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« L'agriculture paysanne, familiale, agro écologique, comme pilier des politiques publiques en vue de garantir la souveraineté alimentaire et s'attaquer aux défis environnementaux », tel est le thème d’un débat national, organisé, ce mardi 31 mai 2016 à Port-au-Prince par la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA). L’objectif est d’influencer le débat sur l'orientation des politiques publiques en matière agricole pour porter les décideurs à mettre l'agriculture paysanne, familiale et agro écologique au centre de leurs stratégies.

Pour jeter les bases des réflexions  sur le droit à la terre et la souveraineté alimentaire en Haïti, Camille Chalmers, directeur exécutif de la Papda, dans une présentation, a rappelé que depuis quelques années, le débat sur l'orientation de la politique agricole dans le pays est relancé. Des mégaprojets et projets liés aux secteurs de l'agrobusiness, des zones franches agricoles, des zones franches industrielles, du tourisme de luxe et de l'exploitation minière ont été implémentés. Ces initiatives, selon lui,  sont à l'origine d’un processus d'accaparement de terre et d'expulsion de milliers de familles, particulièrement dans le segment des petits exploitants  paysans. Poursuivant que cette situation est caractéristique non seulement du manque de dialogue et de concertation sur l'orientation des politiques publiques dans le pays, mais aussi elle est liée à la mise en application du slogan politique "HAITI IS OPEN FOR BUSINESS", visant à garantir la rentrée massive des  investissements directs étrangers (IDE).

Camille Charlmers ajoute que tout cela se passe dans un contexte socioéconomique assez difficile, où Haïti connaît une augmentation significative du taux d'inflation, une augmentation constante du nombre de personnes menacées ou souffrant de la faim (estimé aujourd’hui à plus de 3,5 millions d'habitants, en majorité paysans), une accélération de la paupérisation des couches majoritaires de la population, un retrait considérable de l'État dans la fourniture des services sociaux de base avec très peu d'investissements publics. Il dit constater cette dégradation généralisée alors que les effets d'annonce des Organisations non-gouvernementales (ONG) et Agences de développement international quant à des investissements dans le milieu rural et dans les services sociaux avec des résultats fantômes cohabitent avec une drastique réduction de l’aide publique au développement captée par Haïti.

 

D'un autre côté, le professeur Chalmers poursuit ses réflexions pour dire que les politiques de libéralisation commerciale appliquées sans réserves par Haïti, sous la dictée des Institutions financières internationales (IFI) détruisent de plus en plus tout ce qui reste comme mécanisme et outils nécessaires à assurer la souveraineté alimentaire dans le pays notamment par la pratique du dumping sur les produits agricoles des paysans haïtiens, comme le montre la récente initiative du département de l'Agriculture des États-Unis d'Amérique pour envoyer une aide en pistache à Haïti, utilisant le  prétexte de l'aide humanitaire. L’économiste a martelé que  ce don s’inscrit dans le cadre des problèmes de surproduction et de difficultés de stockage des agriculteurs américains. Soulignant que l'absence des politiques de soutien aux agriculteurs haïtiens, la libéralisation commerciale (baisse des tarifs douaniers), l'accaparement des terres / l'expulsion des paysans, la promotion des stratégies de monocultures (bananes, pites...), l'exploitation minière, le tourisme de luxe, les zones franches industrielles sur des terres agricoles, les projets de barrages hydro-électriques, entre autres, sont autant de freins et de menaces pour l'agriculture paysanne familiale agro écologique, le droit à la terre et la souveraineté alimentaire dans le pays.

Pourtant, il explique que face à la crise environnementale aigüe que vit le pays, face aux risques de catastrophes naturelles, les effets des changements climatiques, diverses recherches, études, analyses tant en Haïti qu'au niveau international, ont prouvé que seule l'agriculture paysanne, familiale agro écologique est capable d'apporter des réponses alternatives claires face à la problématique de la faim, à la crise environnementale et à la redynamisation de l'économie du pays.

 

Au terme de ces assises, la Papada espère que la lutte pour le droit à la terre et la souveraineté alimentaire dans le pays soit  renforcée. Les autorités étatiques sont informées, sensibilisées sur les thématiques de l'agriculture paysannes familiale agro écologique, de la souveraineté alimentaire. Des espaces de dialogue pour traduire leurs engagements en lois et politiques publiques doivent être mis en place, estime le PAPDA.

 

Therno N. A. Sénélus

stherno@lenational.ht

 

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