Uhuru Kenyatta exhibant le certificat de la Commission électorale qui officialise sa victoire à l'élection présidentielle (REUTERS/Noor Khamis)

Lors de la toute récente élection présidentielle kenyane, le système de vote électronique n'a pas fonctionné. Une panne particulièrement grave dans un pays qui avait connu de sérieuses violences lors de sa dernière élection présidentielle de 2007. Cet échec est également un message négatif envoyé à tout ceux qui voient dans le Kenya un modèle pour l'Afrique dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC). 

(Ci-dessous la version écrite de la chronique de Francis Pisani, éditée par Pierrick de Morel)

En termes politiques, l'élection présidentielle au Kenya a été gagnée par Uhuru Kenyatta, fils de Jomo Kenyatta, l'homme considéré comme le fondateur de la nation. Le nouveau président du pays est actuellement en attente de jugement par la Cour Pénale Internationale (CPI) en raison de son implication présumée dans les violences causées lors des dernières élections générales, en 2007. Elles avaient fait plus de 1.000 morts et entraîné le déplacement de 300.000 personnes

 

Le point le plus important, c'est que cette élection a eu lieu sans violence notable. Les observateurs de l'Union Européenne ont même félicité l'organisme chargé du scrutin, tout en notant que la transmission électronique des résultats par les bureaux de vote n'avait pas bien marché. En fait, il a fallu attendre cinq jours pour connaître les résultats officiels qui devaient être publiés en moins de 48 heure. Plusieurs raisons expliquent ce dysfonctionnement majeur :

  • Le premier niveau d'explication est assez simple : au lieu d'être transmis électroniquement, les résultats de chaque circonscription ont du être apportés par le responsable local au siège de la commission électorale.
  • A Kisumu, troisième ville du pays, l'informaticien de la commission électorale régionale a expliqué à l'AFP : "Les serveurs se sont plantés et nous avons été incapables de transmettre".
  • A cela il faut ajouter que pendant les deux premiers jours le nombre de bulletins nuls était multiplié par huit à la suite d'un bug
  • Et des rumeurs selon lesquelles le système aurait été hacké.


Bref : le Kenya a connu une élection pacifique – ce qui compte - mais la technologie sur lequel le pays comptait ne semble pas avoir été au rendez vous. Avant de poursuivre, je tiens à préciser je n'étais pas au Kenya lors des dernières élections présidentielles, et j'ai lu plusieurs articles et billets de blogs qui sont sans doute toutes partisans, même quand ils ne le disent pas.


Comment expliquer ce dysfonctionnement ?


Le système utilisé lors de ses élections kenyanes reposait sur l'identification biométrique des inscrits, et un système de transmission des résultats simple dans son principe : chaque bureau de vote – il y en avait 33.000 – disposait d'un téléphone mobile avec une application permettant de transmettre les résultats provisoires à des serveurs chargés de les rendre publics localement et au niveau national. Une belle idée pour qui cherche des élections transparentes dont le résultat est connu rapidement, mais le système n'a finalement pas marché.
Je dois d'abord préciser que les accusations de hacking ne semblent pas fondées. Un des responsables de la sécurité du système affirme avoir constaté deux attaques, et les avoir repoussé toutes les deux.

 

J'en viens maintenant à l'explication de fond. La plus complète et la plus documentée est fournie par Erik Hersman sur son blog WhiteAfrican [lien défectueux au moment de la publication de cet article]. Je rappelle qu'Hersman est un des créateurs d'Ushahidi, et un des fondateurs du iHub de Nairobi dont j'ai déjà souvent parlé.

 

Publiée en ligne pour que tout le monde puisse la voir et y participer, cette documentation revient sur l'organisation de l'élection et met en avant la participation de Safaricom - le principal opérateur téléphonique kenyan - et de Google, qui ont fourni l'un les cartes Sim pour les mobiles et l'autre les sites pour la publication des résultats. Les deux semblent avoir donné à Erik Hersman des explications satisfaisantes sur les processus suivis et sur ce qui a marché ou pas. En fait, selon Hersman, le problème vient moins de la technologie que de l'organisation du scrutin :

  • Il estime que la technologie était simple et que les entreprises participantes ont fait leur travail.
  • Mais il est convaincu qu'il s'agit d'un excellent cas, je le cite, "d'échec de gestion du processus".
  • Il donne comme exemple le fait que le système a été mis en place très tard : en moins de deux mois

 

La position du Kenya comme pôle avance du développement des TIC en Afrique remise en cause 


Un blogueur du nom de Moses Kemibaro écrit que le plus grand perdant de l'élection présidentielle était la technologie. Il l'attribue à une manifestation de plus de la loi de Murphy, à savoir que "si une chose peut mal tourner, elle tournera mal infailliblement". Il regrette que, dans ce pays qui aspire au rôle de leader continental en matière de technologies de l'information, les résultats finaux aient du être réunis et comptés manuellement. Un comble.

 

Hersman par contre attribue les failles à la gestion du processus. Mais il faut aller plus loin pour en comprendre les raisons.

  • La première est le manque de moyens dénoncé par certains blogueurs.
  • La seconde est le fonctionnement bureaucratique et la difficulté d'adapter la lenteur administrative au rythme des technologies de l'information.
  • La troisième, soulignée par Hersman, est le manque de transparence du processus que l'on peut attribuer plus au manque d'habitude et à la négligence qu'à une intention de nuire. Mais il est vraisemblable qu'Hersman soit naturellement enclin à dire que les développeurs ont fait leur boulot et que les bureaucrates l'ont, volontairement ou pas, saboté.


Ma conclusion personnelle – sur la base de ce que j'ai lu – est que si l'on sépare la technologie du reste, Hersman semble avoir raison : le processus n'a pas été assez transparent. C'est sans doute une erreur qu'il ne faut jamais commettre.

 

J'aurais personnellement tendance à attribuer l'échec à un problème trop fréquent : le manque d'attention que nous portons au contexte qui se rappelle toujours au bon souvenir de ceux qui l'ignorent. C'est une bonne leçon pour qui veut suivre le développement des TIC et pas seulement en Afrique.

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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Commentaires

  • La technologie doit toujours être au service de la volonté des êtres humains. Elle ne doit jamais être souveraine, parce que n´est pas neutral et qui invente le système n´est pas certain érigée a un Dieux machine super-partes, néanmoins doit être pris pas par excuse.

    Quelle assurance payez les erreurs des système? La paix est une bonne question, et elle faut que soit basée sur des valeurs certaines des dialogues entres les êtres humains.

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