La fin des e-piratages à Madagascar

L'office malgache des droits d'auteurs, OMDA, réclame le paiement d'Ar 2000 (équivalent de 0,85euros) par ordinateur par mois, dans les cybercafés, sous prétexte de "protection des artistes".Une forme de mendicité pour les uns, une stratégie de lutte contre le piratage pour les autres.

L'association des cybercafés et internautes de Madagascar, Acybimad riposte sur l'initiative de l'OMDA dans cette démarche. « Nous sommes déjà dans la galère avec le paiement des charges fixes comme les loyers, les frais de connexion et l’électricité. La plupart d'entre nous ne possèdent qu'une dizaine de machines dans le cyber. Cette somme demandée pourrait donc nous enlever le peu de bénéfice qui nous reste dans le mois», affirme Rija Rakotonirina, son président.

Pourtant, la mesure est mise en vigueur depuis deux mois. La campagne a, d'ailleurs, été lancée en 2008, selon les responsables de l'OMDA. Aujourd'hui, de plus en plus d'auteurs littéraires, de compositeurs sont victimes de piraterie et de téléchargements sauvages de leurs œuvres sur la toile. Ce qui les a poussés à revendiquer leurs droits auprès des internautes, avec l'application de l'article 6 de la loi n°15 610 du 7 septembre 2006.

Journée sans internet

Bien que la nouvelle technologie commence à s'infiltrer dans notre quotidien, Madagascar n'est pas encore un pays très avancé dans ce domaine. En 2012, seule 1,90% de la population a accès à internet chez eux, selon le journal africain Journal du Net. Quant aux cybercafés, ils avantagent surtout les centres urbains. Or, l'Acybimad, confiante de sa notoriété, lance l'ultimatum d'une « journée sans internet » au public. La question se pose aux clients si cette mesure est bénéfique à tous ou juste à quelques opportunistes. « L'affaire devrait rester entre l'OMDA, les cybercafés et les artistes. Les bureaux des grandes entreprises, les écoles utilisent aussi internet. De surcroît, certaines entreprises interdisent l'utilisation des sites de téléchargements. Alors, n'est-ce pas exagéré de s'attaquer à ceux qui ne sont pas concernés par ce bras de fer », lance Hajatiana Rafolomananjara, enseignant. Tout comme les mesures prises à la hâte, l'intervention de l'Acybimad en est une, d'après lui.

Démesuré

Selon l'OMDA, les artistes se plaignent du non-respect de leurs œuvres. Bien que beaucoup d'entre eux les publient sur les réseaux sociaux et les sites web, ils réclament leurs gains dans ces partages. La réclamation des Ar 2000 par ordinateur par mois auprès des cybercafés semble, pour eux, la meilleure solution. De toute manière, cette attaque contre les cybercafés ne bloquera ni ne maîtrisera les téléchargements à domicile ou par téléphone. D'ailleurs, les sites comme youtube, dailymotion et bien d'autres encore, affichent l'icône « télécharger», et personne ne pourra empêcher l'internaute de télécharger la chanson de son artiste favori.

La requête de l'OMDA ne semble plus, dans ce cas, une mesure pérenne. « Plus tard, il pourra nous taxer de l'argent par téléphone doté d'un lecteur mp3 et des applications internet », ironise Mialitiana Henintsoa, responsable d'un taxiphone.

La protection des artistes sur l'exploitation via internet n'est pas un phénomène nouveau. Madagascar n'en est qu'à ses débuts, alors que les pays avancés ont déjà fait plusieurs pas en avant. « En Italie, l'Office du droit d'auteurs collabore directement avec youtube et les sites de téléchargements. Ce sont ces derniers qui versent leurs participations pour la protection des artistes », explique Hery, responsable d'une émission radio à Rome. Cette mesure, d'après lui, permet à l'artiste de déposer librement ses œuvres puis d'être rémunérés selon le nombre de téléchargements. Une mesure pérenne et équitable pour tous, termine-t-il.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Myriam Vololonarivo, reporter pour le journal L'Hebdo de Madagascar.

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr. 2019
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv. 2019
Plus...