La rentrée média 2013 vue par quatre spécialistes

Présentation réalisée par Ziad Maalouf et Raphaelle Constant 

  

Après notre reprise traditionnelle à Visa pour l’image, voici venu le temps de notre seconde tradition de rentrée, l’émission avec des spécialistes des médias. Pour faire le point sur les grandes questions qui occupent le journalisme et les médias, pour s’interroger aussi sur les enjeux des mois à venir, nous recevons quatre observateurs avisés : Alice Antheaume, Eric Scherer, Erwann Gaucher et Marc Mentré. Comme toujours, elle et ils ont bûché et publié plusieurs billets ces dernières semaines concernant l’actualité média. Nous nous sommes appuyés sur leur travail pour cette émission.

 

 

Elle et ils sont journalistes, blogueurs, formateurs et chroniqueurs d’un secteur qui occupe de plus en plus de place dans l’actualité. Cet été, rappelons le, a été rythmé par les révélations liées à l’affaire Prism/Snowden/Guardian. Rythmé aussi par l’agressivité de certains états vis à vis des journalistes ou des lanceurs d’alertes. On a aussi beaucoup entendu parler du procès de Bradley Manning, autre lanceur d’alerte lié aux révélations de Wikileaks. L’actualité média a aussi été faite de rachat, d’études, de questionnements. Notre monde ne cesse de changer et, celui de la presse, de s’interroger sur son évolution dans un contexte révolutionné par l’internet et les nouvelles technologies. Tour d'horizon des billets écrits ces dernières semaines par nos quatre invités.

  

Alice Antheaume est journaliste, directrice adjointe en charge des nouveaux médias et du développement international de l'école de journalisme de Sciences Po. Elle tient le blog Work in Progress sur Slate.fr. Il y a quelques jours, elle a publié un billet sous forme de session de rattrapage à destination de celles et ceux qui ont été déconnecté(e)s de l’actualité média cet été. Elle commence par revenir sur le rachat de Newsweek par un groupe média new-yorkais appartenant à Etienne Uzac, un jeune Français. Elle commente également un autre rachat,

plus symbolique encore, celui du Washington Post par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, géant du commerce en ligne.

 

Toujours dans ce billet de rattrapage, Alice Antheaume évoque la réaction d’Alan Rusbridger, patron du Guardian, aux pressions qu’a exercées le gouvernement britannique sur son journal et ses équipes après la publication des documents fournis par Snowden. Voici ce qu'elle écrit:

“D’abord, on comprend que le journalisme d’investigation est menacé, y compris dans un pays où la presse est libre, par “le formidable appareil de surveillance mis en place par l’État”. Ensuite, le Guardian joue gros. Le titre (site, quotidien et supplément) a perdu 30,9 millions de livres (36 millions d’euros) lors de l’exercice annuel se terminant le 31 mars 2013, selon Le Monde. Or la publication des révélations sur le programme de surveillance PRISM, un scoop mondial, a certes suscité un trafic considérable sur le Web et le mobile, mais n’a pas eu d’impact sur les ventes du quotidien. “Pas de revenu direct, donc”, s’est désolé en juillet dernier Alan Rusbridger, ajoutant que, pourtant, “nous devons gagner de l’argent”.

 

Dernière info présentée en bref dans ce billet et commentée dans l'émission : "Aux Etats-Unis, le temps passé en ligne (5h par jour en moyenne) dépasse pour la première fois le temps passé devant la télévision (4h31 par jour en moyenne)".

 

 

Eric Scherer est directeur de la prospective, de la stratégie numérique et des relations internationales liées aux nouveaux médias à France Télévisions. Il anime le blog Meta-Media où il a beaucoup publié cet été.

Chaque semaine, Eric publie une liste d'articles ou d'infos à ne pas manquer qu'il appelle les liens vagabonds. Parmi les sujets récents qui ont retenu son attention dans ces liens :

 

Eric Scherer a, par ailleurs, publié beaucoup de contenu sur la la télévision et la vidéo :

  • Dans un billet du 31 août intitulé Quand les journaux font le job des TV Il explique comment les sites d'information issus de la presse papier proposent de plus en plus de direct vidéo et font ainsi le boulot de la télévision d'information en continu.

 

Erwann Gaucher est journaliste, directeur adjoint sites régionaux et ultra-marins de France Télévisions. Il est également formateur et, depuis la rentrée, chroniqueur radio sur France Info. Sur son blog, il continue à suivre l’actualité médias. Il a consacré un billet récemment aux kiosques d’impression à la demande testés en Suède. Une innovation qui ne sauvera pas la presse mais qui pourrait permettre un meilleur accès aux journaux papier.

Avant de partir en vacance, Erwann a écrit un billet pour évoquer plusieurs sujets qui l'ont marqué :

  • La manière dont le journaliste Tim Pool a utilisé les Google Glass afin de couvrir les manifestations en Turquie pour Vice
  • Une nouvelle manière de présenter les commentaires d’articles choisie par la New York Times: ils sont intégrés dans les articles en fonction des oints qu'ils abordent.
  • Une chouette publication hebdomadaire en ligne : le Quatre Heures. Chaque mercredi, des étudiants sortants du Centre de Perfectionnement des Journalistes proposent un reportage multimédia. "Du slow journalisme qui fait du bien."

 

Juste avant cela, Erwann Gaucher avait publié un coup de gueule intitulé "Et puis merde". Extrait:

Et puis merde...

"Marre. Ras-le-bol...
Depuis des années, nous allons à la rencontre de ceux qu'on a pudiquement rebaptisé les "journalistes traditionnels". Depuis des années, nous allons dans des colloques, des séminaires, des formations, des réunions de rédaction. Le bâton de pèlerin numérique à la main, l'enthousiasme en bandoulière, on vient vous parler info en ligne. On vient essayer de vous donner envie, de vous dire que tout n'est pas perdu, que les médias ont un avenir qui ne se résume pas à voir les chiffres de ventes se casser la gueule.
Face à nous, encore, souvent, trop souvent des visages sceptiques, pour ne pas dire franchement hostiles. Alors on explique. On démine. On essaye de convaincre.

Non, " sur le web, on n'écrit pas que des conneries, et on ne sacrifie pas la qualité au buzz ".

Non, le numérique n'est pas une mode pour ado.

Si, on peut, et on fait déjà de l'info de qualité sur les sites.

Non, travailler sur Facebook, Twitter, Instagram, ce n'est pas " ne pas être sur le terrain ", terrain dont un bon paquet d'entre vous ne sait même plus à quoi il ressemble en dehors des conférences de presse, buffets et réunions officielles."

 

 

Marc Mentré est journaliste, chef du département journalisme à l’EMI CFD. Il raconte l’actualité média sur le blog Mediatrend. Ses dernières publications sont des interrogations sur le métier de journaliste, son statut social, économique...

Dans son billet “Le journalisme après Nate Thayer”, il raconte comment The Atlantic "a proposé à Nate Thayer, journaliste spécialisé dans les relations internationales, de reprendre gratuitement l’un de ses articles déjà publié sur un autre site. Ce dernier a refusé et a rendu public ses échanges de mails avec The Atlantic. Un geste provocateur qui a ouvert en cascade, une série de réflexions sur le fonctionnement du journalisme sur le web aujourd’hui et sur la place du pigiste, dans un univers —le web— où il ne ferait « que ralentir les choses »."

 

 

Dans son billet le pigiste n’est pas un journaliste ordinaire”, Marc propose une analyse de ce statut basée sur le livre L’intermittence au travail d’Olivier Pilmis.

Enfin, dans son article "Journalistes brouillard sur la tribu", notre invité revient sur  ce les questions et doutes émis par de nombreux confrères sur deux figures du journalisme qui se sont distinguées récemment : Glenn Greenwald, qui a recueilli le témoignage d’Edward Snowden, et Alexa O’Brien qui a couvert sur la longueur le procès de Bradley Manning. Une analyse qui lui permet d'évoquer les questions d'objectivité, d'engagement et de militantisme du journaliste.

 

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • C'est bien beau. Mais, la question demeure: le journalisme nourrit-il son homme? Pour ce que je sais dans le domaine de la presse écrite, c'est la désolation en Afrique et plus précisément en Côte d'Ivoire. Parce qu'il faut être patron de presse pour pouvoir vivre décemment. Alors là, on s'en fou de ton niveau, on s'en fou de ton diplôme, on s'en fou de tes compétence. On veut simplement vendre le journal. Or, on ne vent pas. Parce que, selon des études, seulement 3 à 5 % d'Ivoiriens achètent quotidiennement la presse papier. Et pourtant, aujourd'hui, la presse en ligne se développe et est en train de prendre la pas. Les Réseaux sociaux, là on n'en parle pas. Puisque je suis tenté de d'affirmer que les informations contenues dans les journaux viennent quasiment des réseaux communautaires. Or si tu n'es pas payé, tu ne peux pas faire du journalisme d'investigation. Faut-il alors acheter un journal, alors que l'information à déjà fait le buzz sur Facebook depuis la veille? On me parlera du traitement professionnel de l'information par des journalistes professionnels. Oui, mais on agrémentera l'info dans un souci marketing pour faire vendre le journal. En clair, tout le monde fait du journalisme sur les réseaux sociaux et si l'on n'y prend garde, la presse papier mourra de sa belle mort... et les Journalistes seront enterrés.

  • Les articles sont de plus en plus attirantes vu les moyens de la technologies mais de moins en moins logique qu'avant
  • alors super les articles une precision moi qui boss depuis des années sur les nouvelles technologie je peux vous dire que les journalistes ont tout maintenant a leur porté pour leur métier .......en plus a moindre coup...

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