Le bilan de mon année aux quatre courbes du monde

 

J'ai passé une année extraordinaire, aux quatre courbes du monde. En même temps que je reconnais le poids de mon empreinte carbone, je dois confesser que j'adore sillonner la planète et me rendre dans des lieux dont je rêve depuis des décennies. C'était la première fois que je mettais le pied en Afrique sub-saharienne et ça a été une de mes plus grandes sources d'émerveillement dans le domaine des TIC. C'est aussi la première fois que j'ai pu entrer en Chine, que je n'avais pas pu visiter, alors que je ne vivais pas loin, en 1967 à cause de la révolution culturelle.

 

Et puis il y a les lieux où j'étais déjà passé et que j'ai retrouvés avec d'autant plus d'intérêt que je les abordais cette fois sous l'angle précis des technologies de l'information, comme l'Inde ou le Japon. Ça m'a permis de mieux comprendre le changement d'époque. Mais le plus fascinant, c'est bien entendu les gens que j'ai rencontrés et les histoires qu'ils m'ont racontées, les innovations auxquelles ils travaillent. Alors que je me suis le plus souvent laissé guider par le hasard et la curiosité, j'ai interviewé une proportion très élevée de personnes fascinantes avec des idées curieuses, voire provocantes. J'ai réalisé 300 entretiens dans près de 45 villes prises sous toutes les latitudes et je crois n'en avoir regretté aucun (1 ou 2 maximum).

Quant au fond, mon hypothèse selon laquelle on innove dans le monde entier a été largement dépassée par la réalité. En fait, nous sommes en train de passer assez vite d'un monde dans lequel presque tout venait de la Silicon Valley à un monde d'innovations multipolaires ou, pour être plus précis, à ce que j'appelle une phase d'innovation distribuée.

 

Certes, la Silicon Valley conservera son avantage pendant encore un moment en raison de la concentration des facteurs clés que l'on sait :

  • Plusieurs universités de haut niveau ;
  • La disponibilité de beaucoup d'investisseurs prêts à prendre des risques ;
  • Le soutien considérable du gouvernement ;
  • Le fait qu'elle attire encore les diasporas créatives ;
  • Et le fait qu'elle opère d'entrée de jeu avec un marché naturel considérable et un groupe très important d'early adopters, ces gens qui adoptent les technologies très tôt et permettent donc de distinguer assez vite celles qui vont marcher des autres, ou les changements qu'il faut apporter aux versions initiales pour qu'elles séduisent.


Mais nous nous dirigeons à grands pas vers un monde d'innovations distribuées plutôt que globales. Je veux dire qu'elles naissent dans des circonstances locales, pour gagner, au départ en tous cas, des marchés locaux mais qu'ensuite elles peuvent se répandre ailleurs. On passe presque toujours par une sorte de cycle naturel qui consiste à commencer par copier pour, ensuite adapter et enfin se lancer dans l'innovation.

 

Ce que j'ai découvert au cours de mon tour du monde, c'est que partout il y a des gens qui en sont au troisième stade, celui de l'innovation. Le processus est souvent plus long que je ne l'imaginais mais il est beaucoup plus répandu que je ne croyais. Cela induit de nombreuses implications pour le futur, dont la première est que l'innovation distribuée est à la fois une source d'accélération et de diversification. 

 

Accélération parce que les gens qui s'y mettent sont de plus en plus nombreux. Pour expliquer la notion de diversification je dois ajouter que les innovations sont pratiquement toujours liées à la volonté de résoudre un problème et/ou de saisir une opportunité dans un contexte donné. Or, le mélange problème/opportunité étant partout différent les innovations qui en résultent sont essentiellement divergentes. Autant dire que j'en arrive à une conclusion opposée à celle de Thomas Friedman pour qui le monde est plat. Les innovateurs du monde entier sont en train de nous concocter une multiplicité considérable de produits et de services

 

La seconde implication, c'est que ce mouvement n'est pas prêt de s'arrêter parce qu'innover aujourd'hui, c'est se donner la possibilité de contribuer à son propre futur / sans dépendre, comme jadis de ce qui vient de l'occident ou du nord. Ça séduit beaucoup de monde. Il en résulte enfin qu'on ne peut plus se contenter de suivre ce qui se passe dans son secteur, dans son pays ET aux États-Unis. Il faut maintenant être au courant de ce qui se passe dans le monde entier faute de quoi on risque d'être totalement surpris par une innovation venue d'ailleurs qu'on n'aurait pas vue arriver.

 

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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