LA MORT DE MESSAOUD !!

Aprés des années,loin du pays,c est non sans dans une grande émotion que je retrouve Alger,ma ville toujours ruisselante de lumière et cette éxubérance de clarté,du blanc d abord des batisses et des maisons puis du bleu à l infini du ciel et de la mer,lui donne un air de fete permanent dés que l on ouvre sa fenetre le matin,dés les premiers pas dehors.J aime arpenter la rue Didouche Mourad,l artère centrale de la capitale qui coule telle une rivière,du parc des galants,fait des caprices,jouant des détours une fois devant le musée Bardot, une autre fois avent d atteindre le Sacré Coeur ,puis trace une grande courbe devant la rue Debussy pour enfin reprendre son cours normal et filer droit en direction de la grande poste,majestueuse batisse néo mauresque ,plantée a l embouchure de la rue .Avec quel bonheur je retrouve les visages familiers,ceux qui, malgré la tourmente des évenements sont toujouirs là ,certes de moins en moins nombreux.Sans ces visages connus d hommes et de femmes,à chacun me renvoyant loin derrière ,vers les beaux jours de l aprés indépendance et l immense espoir qu ont suscitées en nous la libération et la paix ,Alger ne serait plus qu un désert.Ces hommes et ces femmes retrouvés au milieu de la foule sont autant de reminiscences d un passé ,somme toute,récent mais combien glorieux.J apercu Amar,un veil ami du temps ou je travaillais au service des antiquités.C est plutot lui,qui me reconnu,de sa haute taille et avec sa bonne humeur légendaire,vint vers moi et me salua à sa manière,chaleureusement.Nous étions trés heureux de nos retrouvailles.Avec lui,j ai appris ce que signifiait le mot "amitié",dénudé de tout.dans sa pure acception.Nous avions tellement de choses à nous dire.Comme on dit,beaucoup d eau à couler sous le pont.- Tu te fais rare,et moi je n ai plus personne avec qui je peux me promener ou parler,se plaigna t il ?Tout à changé , Alger est livrée aux campagnards.Nous devenons des étrangers dans notre propre ville.Puis enchaina t il , à propos connais tu la nouvelle ?Messaoud est mort!Il m annonca celà comme s il s agissait du président .Devant mon trouble de mémoire,il répéta par deux fois le nom de celui que je devais sans doute bien connaitre..- Messaoud,Messaoud le clochard enfin l ivrogne du temps des années de la "Cafétéria".Alors tout m est revennu d un bloc.Nous partimes ensemble d un rire sonore ,enfantin.Amar avait toujours des histoires amusantes plein les poches.Celle de Messaoud que nous connurent était la meilleur.En ce temps là ,tout tournait autour de la "Cafétèria",rue Didouche Mourad,,non loin de la place Audin,face aux facultés.Qui ne connait pas ce lieu de prédilection.Une bombe avait explosé à l intérieur durant la "bataille d Alger",et il eut des victimes par dizaines parmi les européens.Peu à peu,aprés l indépendance,la "Cafétéria" ressuscita,effaca toute trace de geurre et de haine ,deint par miracle le lieu de rendez vous d une jeunesse qui avait envie de vivre;la bière coulait à flot .Notre poète national entre deux verres se levait et clamait son amour déchirant pour sa campagne de combat ,disparue.Le couple d un jour le temps d une opération dangeureuse avait déposé une bombe qui a explosé cent mètres plus loin dans un autre café en meme temps que celle de la "Cafétéria".- Et Messaoud dans tout cela?- Juste un peu de patience .Le soir la "Cafet" comme on l appelait,se remplissait de monde ,c était notre quartier latin.Au bout du long comptoir en bois luisant,perché sur un tabouret,une jolie blonde francaise ,sans doute "un bien vacant",tournoyait découvrant ses belles jambes lumineuses et chantait la chanson de la rose en tenat effectivement une rose à la main que chaque soir ,elle tenait à renouveller...."Ma rose!"......"Ma rose!"...On admirait plutot sa demie nudité que sa chanson ,dans les paroles se perdait dans le brouhaha et les vapeurs de l ivresse.Plus loin,notre poète chantait sa soeur de combat ,rendue magique par sa beauté et son engagement dans la révolution.L Algérie,la révolution, l héroine,tout se confondait dans sa voix et ses larmes.Au plus fort moment de l ivresse générale,voilà qu un ivrogne, vétu de djelaba, s invitait dans le bar en plein délire et lancait à l assistance :- Ecoutez moi , c est Messaoud!!Et joignant le geste à la parole,il relevat le bas de sa djelaba,découvrant ses attributs.Les femmes poussaient des cris comme des vièrges effarouchées et de leurs mains dissimulaient le visage.C est alors que Messaoud le clochard,s emparait des premiers verres remplis qu il trouvait et d un trait ,les vidait.Les premiers temps ,nous étions outrés et honteux du spectacle peu ragoutant que nous offrions aux amis étrangers présents dans la salle,aux copérants du monde entier ,venus nous donner un coup de main à notre révolution,aux éxilés politiques,chiliens,portugais,basques ou bretons,aux" panthères noirs " américains."Champion",le vieux serveur,petit de taille, rablé,tenue impécable,surpris le platesu à la main,se retornait sur lui meme,posait son plateau sur le comptoir prés l oiseau du paradis qui tournoyait imperturbable .se rue sur l intrus pour lui donner une correction."Champion" doit son nom à des matchs de boxe qu il remportait dans l algerois du temps de la France.Il disait à qui voulait l entendre que lorsqu il était serveur à la" brasserie des facs",quelques mètres plus loins,Monsieur Camus s asseyait dans un coin de la véranda du café ,face à l université et lui demandait toujours un petit café noir.Dehors,la grande explication entre "Champion et le "clochard".Messaoud ne reviendra plus interrompre nos réves de révolution internationale et d un monde débarassé du colonialisme.Le poète national ,avec sa verve des nuits d Alger,chantait le combat épique de sa fiancée de guerre,fille de la "Casabah",et nous ne savions que dire ,lorsqu il décrivait les atroces tortures et mutilations subis tous les deux ,soumis à la" question ",apres leur arrestation.Il y avait un moment de silence que la dame au corssage fleuri remplissait de son cabaret d un genre nouveau.Le poète pleurait de chaudes larmes.Et Messaoud qui revenait comme dans un film déjà vu.Il entre ,il lance "son Messaoud" des mauvais jours et la suite que nous connaissions par coeur.Ses petits yeux pétillaient de malice et de défit,et d un geste brusuq et assuré,s emparait des verres à sa portée de ceux ou de celles ,nouveaux venus ,qui s assoyaient prés de l entrée,ignorant tout du programme de la soirée.Moi,Amar,et les autres,nous étions une bande joyeuse qui se retrouvait là jusque tard la nuit ,pour enfin rentrer chez nous,par le dernier bus.Ces scènes à répétition ,ces bouts de spectacles ,cette créature ettérée dans les vapeurs au milieu de ses roses qui avait semble t il un peu perdu la tete avec toutes ces histoires del "Algérie francaise", l "Algérie algérienne",la métropole,et tout et tout.le poète qui nous arrachait les larmes et ce Messaoud qui s invitait à la noce génerale ,nous étions heureux,tout simplement heureux.Pour rien au momne nous n aurions troqué l Algérie pour l Amérique ......Alger,Capitale du Monde !..Amar me ramena à la réalité : mais tu ne connait pas la suite ? Messaoud est mort dans les habits de "Hadj",blancs immaculés !- Comment est ce possible ,une telle reconversion ?-Tiens toi bien.Le jour ou la mouvance islamique avait remporté le premier tour des élections,au seuil du pouvoir,les militants se répandirent partout dans Alger ,annoncant la boone nouvelle.Ils nettoyèrent les rues qui étaient à l abandon ,plantèrent des arbres là ou ils pouvaient,mobilisant les jeunes désoeuvrés des quartiers .Justement deux jeunes gens parmi eux,guidés par un barbu à peine plus agé ,le trouvait ,lui qui,depuis des lustres ,gisait habituellement au meme endroit ,pres du marchand des journaux ,rue Richelieu.Ils lui ont préchè la bonne parole.- Y a El Hadj,réveille toi ,le jour est venu ou tu ne seras plus abandonné comme tu l es en ce moment .On va te soigner ,te laver,tu auras du linge propre et de quoi manger,un toit ....bientot.Messaoud émergeant difficilement des flots de l ivresse , ouvrit à peine un oeil pour leur répondre :- Laissez moi tranquille,mes enfants! Je ne veux aller nulle part,et d un geste lourd et lent ,ramena à lui le berlingot de vin.Durant trois jours et trois nuits,les jeunes se relayèrent,revinrent à la charge,ne désespérant pas de le ramener à la raison.Ils finirent quand meme par le remettre sur pied ,lui qui ,depuis longtemps n avancait plus que sur ces fesses, s aidant de ses talons ,dans ses courts moments de lucidité.Ils l aidèrent à faire quelques pas ,à traverser la rue.à ganer le "hammam" d en face.Là,dans la vapeur ambiante ,ils mirent des heures à le "dégraisser",`le dèbarasser d une carapace aussi épaisse que celle d un élephant .Lorsque ces volantaires sympathiques terminèrent enfin leur besogne ,le vieux Messaoud ètait transformé,métamorphosé au sens propre du terme.Son visage lumineux rayonnait ,sa peau étincelait à vous faire baisser les yeux.Rasé,tout frais,tout de blanc vétu,c était un autre homme.Il tenait debout sans l aide de personne,presque comme nous l avions connu jadis .Une nouvelle vie s offait à lui.Ah! Ces jeunes ,quand ils s y mettent,ils peuvent transformer le monde .Le lendemain,on retrouva Messaoud mort ,étendu à l endroit meme ou il vait l habitude de s allonger,dans ses beaux habits blancs.Il mourut ,semble t il ,de trop de propreté . Son corp ne pouvait supporter un tel traitement de choc.Tout de meme,il mourut de belle mort !
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Commentaires

  • Une nouvelle quasi identique a celle de "Allal Mat " !
    L auteur a fait un grand saut dans Alger post indépendance ou il y avait la convivialité et la fraternité.
    "El Bahdja" rayonnait d activités culturelles, ou il faisait aussi bon d y vivre dans la sécurite et la tolérance !
    Avec tous les mouvements de résistance internationaux qu abritait Alger,on l appelait "La Mecque des révolutionnaires"! Que de nostalgie et que de rèves perdus !
    Bendjeloul a évoqué aussi (comme pour sa première nouvelle "Allal Mat") un "personnage symbole" en la personne de Messaoud qui était un peu le fils incontournable des avenues mythiques du centre de la ville d Alger ! Paix à son ame!!
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