Le journalisme (moderne) dans tous ses états

Il y a quelques temps, on nous bien vendu en long et en large, les "états généraux de la presse" (écrite)... qui n'en étaient pas vraiment. Aréopage de puissants et moguls, ils n'ont accouché de rien d'autre qu'un constat d'échec face à la compréhension du gloubiboulga qu'est devenu la presse aujourd'hui. Et au premier rang, de ceux qui la fabriquent : les journalistes.


Cette corporation cartée et titulaire d'abattement fiscal (la mienne) ne cesse de se re-définir par rapport aux coups de buttoir, remises en cause, modernisations, crises, etc. qu'elle subit violemment depuis 2005. Date de l'envol des blogs, puis immédiatement relayés par les réseaux sociaux en ligne, qui a marqué le début de son obsolescence. En effet, pourquoi continuer à payer des journalistes dont on peut remplacer les contenus par d'autres (gratuits) et qui, en prime, rechignent à "passer sur le web"... C'est la double peine!

De fait, le journalisme vit plusieurs mouvements, visant à lui donner une nouvelle substance ou à acter ses difficultés d'existence en tant que tel :

- le journalisme mutant : j'en parlais ici il y a quelques mois, actant la profusion des appellations de type "journaliste chef d'orchestre", ou "journaliste DJ"... bref celui qui doit être multifonctions, multi-usages, se remettre en cause et produire toujours plus de contenus, en dépendance totale face à son "écran". Ce visuel pour le résumer...

- le journalisme recyclé : c'est la tendance forte développée (discrètement) depuis fin 2008. Viré, poussé au départ, rendu caduque... il se transforme en "indépendant" sur le marché. Qui trouve peu de missions "journalistiques" mais beaucoup de com' et de consulting. Qui parfois rend le tablier pour faire radicalement autre chose... Voire s'imaginer en "journaliste-entrepreneur", comme l'a par exemple formalisé Philippe Couve.


- l'entre-journalisme : c'est la dernière tendance, actant cet état "intermédiaire perdurant", du journaliste incapable de reprendre un poste fixe, buzzant online par obligation (pour rester dans la partie et se faire repérer), travaillant comme formateur ou consultant. Il est aussi coincé entre jeunisme généralisé et "seniorité" dominante. Il navigue entre deux eaux.


Une recherche Google menée ce jour, en avril 2010, ne rassure pas davantage sur l'horizon : l'affaire Mélenchon révèle l'état de frustration ressenti par une partie des décideurs; quand le Figaro se sent obligé de rappeler "De l'utilité d'être journaliste"; quand un communiqué diffusé sur TF1.fr définit le journalisme numérique comme «Sac à dos du journalisme »; quand enfin le film "Ligne de front" montre la vacuité du journaliste témoin de son temps... De toute évidence, le journalisme doute de lui-même, en un temps où sa nécessité socio-économique est déstabilisée...


Pour prolonger : relire par exemple les notes sur le débat Ca presse; la presse de dans il y a deux ans; les journalistes se mettent à Twitter (LeWebLab.com);


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