C'est une question que je me pose, ces derniers temps. Plongé en journalisme 2.0 depuis environ 10 ans, ayant bouffé de la techno (et de son application) sous plusieurs latitudes et formes, je me demande vraiment : mon métier va t-il se réduire un jour à une simple trousse à outils technologiques?

J'avais ironisé il y a quelques mois, sur le blog du projet LeWebLab, sur cette idée d'une possible suite GooglePress Manager, née dans les cerveaux féconds du cousin américain. Mais au fond, n'y est-on pas déjà? Il me semble que le métier devient de plus en plus sa capacité à s'immerger dans des outils de production, de rendu web, à la fois comme utilisateur, concepteur, développeur. N'avez-vous pas remarqué? "Définir un cahier des charges", "exprimer le besoin métier", "déployer une solution" sont des expressions de plus en plus usitées en journalisme moderne. Alors qu'elles appartenaient auparavant au seul monde techno-web-informatique... Lequel nous a passablement contaminé et dominé? Sans doute. Plus les anglicismes de bon ton, issu du milieu managérial le plus débridé.
On en arrive un peu au point que "les moyens justifient la fin". Et qu'une synthèse singulière d'un conscience en prise sur son monde, soit écartée au profit d'un agrégat de fonctions et d'outils distants, de technicités plurielles. L'efficacité sur le métier, est devenue celle de la maîtrise en virtuose, en super zappeur, de cette
furia technologique décrite aussi tantôt. Furia qui nous éloigne de la nécessité du terrain : sélectionner des vidéos sur YouTube, audiocaster par téléphone web, organiser des vidéo-conférences... C'est si simple au fond, malgré les plantages. Tout exécuté depuis son siège et sur ordinateur, plutôt que sur le terrain.
L'équation du journalisme contemporainAlors tentons l'expérience ultime. Réduisons complètement le journalisme à une équation la plus sobre possible, la plus évidente, celle de notre époque. Ce qui nous donnerait :
un clavier + une connexion = un contenu informatif produit. Peu importe la qualité, la probité, la pertinence du contenu. Il faut juste le produire pour nourrir le flux, accompagner la vague, rester connecté tout le temps.
Plus vraisemblablement, nous avons affaire désormais à des "équations métiers", comme par exemple dans le journalisme écrit. Ou la chaîne logique serait plutôt : article écrit efficace = texte googlisable + push sur les réseaux sociaux, etc, etc. Ce qui peut même en découler de nouvelles organisations, et/ou modes de travail.
On parle de moins en mains d'éthique et de combat, de plus en plus de problématiques techno-web. Cherchez l'erreur... et sans pudibonderie. Car tout ou tard, nous la commettrons tous, ou même nous l'avons déjà commise...
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