Le Printemps des médias, version Bêta

Le Printemps des médias, version Bêta

Samedi 27 juin après-midi, s'est déroulée au NUMA à Paris la première édition du "Printemps des Médias", une rencontre qui visait à aborder les problématiques auxquelles font face les nouveaux venus dans le monde des médias. Animé par des journalistes, des universitaires et des communicants, l''événement a trouvé une audience d'une centaine de personnes. Voici ce qu'il faut retenir de l'esprit de la rencontre et des principaux enjeux soulevés. 

Les Jours, Le 1, Socialter, Intégrales, Le Zéphyr, Tortuga, Ijsberg, l'Imprévu… ces deux dernières années ont vu éclore une pléthore de nouveaux médias qui revendiquent chacun leur originalité. Les usages et les outils numériques ont fait naître des possibles, mais aussi des imaginaires, qui restent jusqu’à présent peu explorés. D’où la nécessité d’interroger de manière critique les récents modèles éditoriaux, au point de vue de leur pertinence et de leur complémentarité, des espoirs et des essais dont ils portent le récit.

 Après une table ronde qui mettait en jeu, non sans provocation, le bienfondé de lancer son titre de presse en 2015, deux séries de quatre ateliers invitaient le public à échanger autour de trois grandes problématiques qui intéressent les médias numériques : le financement et la monétisation des contenus, les nouvelles frontières des web rédacs et la déontologie des nouveaux formats de l’investigation.

 Il s’agissait de confronter des points de vue à la lumière de retours d’expériences singulières, de sorte à produire un réel travail de réflexion en commun. Idéal, à la fin du mois de juin sous trente degrés, me direz vous...

- Découvrir leLivetweet de l'événement, sur le site "Printemps des médias"
- Réécouter Le livestream de l'événement en ligne sur le site du NUMA

Ziad Maalouf, de l'Atelier des Médias, était un des interlocuteurs de la table ronde du Printemps des Médias 

Nouveaux médias, médias nouveaux ? 

Ce n'est pas nouveau que d'être nouveau ! La table ronde, qui réunissait des jeunes pousses aux cotés de Jacques Rosselin, a permis de débusquer quelques poncifs. 


Tous les récents dispositifs d'information en ligne et/ou en print nés après 2010 ont en commun d'être des natifs du numérique. Pour autant ils ne sont pas identiques. On peut les classer en trois types : 

- Il y a les nouveaux venus, développés par de jeunes journalistes  qui débutent dans le métier en créant leur média ou en intégrant un néo-média. Leur valeur ajoutée : des modèles économiques originaux et des micro-équipes aux compétences diversifiées (éditorial, multimédia, développement, data analyse...) : Intégrales Mag, L'imprévu, Sans A, Spicee

- Il y a les vieux briscards de la presse print qui créent leurs médias : Les Jours, Le 1. Leur plus c'est l'expérience, bien sûr ! 

- Il y a les grands titres de presse qui lancent leurs satellites numériques : Tous les internets / Alle Internetze d'ARTE, Désintox de Libération, L’Equipe Explore, RFI et son RFI | Atelier des médias. L'avantage est que ces structures sont indépendantes tout en bénéficiant d'une indépendance et du soutien financier des grands groupes de presse. 

Nouveaux venus, donc mais pas ex nihilo. Car, il s’agit bien d’une deuxième vague de médias numériques natifs, qui succède à  Slate, à Rue 89 ou au HuffPost, par exemple. Les  influences des derniers venus sont multiples. Parmi elles, on compte les pure-players américains tels que Vice ou Quartz, et dont les rédactions incorporent, outre des journalistes,  des développeurs, des designers, des communicant, mais aussi les premiers médias français a s’être dotés de têtes de pont du numérique, à l’instar du Monde, avec ses Pixels.

Enfin, rappelons que la presse print professionnelle d’information dite « traditionnelle » reste un modèle de déontologie de l’information. Elle est l'horizon de référence de tout nouveau média qui veut se distinguer de pure-players de type Buzzfeed, cette hydre à tête de chatons, selon le mot du journaliste Nicolas Becquet, présent aussi au Printemps des Médias. 

Contexte d’émergence 

L'étoffement de l'offre en ligne reçoit deux explications : 

1.  Technologique : 

  • Le développement du mobile, qui a permis la multiplication des applications. 
  • Les outils : l’essor d’outils propices à la création de nouveaux formats d’information (Racontr, Periscope, …).

2.  Financière : 

  • L’essor du crowdfunding (Ullule), le développement des incubateurs de start up médias (par exemple,  MediaLab Session ). Certains médias ont su story-telliser leur levée de fond, comme c'est le cas de Jours, ce média fondé par des anciens de Libération. 
  • La fin du tout gratuit sur le web (paywalls, offres premium/freemium) abonnements, … qui donne l'espoir de pouvoir développer son entreprise de presse, notamment en recourant au hors média. 


Raison d'être dans l’écosystème de la presse

Ces médias présentent l'intérêt d'être relativement indépendants tout en étant visibles, et ciblant un public précis. Contexte , par exemple, est un média de niche. Ils constituent un  bouillonnement éditorial propice à un traitement singulier de l’information, à des angles et des points de vue inattendus. Parfois, un ancrage local ou international offre une couverture d’événements ignorés par les grands titres de presse. 

Une critique nécessaire 

Si les usages et les outils numériques ont fait naître un foisonnement d’initiatives, il était temps d’en venir à la critique des nouveau médias. C'était le but du Printemps des Médias, qui a apporté à cet égard davantage de questions que de réponses. 

1. Un foisonnement fragile :
« Je n’ai jamais vu autant d’inventivité et de précarité à la fois » avait soupiré Fleur Pellerin lors de la remise du rapport Charon en mai 2015. 

  • Il arrive fréquemment que l'’entreprise de presse soit officiellement lancée, mais le développement stagne dans sa première phase : comment donner un coup d’accélérateur ? Les journalistes-entrepreneurs se heurtent à la difficulté d’embaucher pour accélérer la production. 
  • Un émiettement des structures est à craindre, au risque que s’installe une certaine confusion chez les internautes. Ne serait-il pas plus productif de s’agglomérer ? Que vaut la création d'incubateurs de presse ? 

2. L’audace reste à démontrer, tant dans la forme que dans le fond. Qu'est-ce qui relève des formats, qu'est-ce qui relève des démarches ? La "disruption" articule t-elle toujours le fond et la forme ? Durant l’été, la chaîne locale suisse Léman Bleu réalisera entièrement son JT avec des smartphones. Annonce t-elle enfin la fin de la grand messe ? A suivre ! 

3. La dimension déontologique des nouveaux formats de l’investigation vient tout juste d'être abordée. Comment le journalisme narratif, développé à la faveur d'interfaces de plus en plus perfectionnées, à l'instar de Racontr, permet-il au lecteur de dissocier l'aspect émotionnel du visuel et des sensations sonores de l'aspect rationnel de l'information qui lui est transmise ? Et si des blogs comme AFP Making Of, qui retracent le processus par lequel une situation actuelle devient une information étaient un exemple de déontologie du journalisme en acte ? 

La curiosité est un enjeu d'éthique du journalisme, a rappelé  Alexandre Michelin. Regarder sa propre nouveauté croître n'a que peu d'intérêt, quand il nous est donné, avec l'internet, d'observer tout ce qui se réalise avec autant de facilité dans d'autres pays du monde. 

A réécouter sur l'Atelier des médias de RFI : "Le Printemps des médias", une émission en amont de l'événement qui revenait sur ces médias qui se créent. 

Pourvu que le Printemps des médias ait fait bourgeonner idées et initiatives !

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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