Le Compte des Opérations: mythe ou réalité?

En la regrettée mémoire de Claude Verlon et Ghislaine Dupont, grands reporters à RFI, que la terre de nos ancêtres vous soit légère

« Il est difficile d’emplir une coupe qui est déjà pleine »

Face aux rumeurs d’une nouvelle dévaluation du franc cfa, suscités par les évolutions de la parité euro/dollar, par les crises financières du nouveau millénaire, en raison de leur visage encore nouveau, à l’image de la crise financière des « subprimes », dite crise des crédits immobiliers à risque, le contre argument généralement avancé est le fait que la dévaluation du franc cfa de janvier 1994 était consécutive de la politique de franc fort voulue par la France, autrement dit, en zone franc, la politique de change est dictée par la France; en effet, des représentants du Trésor français siègent au conseil d’Administration des Banques centrales de l’union (BEAC et BCEAO), avec droit de veto. En outre, la fameuse « France/Afrique » semble avoir été au cœur de nombreux scandales sur le continent, avec une forte corrélation à l’égard des dirigeants mécontents du fonctionnement de l’union, à l’exemple de l’affaire des « Biens Mal Acquis ou BMA » qui semble ne concerner que les dirigeants avec des propos publics jugés maladroits par la France, comme Denis Sassou-Nguesso du Congo, Theodoro Obiang de Guinée-équatoriale et son fils Theodorin Obiang, alors que l’enrichissement illicite est une pratique courante des dirigeants du continent. En effet, une richesse énorme qui est déconnectée du train de vie des concitoyens n’est-elle pas l’évidence à nos propos, par exemple, dans le classement, effectué par Forbes, des plus riches parmi les dirigeants du continent, comment imaginer qu’une économie comme celle du Zimbabwe puisse y figurer après avoir été l’exemple d’une hyperinflation sévère. Cependant, puisque ce contre argument ne dédouane en rien le fait que, d’une part, une monnaie surévaluée appauvrit la population au dépend de l’avantage procuré au niveau de la réduction des factures à l’importation, d’autre part, qu’une unité de compte est aussi l’emblème d’une nation, c’est-à-dire, un instrument qui permet d’accompagner les efforts de production nationale, deux concepts distincts du Compte des Opérations s’opposent alors.

Le Compte des Opérations est, en effet, l’assujettissement du Trésor français à fournir de l’euro à tout agent économique de la zone franc, soit la convertibilité illimitée du franc cfa, au taux de 1 euro pour 655.56 franc cfa, en contrepartie de l’assujettissement des Banques centrales de l’union à déposer une part de leurs réserves de change (ou avoirs en devises) auprès du Trésor français, dans un compte dénommé « Compte des Opérations ». C’est cette réciprocité qui partage les analyses en deux camps, pour l’un, il ne s’agît que d’un mythe où les Banques centrales africaines gèrent en toute souveraineté leur unité de compte commune, alors que pour l’autre, l’indépendance monétaire est encore une quête pour les africains; dans le premier camp, on peut citer Monsieur le Professeur Lionel Zinsou (franco/béninois), alors que, dans le second, dont j’en suis, moi-même, partisan, on dénombre, Messieurs les Professeurs, feu Tchuidjang Pouemi Joseph (camerounais), Kaku Nubupko (togolais), Nicolas Agbohu (ivoirien).

Le principal véhiculaire de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait que, dans la pratique, le Compte des Opérations n’est pas approvisionné, comme en témoigne le prix facturé aux partenaires commerciaux, lors des opérations d’exportation, et dont le libellé correspond au cours du NYMEX, lorsqu’il s’agît de produits de base. Par contre, pour les partisans de l’indépendance monétaire sur le continent, le Compte des Opérations préserve l’union de toute dérive inflationniste ou alors d’une émission excessive de monnaie, puisque, sur le continent, les Banques centrales de l’union sont des exemples au sujet de la lutte contre l’inflation, en outre, contrairement à l’union, de nombreuses économies africaines ont connu des épisodes d’inflation marquée (ou sévère), voire même d’hyperinflation, à l’exemple du Zimbabwe, de l’ex Zaïre, du Ghana encore très récemment.

Un autre élément de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait que, au cours de l’histoire, les gouvernements africains ont choisi de sacrifier l’objectif de stabilité des prix, comme au Cameroun, où le prix du transport routier en taxi a été relevé, sous le prétexte que la suppression des subventions Etatiques à la consommation de carburant a entraîné le relèvement des prix à la pompe. Par contre, un autre élément de la controverse soulevé par les partisans de l’indépendance monétaire sur le continent, ci-dessous dénommé « panafricanistes », est le fait que, au cours de l’histoire, des économies ont opté pour une sortie de l’union, à l’exemple de la Guinée de Sekou Touré et de la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo selon Monsieur le Professeur Nicolas Agbohu, et, à cet argument, le contre argument de Lionel Zinsou est le fait que l’élargissement de l’union est déjà proposé à de nouveaux Etats membres.

Un autre élément de l’argument proposé par Lionel Zinsou est le fait qu’un change fixe est souhaitable, vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux; et, en l’occurrence, pour l’union, avec l’Union européenne, dont c’est l’unité de compte (l’euro) qui est la monnaie ancre au franc cfa, et qui constitue son principal partenaire à l’échange. Comme contre argument avancé par les panafricanistes c’est le fait que, d’une part, les francs cfa d’Afrique Occidentale et d’Afrique centrale ne sont mêmes pas interchangeables, d’autre part, le passage du franc français à l’euro aura d’avantage déprécié le franc cfa, de 100 franc cfa pour 1 franc français à 655.56 franc cfa pour 1 euro. D’où alors cette interrogation, le Compte des Opérations est un mythe ou alors une réalité? Mais, à l’heure actuelle où un vent de panique semble cristalliser le continent avec l’éviction de Blaise Comparoé du pouvoir par la rue, et qu’on se pose la question de savoir si, sur le continent, un balbutiement d’un printemps ou d’un automne africain, à l’image du printemps arabe, serait en préparation (ou déjà en cours, aux grands damnes des contestataires du « panafricanisme »), cette interrogation ne mérite t’elle pas d’être soulevée?

Oscar KUIKEU est docteur ès sciences économiques, avec la mention Très Honorable, de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (FRANCE).

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