Salle de travail au Labo de l'édition (Crédit Photo : Simon Decreuze)

Cette semaine, l’Atelier des médias a choisi de mettre en lumière le Labo de l’édition. Situé au coeur du 5ème arrondissement de Paris, à la lisière du quartier latin, ce lieu est un incubateur qui héberge et soutient des start ups liées à l’univers de l’édition. Au programme de notre émission, des rencontres avec quatre porteurs d’entreprises et de services innovants liés au livre, parmi lesquelles trois sont incubés au Labo de l’édition.

 

Alors que se tient à Paris la 33e édition du Salon du livre, l’Atelier des médias s’est donc déplacé au Labo de l’édition. Le lieu, inauguré en décembre 2011, est un incubateur qui sert aussi d”espace de co-working. Comme l’explique Camille Pène, responsable animation et communication du Labo, l’endroit "a été créé pour accompagner le secteur de l’édition dans la transition numérique, pour l’aider à innover. La structure accueille des jeunes entreprises, les héberge avec des bureaux, les soutient et les conseille dans tout ce qui est levée de fonds, structuration et développement.”

Par ailleurs, le Labo de l’édition est aussi un lieu de discussions et d’échanges sur l’avenir du livre. Entre janvier et mars 2013, ses équipes ont organisé, en partenariat avec Silicon Experience, un cycle de discussions autour du thème #printisnotdead (Le papier n’est pas mort). L’événement consistait en une série de cinq conférences. L’Atelier des médias avait d’ailleurs participé à ces rencontres en animant une discussion sur “les pure-players du print”.

Les ventes de papier en baisse, celles du numérique en hausse

Les habitudes de lecture changent dans le monde. Aux États-Unis, un lecteur sur quatre utilise des liseuses électroniques. En France, nous n’en sommes pas encore là, même si le magazine Capital estimait en décembre dernier que 2013 serait l’année du livre numérique dans l’Hexagone. Les ventes de livre papier baissent doucement, tandis que le livre numérique est promis à une croissance à un voire deux chiffres dans les années à venir.

En 2013, il devrait se vendre en France 3,4 millions de tablettes, dont une majorité d’iPad. Jeudi 21 mars, à l’occasion de l’inauguration du Salon du livre, un accord global a été signé entre les auteurs et les éditeurs français concernant les droits liés à l’édition numérique. Un accord qui arrive tardivement et montre les difficultés d’adaptation du secteur.

L’opposition papier/numérique, “un débat stérile”

Parmi les dix start ups incubées au Labo de l’édition, nous en avons reçu trois. Pete Pierce représente le projet onprint.com qui développe des “imprimés enrichis”. Cette start up de 10 salariés propose de tisser des liens entre le papier et le numérique, avec l’aide de flashcodes notamment : grâce à son mobile, il suffit de photographier une image ou un texte sur un livre pour obtenir des d’informations supplémentaires.

"Nous sommes dans un monde où il y a à la fois du papier et du support numérique, explique Pete Pierce. On est au-delà du débat stérile sur la mort du papier. Avec OnPrint.com, on essaye d’élaborer l’outil qui créé des ponts entre les deux mondes : c’est ce qu’on appelle du papier enrichi. L’idée, c’est qu’à partir du papier on puisse avoir accès à n’importe quel contenu, quel qu'il soit."

Dans un registre un peu différent, David Meulemans travaille dans une maison d’édition traditionnelle, Aux forges de Vulcain. Parallèlement, cet ancien enseignant est l’un des initiateurs de DraftQuest, un projet innovant qui se veut un outil d’aide à l’écriture. Il découle d’un constat simple : “Les ventes de livres baissent et ne sont pas compensées par l’augmentation de la vente des livres numériques. Ce n’est pas le numérique qui fait du mal au papier : les gens ont peut-être moins envie de lire parce que ce qu’on leur offre est moins passionnant que ce dont on a besoin.”

Pour pallier à ce manque d’originalité, DraftQuest - dont le site internet est lancé dimanche 24 mars - va se situer en amont de la chaîne du livre, bien avant l’édition : le projet veut agir sur le processus d’écriture. Le site s’inspire de techniques de jeux : l’idée, c’est de créer un compte et de lancer une campagne de 30, 60, ou 90 jours. Une fois que l’utilisateur a son profil, il est incité à écrire son histoire (une nouvelle ou un roman selon la durée de la “mission”). Son imagination est également stimulée par des pictogrammes, des images très colorées, qui peuvent lui apporter de l’inspiration.

“On encourage les gens à ne pas trop écrire, environ 20 minutes par jour, mais à le faire tous les jours. Petit à petit, avec cette régularité, on veut construire cette capacité à être un écrivain original”, explique David Meulemans.

Collective DraftQuest (Crédit Photo : Simon Decreuze)

Troisième projet, également hébergé par le Labo de l’édition, le site sanspapier.com de notre invité Antoine Garnier. Sanspapier.com ne vend que des livres en fichiers numériques - epub, mobe, pdf - et c'est en même temps un moteur de recommandation sémantique.

Le principe est simple : une série de mots clés est associée à chaque titre disponible sur le site. Quand un internaute sélectionne un titre, “le site va dresser une liste de recommandations autour du livre choisi”, et lui proposer un ouvrage similaire. Par ailleurs, toute recherche sur le site tient compte d'une multitude de données et fournit les résultats plus adaptés.

“Aujourd’hui, environ 80 à 90% des achats de livres passent par internet. Il nous a semblé intéressant de faire un effort dès la recherche d’ouvrage”, détaille Antoine Garnier. Avec ce système, l’internaute ne se voit plus proposé que les best sellers ou les nouveautés, comme c’est souvent le cas sur d’autres sites.

Notre cinquième invité, Clément Apap, est l’un des fondateurs d’un site qui travaille également sur le domaine de la suggestion, cette fois non plus par mots-clés mais en fonction de l’avis des autres internautes. Son service, senscritique.com, est un réseau social dédié à la critique culturelle (musicale, filmique, télévisuelle, jeux vidéos). Deux ans après sa mise en ligne, le site compte 75.000 membres, 652.000 visiteurs/mois, 400.000 critiques et 16.000.000 de notes.

“Nous ne sommes pas qu’un réseau social, explique Clément Apap. Beaucoup de gens viennent sur le site sans être inscrit.” L’idée, c’est que chaque utilisateur recommande et conseille des livres, fims ou disques à ses amis, ses “éclaireurs”. Là aussi, comme pour sanspapier.com, le système permet une recommandation personnalisée et non plus commerciale, contrairement à beaucoup de sites de vente en ligne.

Accueil favorable d’un monde de l’édition papier jugé parfois “conservateur”

Réputé conservateur, le milieu du livre papier semble accueillir favorablement tout ces projets. Il existe désormais de nombreuses passerelles entre le papier et le numérique, mais les éditeurs, désireux de les exploiter, manquent parfois d’outils. Ce sont ces outils que ces start-up essayent de leur fournir. Problème : le système juridique est parfois contraignant.

C’est d’ailleurs ce que regrette Clément Apap : “Les freins à la création sont nombreux, mais dans l’édition les modèles économiques se cherchent.” La question de la gestion des droits numériques (DRM, de l’anglais Digital Rights Managment) reste encore un domaine flou : de quels droits disposent les acheteurs de livres en ligne sur leurs ouvrages ? Comment les partager ? Voilà des questions auxquelles il faudra répondre pour faciliter l’émergence de projets innovants comme onprint.com, sanspapier.com, Draftquest ou senscritique.com.

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Commentaires

  • Bonjour,

    J'ai vraiment beaucoup aimé ce moment d'écoute, riche en découvertes que je vais pouvoir poursuivre, notamment par l'exploration de senscritique.com.

    Le plus pour moi : les interventions de David Meulemans et Pete Pierce.

    Bon dimanche

    Grace

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