Le cinéma malgache, parlons-en...

Hilarant. LOL. J’en ris encore, comme le ferait Steven Spielberg devant un thriller malgache. Ptdr. Je cours, je cours et je cours comme un fou par une température invivable. Il fait trop chaud et je n’ai même pas faim alors qu’il est déjà plus de midi. Coupez!

Camera operator setting up the video camera

Image creative commons

Une histoire de telenovela


Je devais être en classe de 10 ou 9ème. La classe finissait, tous les matins, à 12 heures. Il y avait ce feuilleton-là: « Marimar » qui passait sur la TVM, la chaîne nationale  malgache, tous les soirs à 19 heures. Il arrivait que pour une raison ou pour une autre, je ratais ce moment. La dernière solution si je ne voulais pas rater une épisode, c’était de regarder la rediffusion le lendemain à midi, à l’heure où sonnait la cloche de la fin des cours. Et donc, il m’arrivait souvent de courir, tel Kenenisa Bekele. Je serais, un jour ou l’autre, devenu champion du monde en 10 000 mètres si j’avais continué, mais bon… Souvenirs d’enfance!

Non mais sérieusement, celle ou celui qui ne connaît pas Belle Aldama et Sergio Santibañez n’est pas malgache. Les t-shirts à leur effigie se vendaient comme de l’ huile bon marché. Il y avait même une marque de rhum qui a retouché ses étiquettes pour se mettre aux couleurs de la série. Et Dieu sait si ces deux jeunes gens (Sergio et Bella) étaient au courant que l’on se faisait beaucoup de fric dans leur dos, dans un île de l’Océan Indien. La diffusion du dernier épisode de Marimar a même fait tout un reportage dans le journal télévisé du petit écran. Toute une histoire nationale…

Les telenovelas sont, d’après Wikipédia l’encyclopédie libre, des feuilletons quotidiens de soirée des pays hispanophones et lusophones. Ce qu’on oublie de préciser c’est que dans ce genre de série toutes les filles ont le nom qui se termine par A et les mecs par O (Rosalinda, Frijolito). On a omis aussi d’inclure que les spectateurs dépensent 250 heures par an devant une histoire dont on connaît parfaitement les recettes:

1-les belles histoires d’amour: histoires presque impossibles, deux amants issus de deux familles rivales et/ou de conditions pécuniaires contraires.

Exemple: Barbarita, une fille qui fait la manche dans la rue et Alfredo, fils de Goustavo (président d’une société productrice de popcorn), tombent amoureux. C’est le coup de foudre total.

2-les terribles secrets qu’on annonce généralement que dans un lit de mort

Exemple: Corassone, grand-mère de Barbarita alors qu’elle est sur le point de mourir annonce à Diablo: « Je vais mourir, il est temps que je révèle ce lourd secret que j’ai gardé durant toute me vie. Barbarita est la demi-fille de Gustavo (le président de la société productrice de pop corn) et Alfredo n’est pas du tout son fils. Et ne dis à personne, surtout pas à ta chère Clarita, que j’ai caché tout l’héritage de Barbarita dans le jardin sous le 3ème cocotier. Clarita, piplette comme elle est risque de laisser ce secret entre de mauvaises mains. Maintenant je peux mourir en paix. » Gliii

3-les suspens, l’hypocrisie, la vengeance puérile, etc…

Exemple: Clarita a fini par savoir toute la vérité et s’est fâchée qu’on ne lui aie pas dit tous les secrets. Elle a tué son presque-mari Diablo et cherche à tout prix à s’emparer de tout l’héritage de Barbarita. Ayant tué Diablo avant qu’il ne révèle l’emplacement du trésor, elle ne sait donc pas si c’est sous le 2ème ou le 3ème cocotier.

4-(re)belles histoires d’amour avec à la fin le mariage princier, les gentils qui deviennent riches et les méchants qui deviennent fou ou meurent

Exemple: Alfredo et Barbarita finissent par se marier. Clarita est dans une asile et Gustavo a pu implanter sa société de popcorn dans toute l’Europe.

Bref, il y plein de miracles et toutes ces foutaises, un roman pour les pauvres quoi! :)

 

Et les films gasy dans tout ça…

La surexposition des films étrangers (dont les telenovelas) a toujours handicapé les productions locales. Les cinéphiles malagasy deviennent en quelque sorte envoûtés par des films produits à des milliers de kilomètres de chez eux. Par exemple, demandez-moi de résumer la saison 2 de Prison Break, Lost ou encore KyleXY, je vous le ferais même pas en 24 heures chrono; mais par contre, si vous me demandez de citer 3 personnages dans Jiaby Jiaby (un feuilleton made in Madagascar) je ne saurais pas, mais pas du tout.

Marimar ( Source de l’image)

Il y a aussi une question de coût. Aujourd’hui, un DVD de 6 films étrangers se vend à 1000Ariary contre  4000Ar pour un VCD original de film gasy. Mais ça c’est une histoire de piratage….

Malgré tout cela, le monde du cinéma malgache fait de son mieux. Des initiatives comme les rencontres du film court sont organisés pour promouvoir les nouveaux talents (acteurs, réalisateurs, scénaristes). Des maisons de production lancent même des tombolas pour encourager les gens à acheter les œuvres originales (CD, DVD originaux, PIRATE NO).

On peut dire que ça marche bien. Maintenant, c’est du bonheur de regarder les pubs et les clips sur le petit écran, du bling bling partout. Et en bon malgache, qui cherche toujours à trouver les nouvelles tendances et les dernières techniques, je me demande comment un  film noir et blanc, et en plus de ça muet peut obtenir 5 oscars. C’est fou! Y aurait-il eu pot-de-vin ou va-t-on bientôt jeter les Ipod pour remettre les phonographes dans le marché? Ah le 7ème art! J’y comprends plus rien… quoique je n’ai pas encore vu ce « The Artist »! Envoyez-moi le DVD ;)

Pour aller plus loin, je vous conseille de lire "Le cinéma malgache : avancée, recul ou statu quo ?"

Pour lire tous mes billets vous pouvez aller sur http://tulearenvie.mondoblog.org

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