Le grand retour des journalistes

Le grand retour des journalistes


« A t-on encore besoin de journalistes ?  », se demandait en 2011 Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions, dans son ouvrage du même nom.  

D’une part, les digital natives, ces jeunes nés avec Internet qui ont contracté l’habitude de consommer des bribes de contenus sur de multiples supports, sont devenus « victimes d'un syndrome d'attention partielle ». Dans le même temps, on a commencé à confier à des algorithmes le soin de bâtonner de la dépêche. Paradoxalement, c’est dans ce contexte que le journalisme allait être appelé à gagner en valeur.  

Pour Clay Shirky, spécialiste américain de la société numérique, « le problème n'est pas la surabondance d'informations, mais l'échec des filtres ». Et, la tâche de vérifier, d’expliquer, de mettre en perspective, de critiquer, en un mot d'éditorialiser l’information revient toujours au journaliste. 

Et, ce dont sont entrain de se rendre compte les géants du net, c’est que les algorithmes de recommandation ne suffisent pas toujours à réduire le bruit croissant de l’internet. Les GAFA ont besoin de s’entourer de journalistes, surtout depuis que les écoles ont intégré à leur cursus des compétences multi-média, voire même en développement. 

1. La valorisation des contenus produits par des journalistes 

Après Facebook Apple va lancer une appli News et commence à publier des offres d'emplois pour des éditeurs.  « News » intégrera des flux « RSS » de résumés d’articles de tous les éditeurs qui souhaitent les partager. L’application proposera surtout des contenus de médias partenaires directement hébergés par Apple. The Guardian, ESPN, CNN, le New York Times, Vogue et Vanity Fair ou encore The Economist figurent parmi les premiers partenaires de la pomme.

L’intérêt pour les médias, et, logiquement, pour les journalistes, est qu’ils pourront vendre eux-mêmes de la publicité sur leurs articles hébergés par News. Ils garderont alors 100 % des revenus. Si Apple vend des annonces sur ces contenus, les éditeurs conserveront 70 % des recettes générées

Twitter s'apprête à lancer une plateforme d'infos avec des journalistes qui trieront et suivront des événements importants, plutôt que des gens. Une façon de mettre en avant le savoir-faire des journalistes, d’une part, puis, leur production, étant donné qu’une visibilité sur Twitter amène des lecteurs.

2. L’embauche

Autre formule : employer des journalistes. Vous avez bien lu !  En 2018 le trafic IP vidéo représentera 79% de tout le trafic Internet grand public dans le monde, alors qu’il était à 66% en 2013. Décidé à tirer parti de cette tendance lourde, YouTube lance sa chaîne d'infos nourrie de contenus produits par le public,  mais vérifiées et hiérarchisées par l'équipe de professionnels du journalisme de Storyful. Preuve que la matière éditoriale, quand bien même il s'agit de vidéos, ne saurait se réduire à un "contenu". 

 3. La subvention

Enfin, le fonds Google pour la presse va proposer 150 millions d'euros supplémentaires dans le but d’accompagner la mutation numérique de grands médias européens, et s’apprête à faire pousser ses propres Google News Lab dans les grandes capitales. 

L’ère du soupçon semble révolue : il n’y aura pas d’information sur internet sans journalistes. Au risque cependant pour les médias d’abandonner trop de pouvoir et d'influence - outre aux grands investisseurs locaux à l’instar du triumvirat Bergé, Niel et Pigasse en France - aux géants américains du Net ? 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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