Je regardais tout à l'heure l'un des sujets d'Envoyé Spécial, consacré aux traders. Oui, cette profession de dingos sur-stressés, qui nous a planté la crise.

Le sujet était bien fait, mais au fond il tendait à vouloir nous dire que les traders "ils sont pas tous méchants et âpres" finalement. Qu'il faut savoir généraliser, ouvrir les yeux, comprendre leur dur métier, et blablabla. Ce qui sûr en tout cas, c'est que depuis un an, on sait bien que cette profession existe! Une requête Google sur le mot "trader" livre ce jour quelques 48 millions de pages : bien plus que "bourse" (21 millions), "financier" (16,2 millions) ou encore "investisseur" (2,18 millions). Et on a appris à connaître ses niveaux de rémunération indécents... De quoi ficher le bourdon en pleine crise économique, et avec un chômage courant pour nombre de secteurs.Mais on ignore combien ce métier financier a eu d'impact, hors même du champs économique. Et par exemple sur le terrain (très glissant il faut l'avouer) des nouveaux médias. Et si. Reparcourant les notes de mon vieux blog de coeur, Les Médiaboliques (l'un de mes premiers ouvert en 2003) je suis tombé sur l'une d'elle, écrite en avril 2005. Je la publie ci-dessous in extenso, car je pense qu'elle porte en elle quelque sens de ce qui s'est passé par la suite. Et un éclairage saisissant sur la situation où se trouve la presse aujourd'hui, et où le journalisme s'enferme peu à peu. Comme une course folle, stupide, perdue d'avance, entre nouvelles technologies et information, entre matériel informatique et pratiques de lecture."C'est une pub pour les téléphones mobiles. L'idée est bonne d'ailleurs, mais elle est aussi inquiétante en matière d'évolution des médias et de la presse en particulier. On y voit un type sortir de sa maison pour aller récupérer son journal, lancé par un livreur à vélo sur le pas de la porte. Le gars est bien sûr nanti de son super mobile en main, tout pendant qu'il va ramasser le journal puis... le re-balance en sens contraire, sur le livreur qui se le prend en pleine tronche.Manière visuelle nette de dire : "en veux pas!". Car (zoom rapide sur l'écran du mobile), le type était déjà en train de lire son journal téléchargé en mode numérique. Voilà donc l'avenir et même devrait-on dire le présent de la presse écrite : condamnée à être rangée au placard, ringardisée, déclarée caduque. Pour être "in", faut lire son journal sur son mobile ou son assistant personnel. Bien sûr, les financiers et autres stratèges peuvent toujours ergoter que "c'est juste le passage à un nouveau business model", qu'"il faut s'adapter au contexte des NTIC et besoins de la cible 15/35 ans", etc.Mais faudra t-il demain autant de journalistes pour fabriquer ces newsletters condensées améliorées? Aura t-on toujours le temps de lire des articles de fond, ou des... synthèses stériles à la 6-4-2? Petit à petit, on évolue vers le modèle informationnel des traders à la bourse : un terminal mobile qui balance le fil actus, les news AFP sans plus. Serions-nous donc tous devenus des traders? - le 17 avril 2005"A la suite, deux commentaires venaient compléter sur cet "encore" attachement ressenti pour l'information écrite et le format papier. Quatre ans plus tard, il n'est pas sûr que ces lecteurs penseraient la même chose...:- de Suzhou : "le succès de 20 minutes et de métro, même si on reste sur un média papier, est complètement symptomatique de la disparition de l'analyse dans l'information, et de l'acceptation de ce mouvement par le lecteur."- de Julien : "On ne peut pas reprocher l'objet et ce vers quoi tend ce genre de publicité, ceci dit il faut tout de même savoir rester optimiste. De nombreux cadres restent très attachés au format papier, ils composent en grande partie le lectorat régulier des quotidiens nationaux."En quatre ans, tout s'est passé comme si nous étions allé au plus près de nos incohérences. Chercher par exemple à faire rentrer des pages entières d'articles, à lire sur de tout petits écrans; ce qui nous rend surtout des virtuoses du glissement de pouce et d'index, à la surface de nos tactiles de téléphones mobiles (cf : la folie iPhone)... Chercher aussi à gérer de multiples flux, sur de multiples sites et réseaux, sans plus avoir le temps d'approfondir plus de 3000 signes en lecture... Bref un double syndrome : l'entonnoir matériel, et la dispersion neuronale.
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Commentaires

  • Merci de la visite et du commentaire. Ce // m'a en effet frappé ces derniers temps, où la notion de flux informatif semble l'emporter sur toute logique de qualité de production et de réflexion. On le vit dans presque toutes les équipes. Cette course est pour moi perdue d'avance, on va vers une auto-destruction pure et simple. La voie devrait être celle d'un compromis : user des nouvelles technologies, mais ne pas en abuser. Notamment pas pour asseoir de plus vils objectifs de cost killing...
  • Les journalistes des nouveaux médias sont-ils devenus de nouveaux traders de l'information ? Excellente question. Parallèles entre journalistes des nouveaux médias et traders : mode de travail, rémunération, déontalogie, outils de travail etc ... : peut-être un article intéressant à produire.
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