La musique mauritanienne : Un peu trop de communautarisme inhibiteur

 

Malgré la richesse et la diversité culturelle de la Mauritanie, les musiciens n’ont pas saisi cette chance pour créer une musique métisse capable de se hisser au panthéon international. Chacun reste crispé sur son environnement social, refusant cette ouverture vers l’autre qui le sortirait du schéma communautaire. Décryptage.

 

Nageant jusque là dans le parfait anonymat sur le plan international, la musique mauritanienne est loin de tirer toute la substance contenue dans sa richesse et la diversité culturelle de ses communautés plurielles. Le communautarisme érigé en rejet de l’autre ralentit ainsi une musique métisse qui aurait fait son lit sur la scène internationale. En cultivant ses particularités, la musique mauritanienne retarde son ouverture vers l’extérieur.

" La musique mauritanienne est basée sur la musique traditionnelle, elle-même subdivisée en deux partie, les chants religieux et sacrés instrumentaux, qui varient d’une région à l’autre (Tbeul, Bouba, Sabar, Xalam, Tidinite, Ardine, Guitare en mode transposé, Flûte ou Neïfare, synthétiseur ou clavier en mode transposé) et les chants qui ressemblent à du Slam. C’est l’ode qui retrace l’histoire, la généalogie". Ce témoignage et de Lamine Kane, président de Nouakchott Music Action. Selon lui, cette dernière mode musicale est accompagnée aussi d’instruments traditionnels, objet de transmission orale réservée aux familles des griots(Iggâweun en Maure, Guéwèl en Wolof, Gawlo en Poular, Gnakhamala en Soninké).

Pour Lamine Kane qui est en même temps professeur de musique, la musique mauritanienne idéale devait être celle où chacun pourrait ou devrait s’identifier. Une musique accessible à tout le monde et qui ne serait pas seulement celle d’une élite de connaisseurs.

Cette musique commune mauritanienne, dira en substance l’intervenant, pour qu’elle existe, doit passer par un croisement entre les instruments et les sonorités bien de chez nous et les instruments venus d’ailleurs, comme la guitare électrique, la basse, la batterie, le piano ou le clavier. C’est là, d’après lui, l’une des conditions pour arriver à une musique plus représentative que communautaire.

Il soulignera qu’au 21ème siècle avec les moyens de communication disponibles, le vivre ensemble et le métissage doivent devenir des passages obligés pour créer des liens qui permettront de sortir une musique mauritanienne qui transcenderait les singularismes.

"C’est l’individualisme des traditions et coutumes qui font que la création qui tant vers l’universalisme est remise en cause " devai indiquer Lamine Kane. Pour sa part, le Slameur yacoub Koné alias Kys Sept trouve que "chaque communauté se voit à travers sa propre musique et chacun essaye de ne pas la perdre, car c’est la tradition qui prime, sinon personnellement je pense que pour avoir une musique propre a la Mauritanie, il faudrait que nous acceptions de franchir les barrières ethniques.

Selon lui, pour faire une musique métissée il faudrait que les musiciens mauritaniens acceptent de faire un mélange de rythme et de parole en donnant l’exemple de l’étonnement du public français sur la couleur de sa musique où il a réussi à réunir les quatre languies composantes de la Mauritanie dans le refrain de son opus " MIJO ". " J’avoue que ce n’est pas facile mais il faut faire face à ce dilemme " devait -il souligner.Il ajoutera qu’en tant que musiciens, leur devoir est de réunir les communautés dans une même assise que tout le monde se voit en dansant." Regarde le cas de TOURE KOUNDA, mon père jouait dans le groupe pourtant ils sont soninkés. Cette différence n’existait pas avant au temps de l’orchestre nationale où Hadramy chantait en soninké. C’est le cas de Malouma qui chante parfois en wolof " peste Kys Sept. Et d’ajouter : " Certes il y’a toujours r des gens qui se croient être au moyen âge ".A propos de l’avenir de cette musique, Yacoub Koné a affirmé qu’elle n’a pas encore perdu ni son communautarisme, ni son universalisme mais le problème est de vouloir garder coute que coute la musique de sa communauté qui risque de barrer la route à son ouverture extérieure.

" La musique est un moyen d’apprendre notre culture quand j’ai chanté " MIJO " en France, les français chantaient avec moi sans connaitre la signification du terme. Aujourd’hui un français qui vient en Mauritanie vous lui dites " MIJO "mais il te dira de réfléchir. Gardons nos coutumes mais ouvrons nos portes " conclue le Slameur.

Pour le président du festival " la traversée Mauritanie ", Bios Diallo a indiqué qu’en France ou aux Etats-Unis, quand on parle de la musique communautaire cela a un sens, un contenu, mais ce n’est pas le cas en Mauritanie.L’intervenant soutiendra que la musique communautaire est la musique qui véhicule un discours, une revendication par rapport à un rejet une oppression, ce que lui semble pas être le cas dans notre pays. " Le rap et le reggae sont des genres musicaux. Nous ne sont pas obligés d’avoir une musique commune mais cela n’empêche pas à chaque musique communautaire d’aller vers l’universel " estime -t-il.

"Les Sénégalais c’est le Mbalakh leur musique de référence qui une musique monotone à cause de sa facilité .par contre en Mauritanie, nous avons une diversité musicale qui permet aux musiciens de jouer l’Acoustic, l’Afro et le Manding " souligne Hamady Gawdel Ba, lead vocal du groupe BOLLO SARE.

Evoquant une musique commune, le chanteur dira que c’est le racisme qui empêche l’unicité musicale en Mauritanie mais toute musique est universelle, précisant que c’est les Mauritaniens qui ne sont pas consommateurs de la musique et sont complexés par le Mbalakh des Sénégalais. " Si nous ne faisons pas attention, dans quelques années, nous risquons de perdre le peu que nous avons déjà dans la musique " fustige Hamady Gawdel Ba.

Cheikh Oumar NDiaye

 

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