La guerre économique est aujourd'hui numérique

crédit photo: Ivan Bandura (Flickr)

Nous avions le film de science-fiction "World War Z". Maintenant nous avons "World War D" (la guerre mondiale D) pour désigner la troisième guerre mondiale.

Tel était le titre d’une conférence qui s’est tenue fin mars à Melbourne en Australie pour parler de la guerre des monnaies (D est alors utilisé pour Dévaluation) et du fait que la guerre économique est aujourd’hui numérique. « L’arme est la finance mais le champ de bataille est Digital », peut-on lire sur le compte rendu. Quelle est cette nouvelle forme de guerre en marche ? 

Une nouvelle forme de guerre

La conférence était une réunion de chantres de l’Apocalypse (promettant des martingales aux investisseurs qui les suivraient). J’ignore la valeur de leurs prédictions mais j'y vois une invitation à s’interroger sur la portée non militaire des affrontements en cours autour de la question ukrainienne.

Loin d’être des coups d’épingle, les sanctions prises par les États-Unis et par l’Europe sont en fait la mise en marche d’une nouvelle forme de guerre, sans destructions physiques, mais tout aussi redoutable.

Newsweek de cette semaine en fait sa une. Sous le titre "L’art de la guerre financière", l’article explique en détail comment Washington a recours à « des armes financières sophistiquées » contre des gouvernements hostiles.

« Il y a quinze ans, l’idée que le Département du Trésor serait au centre de notre sécurité nationale était inconcevable », explique le sous-secrétaire Daniel Glaser.

« Mais nous avons développé une panoplie complète d’outils à mettre au service du Président. »

La clé consiste à interdire toute transaction en dollars d’un individu ou d’une banque portée sur la liste noire. L’impact est considérable car 87% des transactions internationales se font, à un moment ou à un autre, en dollars US et sont signalées aux autorités de ce pays. De très lourdes pénalités (parfois en millions de dollars) sont appliquées à toute institution américaine ou étrangère effectuant une transaction avec les individus et institutions figurant sur la liste. Un diktat que personne n’ose violer, même les Chinois.

Une guerre subtile qui n'en n'est pas moins impitoyable

Il s’agit, selon The Telegraph de Londres d’une "bombe à neutrons financière" qui « repose sur le contrôle hégémonique du système bancaire global étayé par un réseau d’alliés et l’acceptation réticente des États neutres ». Il en résulte une guerre « subtile », « mais pas moins impitoyable et destructrice que les autres » écrit Juan Zarate, le fonctionnaire américain qui a conçu le dispositif et contribué à le mettre en place après le 11 septembre 2001.

L’arme a déjà donné des résultats avec la Corée du Nord et l’Iran. Mais la Russie est un bien plus gros morceau, de plus « intimement liée aux économies de l’Allemagne et de l’Europe de l’Est ». Une contagion n’est donc pas à écarter au sein de notre système hyper connecté.

Il ne faut pas écarter non plus une réponse « asymétrique » de la Russie. Elle pourrait avoir recours à la cyber guerre, dans laquelle elle a déjà démontré sa capacité et à laquelle les économies et sociétés ouvertes occidentales sont particulièrement vulnérables. La guerre est en marche, avec d’autres moyens qu’il faut comprendre

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Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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Francis Pisani
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