Si le Mali était à genoux, Sanogo et sa bande viennent de le mettre à plat ventre. 

Les mutins viennent de foutre le Mali dans la situation la plus confuse de toute son histoire. L'heure n'est plus à l'incertitude, l'heure est grave. Après Kidal, Bourem et Ansogo dans la journée d'hier, c'est la ville stratégique de Gao qui vient de tomber, ce matin, dans les girons de la rébellion armée. La perspective de voir tomber la ville sainte de Tombouctou et le monumental tombeau des Askia n'est plus qu'une question d'heure. Sans oublier, qu'en plus des mesures de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO, de nouvelles sanctions se préparent au niveau d'autres instances internationales pour serrer encore plus l'étau de l'asphyxie économique sur le pays.

Le soldat Sanogo vient de porter un ultime coup, et à la démocratie malienne, et à l'économie déjà fragile de ce pays, et, surtout, à l'intégrité territoriale de cette grande Nation. On se disait qu'ils avaient atteint les sommets lorsqu'ils ont surpris le monde en accouchant de la constitution la plus éclair de l'histoire des coups d'Etat, 5 jours après avoir déposé Amadou Toumani Touré. En quelque sorte, le petit syllabaire de l'ubuesque putschiste.

Mais, en poussant une foule de courtisans, et de badauds motivés par quelques billets de banques dans certains rues de Bamako pour meubler le décor comme soutiens et en envoyant une partie de ce groupuscule d'opportunistes occuper le tarmac de l'aéroport de Senou pour empêcher l'atterrissage des avions des chefs d'Etat de la CEDEAO, ces mutins montrent clairement à la face du monde que rien ne pourra venir à bout de leur appétence au Pouvoir.

Il ne leur a fallu que 10 jours de règne pour que la rébellion armée fasse son avancée la plus spectaculaire depuis le ravivement des tensions insurrectionnelles. Une rébellion qui n’attendait que cet ultime moment :

"Ce vent de confusion entre les maliens nous est favorable alors autant en finir une bonne fois pour toute" annonçait hier le représentant du MNLA, le Mouvement National de Libération de l'Azawad sur les médias.

Ansar dine a déjà fini de sécuriser les administrations des villes conquises. Leur drapeau et leur emblème flottent sur ces immenses territoires, sous souveraineté malienne, pas plus tard qu'hier.

Le capitaine Sanogo et ses hommes devraient se ressaisir maintenant et ne pas tendre l'oreille aux sirènes des  opportunistes qui leur miroitent un avenir à un enfantillage qui n'est allé que déjà trop loin. Ces formations politiques connues, ces associations pacotilles régulièrement recalées dans les épreuves électives et aussi ces personnalités en disgrâce dans le régime de ATT qui pensent avoir trouvé un terrain propice au bénéfice de quelques anciennes rancunes. Beaucoup d'entre elles ont manqué une occasion de se taire et ont accepté de donner un blanc seing à la pire des choses contre l'égalité. Oumar Mariko (SADI) a agrippé son bâton de pèlerin pour la tâche ardue de porte-voix d’une cause mort née. La sortie médiatique de l’écrivain et femme politique, Aminata Dramane Traoré, en faveur du coup de force des mutins n’honore pas son parcours d’altermondialiste de référence. L’amalgame entre ces bandits armés et le statut d’indigné qu’elle leur colle est une injure à tous ses martyrs des dernières révolutions : de la bravoure du tunisien Mohamed Bouazizi qui s’est immolé aux sacrifices des manifestants de la place Tahrir en Egypte.

Annoncer sur les médias qu'ils sont d'accord pour un retour rapide à "l'ordre constitutionnel normal" ne change rien à cette situation déjà compromise. Ce n'est pas le désordre que Sanogo et sa clique viennent d'instaurer depuis dix jours qui verra le Mali retrouver toute sa souveraineté et sa stabilité perdues.

L'échéance de l'ultimatum donnée par la CEDEAO arrive bientôt à son terme. Les effets des sanctions prises par la communauté internationale qui viennent s'ajouter à cette crise vont bientôt se faire sentir, car il n'est même pas sûr que les salaires de ce mois de mars soient versés. Et, si les fonctionnaires ne sont pas payés d'ici lundi prochain, date butoir de l'ultimatum, ils ne le seront jamais plus, au titre des efforts de guerre, tant que la stabilité escomptée n'est pas retrouvée. Dans ces conditions, c'est forcement la population malienne qui sera la première à en pâtir.

Les mutins procèdent à une diversion bien connue : la technique du serpent qui se mord sa queue. Car c'est auprès de ceux qui les sanctionnent qu'ils appellent à l'aide pour pouvoir contrer la rébellion. Grotesque et irrespectueux ! De même, dans leur réaction après l'annonce des premières sanctions de la CEDEAO, rien que de la poudre aux yeux lorsqu'ils procèdent au lever d'un couvre feu arbitraire, à la réouverture des frontières et en ordonnant la libération de deux ou trois personnes. Insuffisant tout ça !

Face là la progression significative de la rébellion depuis hier, la CEDEAO vient de proposer 2.000 hommes comme soutien immédiat à condition que Sanogo et sa clique quittent sans délai le pouvoir. Réponse des mutins : Nous quitterons après le retour à l'ordre constitutionnel.

Une des grosses erreurs dans ce putsch restera le fait que ce sont, aujourd'hui, des officiers supérieurs qui croupissent sous un déluge de feu au Nord face à un capitaine qui se la coule douce à Bamako. La bravoure et l'esprit patriotique ont donc changé de camp contrairement à ce que les mutins annonçaient dans leur premier communiqué. 

La CEDEAO devrait se montrer un peu plus ferme et faire l'économie du langage diplomatique. La culture des belles paroles n'arrangera rien dans cette histoire. Seul le pragmatisme peut apporter la meilleure des réponses à l'avancée spectaculaire de la rébellion et, surtout, à cet égarement déplorable des mutins.

 

Solo Niaré


Putsch Info N°4

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