Le Bénin à l’heure de la panne électrique

Depuis quelques semaines déjà, le quotidien des Béninois est à nouveau rythmé par de fréquentes et d’intempestives coupures de courant. Bon nombres d’efforts ont été déployés par le gouvernement et les autorités de la SBEE (Société Béninoise d’Energie Electrique) pour nous convaincre que tout va bien. Mais il ne fait aucun doute dans la tête des Béninois pour qui, le spectre du délestage est plus que jamais de retour.

 

 

 

En effet depuis le début du mois de mars 2013, les Béninois sont éprouvés (une fois encore) par le spectre du délestage sauvage qui n’est pas sans conséquences pour les populations. Je dis délestage sauvage parce que nous assistons à de longues coupures qui peuvent aller jusqu’à dix voire douze heures par jour. Tenez, cette semaine par exemple, il n’est pas passé un seul jour où le courant n’a pas été coupé ne serait-ce quelques heures. Le mardi 09 avril à Akpapka (quartier populaire de Cotonou) où j’habite le courant nous a été coupé de 07h à 22h35’. Et comme vous pouvez l’imaginer les conséquences sont énormes pour les populations, car on note un ralentissement de l’activité économique dans tous les domaines.  Et aussi l’insécurité qui va avec !

Quelle est l’état de la situation… ?

Ce qu’il faut savoir est que notre pays le Bénin dont les besoins en énergie électrique seraient évalués à peu près à 200 mégawatts n’en produit que 70 actuellement. Les 130 mégawatts sont donc importés du Ghana, de la Côte-d’Ivoire et du Nigéria. Or, même ces pays voient leurs besoins en énergie électrique augmentés au fil des années. Ainsi quand un pays comme le Nigéria par exemple décide de retirer les 200 mégawatts qu’il fournit à la fois au Bénin et au Togo, notre pays est automatiquement plongé dans l’obscurité.

Quelles sont les conséquences ? Qui sont les victimes ?

Comme on peut l’imaginer les conséquences fâcheuses de cette situation sont énormes pour nous les populations. Si les grandes sociétés, les grandes institutions d’Etat sont souvent épargnées par les coupures intempestives du courant électrique, ce sont les ménages, les petites et moyennes entreprises qui payent souvent le plus gros tribut de ce délestage. Les nuits deviennent de plus en plus longues pour ceux qui avaient l’habitude de les passer au frais. Pour les chefs d’entreprises, le délestage devient une épée de Damoclès pendante sur leur tête chaque jour et rend leurs journées plus stressantes.

Moi par exemple, j’ai un ami diplômé sans emploi. Pour sortir un tant soit peu de la situation précaire que lui confère son statut de chômeur, il a ouvert un télécentre. C'est-à-dire qu’il fait de la saisie de document, des photocopies, de la cabine téléphonique et vend aussi des articles de bureau. Je peux vous avouer que ces dernières semaines, son job a été particulièrement éprouvé par les coupures de courant. Son chiffre d’affaire a été considérablement réduit du fait du délestage.

J’en connais un autre qui s’est aussi lancé dans l’auto-emploi. Celui-là tient une salle de jeux. Il faut dire que les « game center » ont particulièrement la cote ces derniers temps dans les quartiers de Cotonou. Ce buisness lui rapporte jusqu’à plusieurs dizaines de mille de nos francs par jour. Mais quand on vous coupe le courant électrique pendant toute une journée, vous pouvez comprendre la déception et l’amertume qui peuvent en suivre. Et dire qu’ils doivent tous payer à la fin du mois, une facture d’électricité qui n’a jamais baissé, payer le loyer du local qui leur sert d’atelier voire payer le salaire de ceux qu’ils emploient d’une manière ou d’une autre. Que va-t-il rester pour eux-mêmes ? Rien.

En ce qui concerne les ménages, quel Béninois ne s’est pas encore réveillé en sursaut de son sommeil, torturé par la chaleur parce que le brasseur de sa chambre ne fonctionnait plus ? Combien d’élèves ou d’étudiants ont déjà raté leurs devoirs parce que n’ayant pas eu le courant la veille pour faire leurs révisions ? Et combien sont nos mamans qui ont déjà commis des maladresses de toutes sortes  avec la complicité du délestage, bien sûr ? Et j’en passe du reste.

Que fait-on pour faire face à la situation

Nos autorités semblent (je dis bien semble) prendre le problème à bras-le-corps mais on a toujours du mal à situer les résultats de leurs efforts. Si elles ne sont pas en train de faire de l’improvisation, c’est un manque de rigueur total qui accompagne les rares actions qu’elles entreprennent.

Tenez par exemple, en 2006, quand le président Boni YAYI est arrivé au pouvoir, il a très vite pris le problème au sérieux, du moins en théorie. Il a d’abord essayé d’éponger les dettes de la SBEE (Société Béninoise d’Energie Electrique) vis-à-vis de ces fournisseurs. Ensuite le projet de turbines à gaz de Maria Gléta a été lancé. Ces turbines à gaz étaient censées fournir au Bénin une capacité énergétique supplémentaire de 80 mégawatts. Mais ce chantier lancé en Avril 2008 et qui était prévu pour durer dix-huit mois à l’origine n’est toujours pas totalement livré à ce jour. Il a fallu que surviennent le délestage de ces dernières semaines pour que le gouvernement mette en marche (en catastrophe) quatre des huit turbines que compte le chantier.

Le ministre de l’énergie a également annoncé récemment qu’il irait négocier auprès d’une centrale au Togo de l’énergie supplémentaire. Je ne sais pas réellement de quoi il parle parce que lui seul est responsable devant le peuple et lui seul peut justifier ces actions. Sinon, aller négocier de l’énergie supplémentaire dans un pays qui connait les mêmes crises que nous (voire pire), je ne comprends pas, mais pourvu qu’on ait du courant.

 

Léger bémol tout de même

A l’heure où je suis en train de publier cet article, la situation semble s’améliorer de plus en plus. Des longues heures de coupures quotidiennes auxquelles on nous avait habitués au début du mois de mars, nous sommes en train de passer à seulement une ou deux coupures de deux à quatre heures maximum. Le gouvernement et son chef ont quand même essayé de faire de leur mieux pour réduire au moins un peu ce délestage.  Mais vu les circonstances dans lesquelles ces petites améliorations sont en train d’être mises en place, quelques interrogations. En effet, on est toujours en droit de se demander combien de temps ça va durer. Combien de temps ça va durer avant que le Nigéria, le Ghana ou la Côte-d’Ivoire ne décide définitivement de nous effacer de leur réseau ? Maintenant que la situation s’arrange un peu, combien de temps le chantier de Maria Gléta va prendre encore avant d’être livré et complètement fonctionnel ? Pourquoi on aime tant l’improvisation ? Pourquoi attendre toujours que le mal soit fait avant de commencer à courir à gauche et à droite ? Pourquoi ne pas déjà chercher une voie alternative via les énergies renouvelables (solaire, éolienne, etc.) pour l’avenir ?

En définitive pour un pays à qui on a promis l’émergence et une croissance à deux chiffres depuis 2006, si en 2013 on n’est pas encore en mesure de résoudre le problème de l’énergie une fois pour de bon, la situation est tout de même critique.

Les interrogations sont nombreuses et les craintes immenses ; espérons juste que les bonnes réflexions soient faites et que les résultats soient visibles rapidement.

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