo. En 2010, c’est un candidat d’une émission de M6, Trompe-moi si tu peux, qui s’était suicidé avant la diffusion du programme qui n’a d’ailleurs jamais vu le jour. Un an plus tard, c’est un participant de Loft Story, l’émission de TF1, qui mettait fin à ses jours. Il y a deux ans, déjà, ALP, la société de production qui produisait cette année le jeu Dropped pour TF1, avait dû faire face à un accident cardiaque qui avait entraîné la mort d’un candidat de Koh Lanta puis, après la polémique qui s’était ensuivi, le suicide du médecin de l’émission. Et si l’on regarde à l’étranger, les exemples de décès ne manquent pas non plus dans le jeu d’aventures. En 2005, une jeune australienne de 17 ans a fait une overdose de médicaments après avoir participé à un jeu où il s’agissait de vivre comme dans une colonie du 19ème siècle tandis que, deux ans plus tard, une candidate américaine d’un jeu de pirate sur Discovery avait mis fin à ses jours.


Alors le crash accidentel d’un hélicoptère est-il à mettre sur le même plan ? Non bien sûr. Mais l’on sait aujourd’hui que si les deux hélicoptères étaient si proches au point d’entrer en collision, c’est parce que l’un filmait l’autre, selon le PDG de la société de production. Ensuite, pour cette émission d’aventure en milieu hostile où les participants sont lâchés sur le terrain, les hélicos étaient prêtés par la région argentine de la Rioja. Ce prêt destiné à faire connaître cette région s’inscrit-il dans l’économie de ses émissions de télé réalité qui coûte 700 000 euros à l’unité, font des audiences assurées et où la chaîne peut espérer gagner trois fois plus en publicité ?

Le fait est que les séries sont plus aléatoires et coûte plutôt 1 million d’euros par épisode. Enfin, la production et la chaîne ont pris soin de contrôler leur communication de crise en rappelant qu’il s’agissait de pilotes chevronnés mais ils n’ont pu empêcher l’animateur de l’émission Louis Bodin de se faire filmer au JT devant les débris d’un hélicoptère. Chassez le naturel de la télé réalité, il revient au galop dans la pampa argentine. « L’obsolescence de l’homme suit l’obsolescence des produits », préfigurait il y a cinq ans le philosophe Bernard Stiegler après le premier mort de la télé réalité en France. C’est là le prix du danger.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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