La plupart d’entre nous consacre aujourd’hui beaucoup de temps aux vidéos publiées sur la plateforme YouTube. Et YouTube, c’est évident, est en passe de devenir la plateforme grand public pour héberger toutes sortes de vidéos. Et c’est là que se joue aujourd’hui toute une partie des représentations et des images qui irriguent nos esprits. Pourquoi ne pas profiter de ce spot mondial pour partager joyeusement le meilleur de nos connaissances ?

Par-delà le quasi-monopole de YouTube sur l’hébergement de vidéos, les dernières statistiques en matière d’usage du mobile dans l’accès à Internet permet de prendre la mesure des enjeux. Pour la première fois, l’Internet mobile a dépassé, en ce mois d’octobre 2016, l’Internet fixe dans le monde. Autrement dit, à la croisée du mobile et des plateformes comme YouTube, il y a des millions et des millions d’internautes.

Mais le savoir est-il seulement compatible avec YouTube ? Pour tenter d’y répondre, j’ai invité, dans le grand studio de RFi, trois vidéastes qui, sur YouTube, se sont lancés dans la vulgarisation des savoirs :

YouTube, le mastodonte

Vu le poids pris par YouTube, en ce bas-monde, pour distribuer les vidéos ici ou là, on mesure tout de suite la puissance et la portée de la question.

  • YouTube, c’est plus d'un milliard d'utilisateurs, soit près du tiers des internautes du monde entier.
  • Et chaque jour, ce sont des centaines de millions d'heures de vidéos qui sont vues sur YouTube. .

Alors que YouTube puisse servir de plateforme idéale pour vulgariser des connaissances, au milieu de cette immense dédale de vidéos parlant de tout, mais alors de tout, et souvent de n’importe quoi, voilà une question que l’on avait envie de se poser. Et nous avons bien évidemment trouvé trois “youtubeurs” défendant mordicus l’usage de la vidéo (et peut-être de cette plateforme) au service d’une certaine idée de la connaissance.

“C’est une autre histoire“ : de l’art de relooker l’Antiquité

Manon Bril est doctorante à Toulouse et travaille sur le sujet suivant : “Athéna-Minerve dans l’espace public. La réception d’une déesse antique dans l’art officiel du XIXe siècle”. Enfin, ça, c’est le côté pile. Côté face, on a affaire à l’animatrice de la chaîne “C’est une autre histoire”. D’ailleurs, sur sa biographie Twitter, il est écrit la chose suivante : "Vulgarisation éventuellement vulgaire de l'Histoire, enchaînée sur youtube. En vrai, doctorante. snap : manonbrilcuah (mais je sais pas m'en servir)"

L’enjeu initial de sa chaîne : produire des vidéos pour parler de l’Antiquité. Ou plutôt, de l’actualité de nos connaissances sur l’Antiquité. Exemple avec son #Relooking mythologique, numéro 1. Au tout début de la vidéo, Manon Bril a une formule que j’aime bien : “L’Antiquité, ça claque”.

Il y a tout un travail sur les formats, l’esthétique, quelque chose qui nous emmène assez loin des canons de la pédagogie classique. Les formats que Manon Bril utilise (le #Relooking mythologique ou #TuVoisLeTableau) sont inspirés de ce qui se pratique couramment sur YouTube. Et c’est, comme souvent sur YouTube, avant tout une affaire de bidouille entre amis.

Sauf qu’aujourd’hui, ça devient presque un travail pour Manon. Qui vient d’ailleurs de publier ce format très sympa, sur commande du Grand Palais à Paris. Voyez plutôt :

Quid de la réception de ce travail par la communauté enseignante et par les chercheurs eux-mêmes ? Il y a quelques sempiternels pleurnicheurs, certes, mais grosso modo, c’est une approche plutôt bien vue en ce qu’elle élargit le public susceptible de profiter de connaissances “mises à jour”, comme nous pourrions le dire d’un logiciel.

Je YouTube, Tu Youtubes on YouTube ensemble ?

D’ailleurs, ces youtubeurs branchés vulgarisation des connaissances, c’est presque devenu une petite communauté. Exemple avec Manon Bril qui a coproduit cette vidéo avec notre deuxième invité :

Dirty Biology, de la science des Gifs à l'esprit critique

Leo Grasset (aka Dirty Biology) a une approche un peu différente : il parle de biologie, de connaissances sur le vivant, bien entendu, mais pas seulement. Il y a d’abord les cultures numériques dont il reprend les codes plein pot. Sa vidéo sur la “Science des Gifs” (on dirait un titre de film de Gondry) : c’est très visuel, c’est malin, ça nous parle des émotions sur les internets, d’une forme de culture visuelle, aussi… avec ses limites.

Voyez plutôt :

Et puis, parfois, Dirty Biology se propose de partager des réactions au cours du débat public, comme il a pu le faire ici, suite à une déclaration de Raphaël Enthoven, où ce dernier évoquait le “symptôme d’un abaissement général dans une société consensuelle”.

Quand on produit des vidéos sur YouTube, n’est-ce pas d’ailleurs une façon de répondre à la question de savoir s’il existe une forme de “sagesse des foules” ?

En tout cas, Dirty Biology dénonce régulièrement, c’est qu’en matière de vulgarisation scientifique, les médias eux-mêmes ont parfois du mal à suivre.
En fait, l’enjeu, c’est moins la connaissance en tant que tel, mais l’esprit critique. Une certaine façon d’envisager le débat. On regarde :

Psychanalyse-toi la face

Dans un tout autre registre, il faut impérativement découvrir la chaîne de Manu, aka “Mardi Noir”. Manu (c’est ainsi qu’elle veut qu’on l’appelle) est diplômée d’un Master 2 en psychologie clinique. Et cette dernière s’est lancée dans un projet improbable : vulgariser Lacan. Et là, voici l’une de ces vidéos. C'est assez punk, finalement :

En terme de mise en scène, on a là une sorte de mise en abîme de la façon dont Lacan lui-même joue avec le langage, les mots, les concepts. Exemple avec [PTLF] : Le transfert, “le sujet supposé savoir et des bisous” : 

Et pour se faire connaître (sans trop y croire, d’ailleurs), Manu a commencé par poster ses vidéos sur un forum d’étudiants. Et aujourd’hui, il faut aller voir ses commentaires ; on voit qu’elle a fini par atteindre une petite communauté d’afficionados de la psychanalyse.

“YouTuber” ne s’improvise pas

J’ai l’impression que la première des figures imposées, c’est la suivante : tacler les médias. Et le motif qui revient est souvent le suivant : les internautes ont des questions bien plus pertinentes que les journalistes. Autre exercice de style : le FAQ, les questions/réponses, enfin, tout ce qui peut faciliter l’interaction avec la communauté.

Ensuite, quand on est vidéaste, il y a la question des moyens. Voici le modèle économique selon Wikipédia :

L'activité de vidéaste sur la Toile peut générer une rémunération, grâce aux recettes de publicité en ligne ou aux partenariats commerciaux avec des marques. Parfois, cette activité rapporte assez pour que le vidéaste en fasse sa profession.

D'autres font appel au financement participatif : une partie du public devient alors coproductrice de la chaîne, ce qui doit lui permettre de grandir et se développer, notamment par achat de matériel.

Tout est dit. Ou presque. Parce que, lorsqu’on ne cible pas des audiences monumentales à grand renfort d’humour potache et/ou de vidéos extrêmes, le modèle reste plutôt assez précaires. Et s'il y a une zone grise pour ceux-ci : c'est bien celle du droit. Quelles images réutiliser ? Quelles archives ? Quelles musiques ? On a beau avoir des oeuvres tombées dans le domaine public et des contenus en creative commons, tout ceci reste très artisanal.   

Ensuite, là où les “youtubeurs” les plus en vue peuvent gagner des centaines de milliers d’euros (sinon plus), on est très loin de ces ordres de grandeur. J’ai en tête, d’ailleurs, un excellent article de la revue Topo sur “YouTube, usine à clics, usine à fric” : allez donc le lire, c’est une référence complète et synthétique. On y plonge dans la sphère des Studios Bagel, au coeur des rendez-vous avec le public déchaîné lors du congrès VideoCity, ou encore dans la fabrique des formats au sein des studios YouTube situés dans les locaux de Google France, près de la gare Saint Lazare, dans le 9e.

Pour des youtubeurs comme Manon, ce sont plutôt les institutions culturelles qui s’intéressent à cette approche de la vulgarisation des savoirs qui peut, par certains aspects, s’apparenter à une forme de médiation. En tout cas, il y a quelque chose d’assez réjouissant dans ces démarches : il existe très clairement un public pour ces vidéos. Sagesse des foules, disait-on plus haut. CQFD.

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Réalisateur de _Tous les Internets, coproduction ARTE / Premières lignes
Expert indépendant pour CFI

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Commentaires

  • Depuis le rachat de Youtube par Google, c'est devenu encore plus LA PLATEFORME incontournable pour visionner les vidéos...Daylimotion par exemple reste loin derrière...En ce qui me concerne, la plupart de mes vidéos sont hébergées chez eux.

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