Information et journalisme radiophonique à l’ère numérique tel était le thème d’un colloque organisé par le Grer, le Groupe de recherches et d’études sur la radio, à Strasbourg les 20 et 21 mars derniers. L'équipe de l’Atelier des médias a assisté à ces rencontres. Nous avons pu écouter plus d’une quarantaine de comptes rendus de recherche ainsi que des débats et des présentations consacrés au média radio. L’émission de cette semaine réunit plusieurs invités présents lors du colloque, l’occasion de revenir sur les thèmes abordés pendant ces deux jours et tenter d’en tirer les enseignements.

Comment le numérique a-t-il transformé la production de l’information à la radio ? Les acteurs qui contribuent à cette production ont-ils changé ? L’identité professionnelle des journalistes de radio a-t-elle été modifiée ? Comment écoute-t-on la radio aujourd’hui, et comment va-t-on l’écouter demain ? Ces questions parmi d’autres, étaient au menu du 7e colloque organisé par le Grer, les 21 et 22 mars derniers, intitulé Information et journalisme radiophonique à l’ère numérique. L’équipe de l’Atelier des médias a enregistré publiquement l’émission diffusée cette semaine en compagnie des invités présentés ci-dessous. En fin de billet vous trouverez également l’enregistrement de notre présentation Le paradoxe numérique de la radio.

Le journalisme radiophonique à l'ère du numérique, extraits choisis de la table ronde

Christophe Deleu est responsable de l'enseignement radio au Cuej, documentariste et producteur à France Culture. Il est également vice-président du Grer et auteur du livre Le documentaire radiophonique.

 

En ce qui concerne sa relation au numérique, « la radio semble s'interroger sur le fait même de devoir s'interroger. Là où la presse écrite est en grande difficulté actuellement, la radio n'est pas en difficulté. En France, mais dans d'autres pays aussi, les indicateurs pour mesurer si les gens écoutent ou non la radio ne vont pas dans le sens d'un désintérêt. Il n'y a pas non plus de médias privés qui coulent. Lagardère avec Europe1 ça va bien, RTL aussi. Malgré tout il y a le numérique qui est là. Et les politiques numériques des radios pataugent pas mal. Il y a eu dans certaines radios un "retard". Il y a eu beaucoup de turn over au sein des équipes dirigeantes des sites web de ces radios. On a recruté tantôt des journalistes de radio, tantôt des journalistes de presse écrite. Il y a eu du tâtonnement, pas de politique éditoriale menée à long terme.

 

On a l'impression que le son n'a pas sa place sur les sites des radios. Il faut tout faire sauf du son. On part du principe que les auditeurs ne vont pas écouter les sons. On a beaucoup développé les photos et les textes. Mais l'idée de mettre du son, on a l'impression que c'est arriéré. Il y a un problème d'identité pour la radio par rapport au numérique, si on fait du numérique, comment est-ce qu'on le fait sans forcément perdre son identité ? J'ai l'impression que la radio n'a pas la réponse à cette question. »

 

Laurent Fauré est enseignant au département des sciences du langage de l'université de Montpellier 3 et chercheur au laboratoire Praxiling du CNRS (Centre national de recherche scientifique).Lors du colloque, il a animé la présentation Regarder la radio, montrer le studio, un usage numérique contre-nature ou dans la continuité de l'agir professionnel radiophonique ?

 

« La radio a changé de l'intérieur et progressivement. Il nous semble que le meilleur moyen d'analyser ce qu'il se passe aujourd'hui c'est de voir comment les gens travaillent et comment les gens en parlent en travaillant. Il y a des modifications qui viennent, par le numérique, changer les pratiques et les manières de faire. Et par ailleurs l'univers numérique, en tant qu'univers culturel est en train de modifier les usages, mais aussi la manière dont on parle de la culture et des différents objets du monde, à la radio. En revanche on peut considérer qu'il reste à changer sans doute le regard sur ce que l'on fait avec des dispositifs qui viennent s'associer à la radio. C'est-à-dire des caméras, mais aussi le fait même de mettre en ligne des données, vidéo ou pas. Qu'est-ce que l'on fait avec ça ? Pour l'instant c'est un peu produit d'appel, il semble que ça a pu être pensé à un moment donné comme une sorte de volonté de fidéliser un certain public, mais il se peut surtout qu'aujourd'hui ça puisse devenir autre chose. »

 

Aude Jimenez est chercheuse à l'université du Québec à Montréal. Elle a proposé lors du colloque une présentation intitulée Information et participation au sein de la radio communautaire africaine : quelles perspectives à l'ère numérique ?

 

« J'essaye de voir comment ces radios qui sont celles qui ont le moins d'argent font leur transition vers le numérique avec toutes les contraintes financières que cela pose en priorité. »

 

Pour distinguer les distinguer des autres radios, Aude Jimenez retient le critère de but non lucratif.

 

« Pour cette raison, dans certains pays on les appelle aussi radios associatives.Le fait que ce sont des radios en langue locale, des radios qui ont des équipements et des moyens financiers modestes et des radios avec une forte participation. Ce sont des radios pour et par la communauté. »

 

Pour les radios communautaires, et notamment au Sénégal, Aude Jimenez explique qu’il y a des « changements des pratiques journalistiques grâce au téléphone par l'utilisation des SMS notamment. »

 

« Les changements sont beaucoup plus apparus par la téléphonie mobile que par Internet. Pour en venir aux médias sociaux, les radios communautaires sénégalaises n'y sont pas encore présentes. »

 

Marie-Soleil Frère est enseignante à l'université libre de Bruxelles, chercheuse en sciences sociales spécialisée dans les médias africains. Elle a animé lors du colloque une présentation intitulée Formateurs, animateurs ou sauveurs : perception des radios et journalistes par les auditeurs dans les régions des Grands Lacs.

 

« Le basculement au numérique a rendu possible l'aventure d'une radio très pluraliste. Il a permis d'accroître la participation des auditeurs, qui a changé profondément la manière dont les journalistes travaillent, à la fois leur accès à l'information, aux personnes ressources, aux témoins et aux acteurs. Mais aussi la manière dont les journalistes peuvent transmettre du son depuis l'intérieur du pays. Ça a changé les pratiques journalistiques, ça a changé aussi l'identité professionnelle des journalistes profondément la manière dont le public se rapporte à ces médias. »

 

Marie-Soleil Frère retient également l’importance de l’accroissement de l’équipement en téléphone portable.

 

« S'il y a dix ans on avait posé des questions sur comment l'Afrique allait évoluer en terme d'équipements, personne n'aurait pu pronostiquer qu'en l'espace de 5 ans on allait passé dans un pays comme le Congo de presque rien à plus de 60 % de population équipée de leur téléphone mobile. (...) Ce qui m'intéresse est de voir comment aujourd'hui, les publics, les audiences, les citoyens de ces pays, s'emparent de ces instruments- là pour les mobiliser dans leur rapport à l'information. Pour accéder à l'information et puis pour participer aussi à la production d'information et la possibilité d'exprimer leur avis sur ce qu'il se passe dans leur pays. »

 

Andrada Noaghiu est documentariste radio pour Arte Radio et France Culture. Elle réalise actuellement Femmes polygames, un documentaire décliné sur plusieurs supports.

 

« En allant interroger les pratiques des journalistes pour faire exister la radio hertzienne sur internet, le son est assez délaissé. Il y a un plutôt un alignement sur l'image. Où est le son ? Il y a des radios, comme Arte Radio où j'ai travaillé pendant 3 ans, qui se déploient uniquement sur internet. C'est une webradio qui a une réelle communauté, beaucoup de fans, de fidèles. Elle créé une identité plastique, esthétique et éditoriale, très forte, très marquée. Ça devient en soi, une marque, avec un public fidélisé.

 

On a beaucoup parlé de journalisme, de production d'information très quotidienne, alors que peut-être que ce que va permettre internet, c'est quelque chose d'un peu plus large. De prendre le temps, de ne pas produire tous les jours. Ce n'est pas le même métier que de devoir rendre compte de l'information heure par heure, jour pour jour, ou se demander comment créer un objet radiophonique ou sonore, plus élaboré. »

Le paradoxe numérique de la radio, l'intervention de l'Atelier des médias



En plus de cette table ronde de restitution, l’Atelier des médias a animé lors du premier jour une discussion intitulée Le paradoxe numérique de la radio.


La radio entretient une relation étrange avec le numérique. Malgré les facilités qu’offrent les nouveaux outils en termes de qualité, de stockage, de production et de diffusion, l’innovation y est rare. Les amateurs ne semblent pas s’emparer des possibles qu’offre ce média. Sur Internet, les professionnels innovent peu et renoncent facilement à la qualité dans leur chaîne de production et de diffusion.

 

En bonus, nous avons découvert un chouette exercice pédagogique réalisé par les étudiants du master 2 pro EIDI – Écriture interactive, design d’interaction, CCI Haute-Savoie/IAE Savoie Mont-Blanc : Bruit Blanc. C’est un objet interactif sonore composé de l’interview de quatre praticiens à propos de leur conception du transmédia.

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Balises : Andrada Noaghiu, Aude Jimenez, CUEJ, Christophe Deleu, GRER, Laurent Fauré, Marie-Soleil Frère, emission, internet, r/évolutions dans les médias, Plus...radio

Commentaire de serge katembera rhukuzage le 5 avril 2014 à 23:58

Bem, j'en profite pour dire que je me suis beaucoup servi d'un livre de Marie Soleil Frere lors de la rédaction de mon memoire qui portait sur la Consolidation de la démocratie en RDC et bien entendu le rôle des médias... comme le monde est petit :) 

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