Depuis l’élection d’Hassan Rohani, la communauté internationale s’interroge sur les possibilités de changement en Iran. L’entrée en fonction de ce mollah dit « modéré » a suscité bien des espoirs qui, jour après jour, se révèlent vains. La désignation des nouveaux membres du gouvernement lève le voile sur les intentions du nouveau maître de Téhéran. Hassan Rohani n’entend pas incarner la moindre rupture par rapport à l’ère Ahmadinejad.

 

Contrairement aux attentes de la société iranienne, Rohani n’a pas saisi l’opportunité qui lui était offerte de composer un gouvernement plus ouvert. Ses ministres appartiennent tous aux cercles très restreints du pouvoir. Parmi eux se trouvent d’anciens membres de l’administration centrale et de l’élite économique tels que le ministre du Travail et des Affaires sociales Ali Rabi’i. Cet ancien membre des Gardiens de la Révolution a été accusé d’avoir reçu d’importants pots de vin lors des débats parlementaires sur la composition du gouvernement.  

 

L’absence de femmes au sein du gouvernement est un autre signe du décalage des dirigeants par rapport aux aspirations de la société iranienne. Rohani a ainsi délibérément écarté les femmes du gouvernement sous prétexte de « la situation extraordinaire » qui frappe l’Iran. Qui peut voir dans la nomination d’une femme au poste de porte-parole du ministère des Affaires Etrangères "une première étape" pour "donner du pouvoir aux femmes en Iran" comme l’affirme sans rire le nouveau président ? Même Mahmoud Ahmadinejad avait nommé une femme, Marziyeh Vahid Dastjerdi, à la tête du ministère de la Santé !

 

Selon l’ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations-Unies Mark Wallace, « le cabinet de Rohani est à son image ». Celle « d’un homme politique expérimenté qui équilibre différentes factions afin de maintenir le statu quo ».  Les membres de ce gouvernement sont donc des hommes du sérail qui ont prouvé leur fidélité au Guide Suprême, l’ayatollah Ali Khamenei au prix d’un passif généralement lourd.

 

Ainsi, plusieurs des actuels ministres ont été directement impliqués dans la répression des forces démocratiques iraniennes à l’image de Mostafa Pour-Mohammadi, l’un des principaux membres de la « Commission de la mort » qui a exécuté sommairement des dizaines de milliers de prisonniers politiques en 1988. Pour-Mohammadi a également joué un rôle déterminant dans la conduite des opérations terroristes à l’extérieur de l’Iran et la persécution d’intellectuels. Un choix bien surprenant pour le ministère de la Justice…

 

De même, l’actuel ministre de la Défense Hossein Dehg a participé à la prise d’otage de 52 diplomates américains lors de l’occupation de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979. Il a, par ailleurs, joué un rôle important dans la création du Hezbollah libanais dont la branche armée figure désormais sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne…  Il en est de même du ministre de la Culture et de l’Orientation Ali Djannati, ancien Gouverneur de la province de Khorassan qui a été impliqué dans le massacre des émeutiers de Machad en mai 1992.

 

La communauté internationale devrait s’intéresser davantage au passé des ministres de Rohani et faire preuve de prudence, y compris vis-à-vis des plus « modérés » d’entre eux comme le ministre des Affaires étrangères Mohammad-Javad Zarif. Ancien ambassadeur de l’Iran auprès des Nations-Unies de 2002 à 2007, nos médias le présentent comme un diplomate américanophile, porteur d’un message d’apaisement. Or, Zarif a soutenu les positions négationnistes d’Ahmadinejad sur l’Holocauste ainsi que la fatwa de Khomeiny contre l’auteur britannique Salman Rushdie...

 

L’élection d’un président dit « modéré »  à la tête de la République Islamique d’Iran ne doit pas inciter les Occidentaux à fermer les yeux sur les véritables forces politiques en présence. A force de vouloir une « normalisation à tout prix » avec l’Iran, le risque serait de prendre le gouvernement d’Hassan Rohani pour un « troupeau d’agneaux » selon la fameuse métaphore de Benjamin Nétanyahou.

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