La com' politique n'a pas totalement voté pour le 2.0

Je repense au grand mouvement de "2.0-isation", de "social-quelque chose-isation" que connaissent les activités de médias, communication, marketing, etc. Et parmi elles la politique, grand show médiatique devant l'éternel s'il en est. J'y repense car nous en avons eu un extrait tout dernièrement, lors de la conférence de presse de François Hollande. Un rendez-vous politique et national for attendu, et qu'on espérait donc prestement installé sur les réseaux sociaux. Après tout, quoi de plus normal pour un homme issu d'un parti qui a su tôt miser sur le 2.0 pour moderniser sa prise de parole (cf : Ségolène Royal en 2007).

Or qu'a t-on eu et vu ? J'en ai déjà parlé un peu sur les blogs professionnels que j'administre pour mon employeur, et sur la note relatant l'évènement. Je développe davantage ici.

Sur la forme, choix de la sobriété ?

C'était en effet avant tout une question de forme, presque de "choix éditorial" comme l'on dit désormais de presque tous les contenus web et de com'. A croire que le staff de F. Hollande voulait faire passer ce message : que cette conférence ne paraisse pas très web 2.0 ni participative. Ayant couvert en live-tweet l'intervention, j'ai noté que les services de l’Elysée ont juste tweeté pendant le discours du Président quelques phrases clés, mais sans interaction véritable. Volonté de se concentrer plus sur la parole posée que sur les commentaires qui en découleraient ?

Peut être (ce serait à vérifier) le choix était-il avant tout celui d'une certaine sobriété... ? Mais ce serait alors interpréter forcément Twitter comme un "too much" de communication, d'emblée. Un peu comme si l'outil était "destiné à", au-delà de toute intentionnalité à l'utiliser pour tel ou tel dessein.

Sur le déroulé, très frustrant...

Reste le ressenti de l'autre côté du clavier ou de l'écran. Un auditeur disponible est en effet doublé d'un internaute, voire d'un "user" des réseaux sociaux. Ce n'est plus étonnant quand l'on sait que "63% des internautes français de 15 ans et plus (...) sont utilisateurs de Facebook" (étude Harris reprise sur Boursier.com).

Ce type d'audience attend qu’en 2012, on puisse prendre des questions venant de Twitter et des autres réseaux sociaux. Ce n'est d'ailleurs pas que pour "donner la parole" aux internautes et les flatter. C'est aussi un soucis d'efficacité : pour permettre par exemple à des journalistes, observateurs, experts de l’étranger de questionner à distance F. Hollande… ? Au moins par exemple, une série sélective qu'aurait trié et lu un membre du staff élyséen.

Sous un autre angle, on aurait pu imaginer plus d’affichage de la présence sociale de l’Elysée. Le journaliste et consultant médias Erwan Gaucher a observé par exemple que le pupitre d’intervention du président ne comportait pas la mention du compte Twitter @Elysee (ou d'autres comptes d'ailleurs, il faut être inclusif !). Mentions qui eurent pu être portées sur d'autres supports visibles : panneaux, affiches, projections, etc.

De même, dans la logique de la social TV (une diffusion interactive via les réseaux sociaux), on ne faisait pas défiler des tweets significatifs à l’écran.

Le buzz avant tout ?

Par le hasard de l'actualité, le camp adverse (la droite) donnait l'occasion de mesure combien les réseaux restent pour les politiques simple chambre à échos du buzz et des bons mots. L'élection du futur président de l'UMP a donné l'occasion de voir combien une opération de com' peu ou mal cernée "dans le réel" (bien que je n'aime pas ce mot), peut s'avérer pesante... A trop avoir utilisé Twitter pour ânonner dans le vide ses diatribes contre l'adversaire et s'écharper à fleurets mouchetés, il ne faut pas s'étonner que le réseau rende la pareil. Exemple du top tweet qui a été retweeté ce jour plus de 1300 fois : " présidence de l UMP ça se joue entre : Fillon Ou Copé ..... j'espère que c est "Ou" qui va passer".

Cela dit, pour n'en saisir qu'un aperçu, le buzz c'est aussi celui provoqué et que nous ont donné à voir les maîtres américains. La campagne présidentielle US n'a t-elle pas été résumée par une photo d'Obama tweetée et facebookée, dans la plus pure tradition de la com' politique maîtrisée et efficace ?

Espérons donc qu'à la faveur d'une envie d'originalité voire de distinction plus grande, l'Europe puisse proposer bientôt d'autres horizons à la politique 2.0, ou au "social politics". Ce s'il faut lui donner une acception à la mode déclinée des social media et autres social tv.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...