(Crédit photo : Céline Develay-Mazurelle)

 

Du 22 au 24 mars 2013, des journalistes, des développeurs, des designers et des entrepreneurs se sont réunis au sud de Paris pour essayer d'inventer les médias du futur.  J'y suis allé en reportage pour l'Atelier des médias et j'ai découvert une compétition stimulante inspirée des start-up week-ends. Comment appliquer la culture de l'entreprenariat à la sphère journalistique sans négliger son ambition éditoriale: c'est la question que pose ce laboratoire éphémère. 

 

 

Imaginer le média de demain, c'est la "modeste" ambition affichée par les organisateurs de la première édition parisienne de la Medialab Session. C'est aussi le défi qu'ont eu à relever la cinquantaine de participants présents le week-end du 22-24 mars dans les locaux de l'école des métiers du web 'Sup' Internet au Kremlin-Bicêtre près de Paris. 

 

En seulement 48 heures, des équipes de journalistes, designers, développeurs et entrepreneurs ont uni leurs compétences et leurs expertises pour donner naissance à  des projets média innovants. Mais le tout n'est pas d'avoir une bonne idée : il faut également penser à son modèle économique, garantir l'indépendance du futur projet et surtout inventer une nouvelle manière de raconter l’information. Vaste programme... A la clé pour l'équipe qui aura su convaincre le jury: un accompagnement personnalisé avec des spécialistes de la stratégie digitale et du crowdfunding. 

Une initiative lancée à Nantes en 2012

A l'origine du projet, on trouve Romain Saillet, un jeune journaliste entrepreneur passé par Owni.fr. Pour ses Medialab Sessions, il s'est inspiré des hackatons, ces rassemblements collaboratifs de programmeurs mais aussi des start-up week-ends, ces formats express qui privilégient l'action et le partage pour créer une entreprise.

Et comme toute compétition, la Medialab Session a ses règles du jeu et un seul gagnant à l'arrivée. Petit aperçu du programme publié par les organisateurs: 

MediaLabSession_Paris #2 from MediaLabSession

Déjà expérimenté en 2012 dans une première édition à Nantes, ce format s'adapte plutôt bien à un monde des médias en pleine recherche d'innovations. Et contrairement à ce que je m'attendais, il a su réunir ce week-end là un public plutôt contrasté: des journalistes issus de la presse écrite en questionnement professionnel, des étudiants-journalistes apprentis-codeurs fourmillant d'idées ou des développeurs et des designers particulièrement versés dans l'éditorial. 

Entre boisson énergisante et dynamique de groupe

Dès le vendredi soir, à 18 heures, la session débute par des exercices de pitchs drolatiques afin de fédérer les troupes et entrer rapidement dans le vif du sujet. A 19 heures, chaque porteur de projet doit convaincre l'assemblée afin de constituer son équipe. Là aussi le temps est compté et l'exercice de séduction doit être efficace. 

Une fois les équipes formées, commence véritablement le travail de mise en commun et de réflexion. A l'arrivée, ce sont sept équipes qui ont donc tenté pendant 48 heures d'inventer, tricotant et détricotant les formats et les modèles économiques (payant par abonnement, gratuit avec financement issu de la publicité etc...). 

(Crédit photo : Céline Develay-Mazurelle)

Très réaliste dans son approche "business" avec notamment une "master-class autour du modèle économique" dès le samedi midi, le week-end a su rester une expérience créative et innovante. Entourés de mentors chargés de les bousculer et de les aiguiller, les participants (pour beaucoup journalistes) ont développé des projets s'adressant surtout à des publics de niche (parents, geeks, femmes) et plus inventifs du point de vue de l'éditorial que de celui des formats. 

Pendant 48 heures, dans une atmosphère décontractée et collaborative, les participants ont tenu bon, à coup de boissons énergisantes et de blagues plus ou moins fines selon l'avancée de la nuit... Dans un esprit open data et open source, heure après heure, chaque équipe se devait également de tenir un journal de ses travaux. 

Esprit collaboratif et frustration éditoriale

Cependant, le hic dans ce genre de compétitions est qu'elles attirent parfois des participants aux projets trop ficelés ou aboutis en amont. Alors que l'intérêt est ici, au contraire, de savoir remettre en question son idée pour mieux la détourner et la réinventer. Dans les couloirs de la Medialab Session, en discutant avec certains participants, j'ai pu percevoir une autre limite : celle du primat de l'audience et du clic sur l'éditorial. Une limite pas forcément prônée par les mentors mais intériorisée par des participants embarqués trop tôt dans la question du modèle économique. Ainsi, l'audace a parfois fait défaut dans les modes d'écriture journalistique pas aussi innovants que dans la première édition. 

A Nantes, le projet gagnant "102 heures" proposait par exemple de suivre une semaine d'investigation journalistique à travers une carte, les déplacements du journaliste, ses rendez-vous tout en participant à son enquête en proposant des pistes. L'internaute pouvait enfin acheter le résultat de cette enquête avec laquelle il avait développé un lien affectif fort. 

Voir la vidéo du pitch du projet 102 heures: 

A Paris, à l'issue des pitchs de 5 minutes devant le jury, c'est le projet "Chiccup Mag", un média orienté mobile et destiné aux femmes geeks qui l'a emporté. Il s'est distingué par l'inventivité de son interface design et son modèle "micro-payant" à l'article. Un projet mené par une équipe très réduite (2 personnes et une béta-testeuse). Comme quoi il ne faut pas être une armada espagnole pour imaginer le média de demain! Un des nombreux enseignements de cette Medialab Session... 

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Commentaires

  • Le média de démain tout comme celui d'aujourd'hui necessite une bonne méthode marchant avec la nouvelle technologie,bon nombre des journalistes n'ont pas accès à l'ordinateur,ils sont toujours aux enciennent technos de lire les papiers manuscrits,de presenter les journal en lisant leur papiers ecrits à la main.
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