Le journalisme, dans une mauvaise passe?

Quand on lit les dernières notes de Jean-Pierre et certaines autres informations, on se dit que c'est un peu cramé pour les "journaleux" en ce moment... C'est que les assaillants sont nombreux, et sinon organisés du moins cumulés : concurrence du web "tout gratuit", concurrence des "UGC" (contenus générés par les utilisateurs), crise économique, crise technologique, etc, etc. Cela donne un peu le sentiment que tous les mauvais oracles et augures se retrouvent en même temps, tous souriants à pleines dents acérées, autour du lit du malade, attendant son dernier souffle. "Va t-elle crever cette foutue presse oui ou merde!", hurle au loin l'Ennemi Ultime, la menace à multi faces qui attend son heure.Pour autant, je me souviens de deux choses assez contradictoires, l'un allant dans ce sens pessimiste, l'autre la corrigeant au contraire :- une confirmation donc : il y a quelques années, vers 2002, j'assistais à une conférence d'un éditeur de solutions XML (qui posait les bases des futurs CMS et développement HTML). Parmi les convives, je me souviens de la présence d'un directeur de groupe de presse de turf, visiblement très intéressé. Toutes ses questions tournaient autour de "donc, avec ça, vous me dites que je n'ai plus besoin de journalistes pour remplir des pages?". Le vieux rêve du journal qui se remplit tout seul est-il en passe d'être réalisé? Il est vrai que la conjugaison des technologies de base de données, de mots clés, de pages dynamiques, combinées au fait que le journaliste n'est désormais plus seul "remplisseur" de médias, permettent d'y croire. A ceux qui le veulent bien, où y trouve un intérêt.- une infirmation aussi : au début de ma carrière, j'ai eu la chance un jour de pouvoir parler à un "pro", le journaliste Alain Lefeuvre. Cet ancien de Nice Matin m'avait écouté dans ma conviction de vouloir devenir journaliste et mes (déjà) plaintes de buter face à un métier assez fermé. En guise de pense-bête et de soutien, il me glissa : "Ecoute coco, depuis que j'ai commencé dans ce métier, j'ai toujours entendu dire que la presse allait mal...". De quoi relativiser la panique actuelle.Qu'en penser au final? Que les temps (difficiles) présents sont peut-être le moment d'une refondation, d'un nouveau départ. Qu'une fois digérées les crises d'évolution et de mutation du métier, il s'agira d'en reposer la pertinence, la nécessité dans la société. D'oublier le journaliste bourgeois des grands networks, pour apprécier celui dit de "proximité" (dusse t-il passer par l'écran web). De dire et redire, que le journalisme n'est pas une chaire ou une simple carte numérotée, mais plutôt un état d'esprit, une posture, un réflexe et aussi quelque part un courage. Un autre vieux de la vieille qui m'avait conseillé à mes débuts, m'avait posé un jour la métrique de base du métier : pour lui "on est journaliste 24h sur 24", impossible de poser le stylo, couper l'ordinateur, arrêté le flux. Ce métier a cela de particulier que son premier salaire... est de pouvoir le faire. Un autre vieux conseiller (décidément c'est leur soirée!), Marie-Pierre Paulicevich, m'avait aussi transmis cette belle remarque : "Quand j'ai publié mes premiers articles pour le journal, un jour recevant mon premier salaire, j'ai été surpris qu'on me paye pour faire cela!". A ne pas mettre bien sûr, entre toutes les mains de patrons ou de décideurs financiers...Pour compléter : sur les causes plus profondes d'une certaine crise du journalisme moderne, relire l'excellent analyse d'Ignacio Ramonet, dans le Monde Diplomatique, "Médias en crise", publiée en 2005.
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Commentaires

  • Lu, merci Eric. Jean-Pierre (ci-dessus) aura certainement un avis sur la question ;-) Il connait bien cet outil. Bakchich résume la situation à gros traits, mais il y a du vrai là-dedans. Disons que encore une fois, on confond outil et finalité. Ce qui ne devrait être qu'un outil de publication (les mots clés, leurs analyse) devient une finalité, presque une religion. C'est un risque de tomber dans le piège de ne fonctionner qu'avec cette seule ligne directrice. L'élément humain journalistique est relégué au second plan, voire zapper. A nous aussi, de résister, prouver aux patrons qu'on sait utiliser ces outils, qu'on les intègre dans notre job, et seule la pertinence de l'info, de la découverte d'autrui et du partage de connaissances restent nos priorités.
  • Le journal qui s'écrit tout seul, on a a un aperçu avec les outils de google (voir Bakchich sur l'utilisation de Goggle trends et google insights)

    Crise dans les médias
  • J'ai aussi "dans mes fiches" l'histoire d'un directeur de publication qui envisageait de "remplir automatiquement" les colonnes d'un titre. Excuse moi Laurent, et toi cher lecteur, de ne pas être plus précis.
    De toute façon, son projet n'a pas pris avec la rédaction !

    Pour reprendre le début de la note, le journaliste est cramé -pour l'instant car c'est la crise, et que cela impacte les diverses strates de l'économie- car il ne ramène pas d'argent. Normal, vu qu'il n'est pas commercial, et c'est une bonne chose.
    On dit des commerciaux qu'ils ne tuent pas l'ours avant d'avoir vendu sa peau ! C'est incontestablement un autre métier.
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