Le Bénin est décidément un pays à part. Certains de ses  fils tendent en effet à le faire apparaître comme les langues d’Esope, c’est-à-dire la « meilleure et la pire des choses ». La transition assurée par Mathieu Kérékou de 1972 à 1990 qui avait permis d’instaurer une certaine stabilité à l’ancien Quartier Latin de l’Afrique à la suite de l’incertitude politique de l’après indépendance n’a pas servi de leçons à une race de politiciens prêts à tout pour satisfaire leurs ambitions personnelles.

Après la Conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990, le Bénin était devenu le modèle en matière de démocratie en Afrique. Trois alternances ont permis de consolider cette réputation malgré les quelques insuffisances constatées à l’occasion des compétitions électorales. Le face à face Mathieu Kérékou – Nicéphore Soglo de 1991 à 2001 a été souvent animé, mais s’est toujours terminé dans le sens de la préservation des acquis de la démocratie. On se souvient encore en 2001 de la démission spectaculaire de Nicéphore Soglo à quelques jours du  second tour de la présidentielle, suivi de Adrien Houngbédji. Cette situation a  terni quelque peu la victoire de Mathieu Kérékou, mais n’a pas empêché le Bénin de poursuivre son processus de développement. Déjà à cette époque, les perdants parlaient de "mascarade", de "tripatouillage", de "Cour des miracles" en commentant les résultats issus des urnes. Le pire a été évité à ce moment parce que le charisme de Mathieu Kérékou et le rôle historique qu’il a joué dans le rétablissement de la démocratie au Bénin ont très tôt calmé les ardeurs des uns et des autres. Nicéphore Soglo était à son dernier coup d’essai dans la mesure où il ne pouvait plus se présenter à l’élection de 2006 du fait de la limite d’âge imposée par la Constitution (70 ans). Il s’est certainement résigné pour avoir été Président de la République une fois dans sa vie (1991-1996).

En 2006, Adrien Houngbédji qui s’est souvent classé 3ème après Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo avait pensé que son heure avait désormais sonné pour hériter du fauteuil présidentiel : désormais les deux anciens chefs d’Etat de l’ère du renouveau démocratique étaient à la retraite. C’est avec une très grande surprise et une profonde désillusion qu’il s’est vu ravir la vedette déjà au premier tour de la présidentielle de 2006 par un inconnu de la classe politique béninoise : Boni Yayi. Au second tour, la « vieille classe politique » a très top compris que le vent du changement soufflait si fort qu’ils risquent d’être emportés s’ils ne s’accrochaient pas à la perche  tendue par  «l’intrus qui connaissait la maison ». Ils ont donc lâché leur compagnon d’infortune (Adrien Houngbédji) au profit de Boni Yayi sous le couvert d’un contrat qui devrait leur permettre de tirer plus tard les ficelles. Ayant compris très tôt que le nouveau Chef d’Etat voulait vraiment appliquer le « changement », ils ont décidé de pratiquer la politique de la terre brûlée pour mener la vie dure à celui qu’ils considèrent comme un « imposteur ». Toutes les combines orchestrées à l’Assemblée nationale, le regroupement contre nature baptisé « Union fait la nation », les tentatives de blocage de la LEPI, le discrédit jeté constamment sur le Bénin sont un échantillon des actions de sabotage mises en œuvre.
 
L’élection présidentielle de 2011 était celle de la dernière chance pour Adrien Houngbédji puis qu’en 2016, il sera aussi frappé par la limite d’âge. On comprend alors tout le drame qui s’est joué autour de cette échéance qui voit un candidat, qui se croit investi d’une légitimité historique pour occuper le fauteuil présidentiel, abattre sa dernière carte. L’homme a toujours montré sa soif du pouvoir et ne se voit pas disparaître de la scène politique sans avoir été Président du Bénin une fois dans sa vie. Seulement, c’est le peuple qui choisit ses dirigeants et nul ne peut forcer le destin. Peu de temps après la fermeture des urnes, Adrien Houngbédji a constaté qu’il a définitivement perdu la chance de diriger le Bénin. La tentative de forcer un second tour, le battage médiatique pour dénigrer la CENA et la Cour constitutionnelle  et son auto proclamation comme Président de la République ont fini de convaincre définitivement les observateurs que Adrien Houngbédji n’est démocrate que de nom. Pour un avocat de son rang, il connaît bien les règles du jeu dans un processus électoral et, refuser de s’y conformer, n’est rien d’autre que de l’anarchie. Curieusement, une coalition dénommée pompeusement « Front Républicain des Candidats pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques (FRC-SAD) » s’est formée le mercredi 23 mars 2011 pour soutenir Adrien Houngbédji dans cette dérive dangereuse. Ce front, dirigé par Abdoulaye BIO TCHANE, regroupe 8 anciens candidats au  scrutin de mars 2011 dont le poids électoral ne dépasse guère 10%. Il convient alors de se demander qui leur a donné mandat de défendre les acquis d'une démocratie nullement menacée sauf dans la tête de mauvais perdants qui ont choisi la voie de l'illégalité.

Par leurs comportements, certains politiciens béninois montrent une fois de plus que leurs intérêts personnels sont au-dessus des intérêts de leur pays. Dans tous les pays africains qui ont choisi la démocratie, des problèmes se posent aussi à l’occasion ou en dehors des périodes électorales. Par pudeur certainement, ces problèmes sont résolus sans tapage pour sauver la réputation de ces pays. Mais ce qui est constant au Bénin, c’est des campagnes de dénigrement qui ne cessent de porter un coup sérieux au modèle démocratique que représentait le Bénin. Cette agitation post-électorale n’est que le prolongement de ce complot orchestré par des personnages qui se sont vu définitivement rejetés par les électeurs. Une chose est certaine : le destin d’un peuple ne peut dépendre de quelques individus. Certains africains vont sûrement se demander à quoi servent les élections si les résultats doivent être toujours contestés et parfois conduire ces pays en voie de développement dans une période d'incertitude.
La période actuellement traversée par le peuple béninois n’est qu’un épiphénomène dans sa longue lutte pour la quête du  développement et de l’instauration d’un état de droit véritablement solide.
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