Le journalisme a peur (enfin) pour son avenir

On connait l'adage : la situation de nécessité stimule l'imagination. Et celle de crise, stimule t-elle enfin... la réaction? Cela fait des années que nous sommes plusieurs journalistes et gens de médias à tenter de faire bouger les lignes de frontières, à cogiter, montrer l'exemple dans des choses aussi simples que : respecter le journalisme en ligne, ne pas avoir peur des blogs, comprendre les contenus multimédias, discuter avec ses lecteurs en ligne, intégrer les nouveaux modes de consommation, etc. Vains efforts.Et pourtant, cela fait un an environ qu'a débuté une paranoïa masochiste dans les médias dits "classiques" : secoués de toute part, avec leurs recettes publicitaires fondant comme neige au soleil, des plans sociaux déclenchés pour réduire la voilure, ils réagissent enfin. Et ont terriblement peur. D'où la multiplication de colloques, débats, causeries, conférences, assises, etc. sur l'avenir de la presse. La plupart du temps, des cadors y parlent prétendant refaire le web à leur sauce, agitant le spectre de "la fin de la presse", qui n'est en fait... que leur fin à eux! Et on aura jamais autant parlé et si longtemps de l'avenir des médias... sans se rendre compte qu'il débute aujourd'hui, au quotidien!

La preuve ce matin, avec plusieurs messages en provenance des Etats-Unis :- l'américain Steven Johnson (cf : LeFigaro.fr) qui recommande de se débarrasser purement et simplement de la presse papier! Et il n'est pas optimiste sur le calendrier immédiat : " (...) c'est moche et cela va devenir encore plus moche. De grands journalistes vont perdre leur travail et des villes vont perdre leur journal".- une étude US sur l'industrie des médias (du "Project for excellence in Journalism"), pointe les lenteurs et reculades de l'industrie a s'être adaptée à la nouvelle donne, et à revoir ses modèles économiques. Et de prévenir (cf : Associated Press) : si les journaux ne se modernisent pas, la balle passera (elle passe déjà) aux journalistes indépendants et aux "autres". Pour "autres", il faut comprendre blogueurs, experts, sites de contenus non journalistiques, etc, etc.J'en parlais l'autre jour avec Gilles Klein, lors de notre venue à Radio France, concernant le débat sur sa future réforme (encore une de lancé). Son analyse sans appel rejoint la mienne : si des grands pontes de la presse, de grands journaux, de grands journalistes (notez : à chaque fois le qualificatif "grand") n'ont rien vu venir, rien compris, freiné tant qu'ils le pouvaient, bloqué les initiatives, etc. "Mais qu'ils crèvent!" diront certains. Je n'irai pas aussi loin dans la nécessité maso de se faire mal pour apprendre, mais disons que nous pourrions profiter de ce rendez-vous historique pour reformuler quelques principes :- redéfinir le journalisme moderne;- former les journalistes à leur époque et ses outils;- reformuler les liens de hiérarchie dans les empires et pavillons de presse, pour jouer la carte du "social media" ouvert (tant prôné dans les colloques...);- réviser les politiques de salaire, disproportionnée et incompatibles avec l'humanisme et l'écoute de la société, attendu du métier;En gros et pour me résumer : moins de fric et de toc, moins d'égo et de brutalité managériale; plus d'empathie (entre journalistes et avec la société), plus de curiosité et de souplesse. Il n'est aucun métier protégé des mutations technologiques et acquis pour l'éternité.Pour compléter : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/y-aura-til-des-entreprises-de ; http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/futur-du-journalisme-en-ligne
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