Le Piaf qui tua les journalistes

Hier soir je profitais d'un assiette de pâtes à l'amatriciana (al diavolo le regime pre-estivale) et d'une conversation intéressante: mon journaliste de mari et un collègue à lui, tous les deux près de la cinquantaine, discutaient de boulot, de syndicat, des collègues et du métier en général. Ca faisait un moment qu'on avait pas vu ce copain qui, ennuyé par un métier "qui ne lui dit plus grand chose", à quitté momentanément la rédaction pour laquelle il travaille depuis des années pour faire des remplacements en tant que redac chef adjoint la ou il y en a besoin. Objectif: "se mettre en danger" professionnellement, apprendre quelque chose, comprendre ce qu'il lui plaît. Car ce qu'il lui plaît plus est très clair: plus envie de trimer comme un fou pour être sur 6 sujets à la fois, pour être sur la nouvelle avant les autres, plus envie d'être en compétition avec les jeunes. On a parlé de Twitter, de Youtube, de la vérification des sources, du rôle que tout cela joue sur le métier de journaliste. Notre ami est connu pour sa haine vis à vis de "la machine" (c'est comme ça qu'il appelle l'ordi) et pour le fait qu'il n'arrive à écrire le commentaire de son sujet qu'avec une feuille de papier et un crayon. Il me dit: "Je sais, nous allons disparaître, le JT ne va pas faire vieux os". Il me dit de la lassitude de devoir faire un métier difficile de façon artisanale, d'être entouré par des collègues souvent fainéants et peu précis, de ne pas avoir le temps d'approfondir un sujet car dès que c'est fait, l'on est toute de suite sollicités ailleurs, sur autre chose, parce que faut boucler, vite, vite, vite. "Pas le temps d'apprendre à utiliser ces nouveaux machins, pas le temps tout court". Voila ce qu'il me dit. Et c'est bien triste, parce que il est un excellent journaliste. Un excellent journaliste qui perds espoir, énergies, envie.  Ces gens sont de plus en plus sollicités par des flux incontrôlés d'information, qui leur vient de partout, sous toutes formes. Faut savoir maîtriser, et ce n'est pas toujours évident. Il y en as qui essayent, il y en a même qui réussissent, mais la plupart donnent l'impression d'être paumés, mal à l'aise. C'est comme si l'on demandais à ma grand-mere de jouer Guitar Hero (quoi que, vu la vitesse à laquelle elle fabriquait des orecchiette maison, c'est pas dit...). Mon ami me raconte d'une jeune journaliste qui a ouvert un compte su Twitter et qui regardait l'écran dans l'attente que quelqu'un avec des infos croustillantes la contacte. Dommage, elle ignorait qu'il faut d'abord créer un réseau de followers et, par exemple, signaler son existence avant que le miracle se produise. Pratiquement, c'est les Bidochons 2.0 Entre temps, le temps pour caler des interviews, pour gratter un sujet, pour écrire son commentaire s'écoulait. Résultat, no news today. Et alors je me pose une question: faut-il changer la façon de faire du journalisme ou tout simplement les journalistes (on vire les vieux allergiques au technologies et on en prends des nouveaux, connectés, qui savent twitter, qui connaissent les derniers logiciels de vérification des sources, qui - il leur suffit un coup d'oeil - excluent en deux secondes une imagé photoshoppée) ? Sommes nous prêts à renoncer à l'angle, au langage, au traitement de l'information qui caractérise le journalisme d'enquête, pourvu qu'on sache tout et toute de suite? Y a t'il moyen de trouver un compromis ou faut-il que je me résigne à préparer des tonnes de pâtes à l'amatriciana pour consoler tous les vieux journalistes au chômage de la région?

Eh ben, voila, je publie mon billet sur l'Atelier des Médias, et je me rends compte qu'une très longue et très intéressante itw avec Eric Scherer vient d'être publiée précisément sur les mêmes thèmes...les grands esprit se rencontrent, ou alors le thème en est vraiment un. 
Je vais acheter des copies du bouquin de M Scherer comme don de bienvenue pour mon nouveau Hospice pour Journalistes.
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Commentaires

  • quand je suis concernée directement...:)
  • Joli article merci Sara :)
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