La valeur de l’oppression

 

L’Ukraine, l’Egypte, le Venezuela… Trois pays sous haute tension, voire au bord de la guerre civile, avec des régimes autoritaires qui tentent de juguler toute opposition : nécessairement, cela se traduit par une tentative de faire taire les voix indépendantes ou les médias qui ne sont pas aux ordres du gouvernement.  C’est ce que l’on voit en Ukraine où un journaliste a été tué et 167 autres blessés depuis le début de la crise politique, en novembre. Deux reporters d’Associated Press ont aussi été délibérément visés par des tirs de balle en caoutchouc alors qu’il portait un gilet marqué « Press ». Parallèlement, un éventail de lois liberticides est passé en janvier afin de faciliter le blocage des sites Internet, de pénaliser la diffamation et d’instaurer une surveillance de masse. La 5ème chaine nationale a aussi vu son signal crypté, même si on peut la retrouver sur Youtube.

 

Du côté de l’Egypte, se sont 36 journalistes qui ont été blessés ou arrêtés lors du troisième anniversaire de la révolution, le 25 janvier. Le procès de vingt journalistes d’Al Jazira mobilise désormais l’opinion même s’il été ajourné au 5 mars. Diffusion de fausses nouvelles dans le but de faire croire que l’Egypte est en guerre civile, manipulation d’images, amalgame avec les terroristes : ces accusations sont destinées à bloquer l’influence du Qatar, le pays d’Al Jazira qui soutient les Frères musulmans.  Seulement, c’est aussi un très mauvais procès car Al Jazira, après avoir été très populaire en épousant l’émotion des révolutions arabes, est depuis très critiquée. On fustige son manque d’indépendance, son instrumentalisation par le Qatar, son double langage en arabe ou en anglais comme en témoigne les prêches antisémites du Cheikh Al Qardaoui. Bref, le régime du général Al Sissi risque de faire d’Al Jazira, fermé en Egypte depuis septembre, un martyre de la liberté d’expression.

 

Enfin, le Venezuela reste le théâtre d’affrontements violents où les médias, assimilés parfois à l’opposition, jouent un rôle crucial. Au point que le président Arturo Maduro menace de bloquer CNN en l’accusant de chercher à montrer un pays en état de guerre civile.  Il cherche aussi à censurer Internet et les réseaux sociaux alors que des images d’exactions circulent. Au fond, tous ces censeurs devraient méditer la leçon de Jan Koum. Ce fondateur de Whatsapp, d’origine ukrainienne, a fait sa fortune  en refusant de partager les informations personnelles de ses membres par peur de la police secrète ukrainienne.  Facebook l’a racheté 19 milliards de dollars. On aimerait penser que c’est la résistance à l’oppression qui fait la valeur à l’heure numérique. 

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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