La décision est tombée Lundi 26 Juillet 2010 au Palais de Justice d’Abidjan Plateau. Le chef d’accusation de « vol de documents administratifs » dont étaient affublés des 3 journalistes du Nouveau Courrier, n’est pasretenu par leurs juges. Et pour cause le vol n’était pas constitué


Sa majesté Tchimou cherche la taupe

Cette scabreuse affaire qui connaît son épilogue ce lundi 26 juillet, a débuté le 13 juillet dernier. Les journalistes du quotidien ivoirien le NouveauCourrier, reçoivent la visite des sbires mandatés « verbalement » parle procureur Tchimou. C’est le début de 2 heures de calvaire pour la rédactiondu quotidien ivoirien. 2 heures pendant lesquelles les affidés du procureurvont se livrer à toute sorte d’exactions. Ils ont pour instruction ferme, des’emparer du document de base, ayant servi à la rédaction d’une séried’articles sur le scandale de la filière Café Cacao qui ont été publiés dans le numéro 043, parule matin même de ce mardi 13 Juillet 2010, et qui vont l’être dans lesprochaines éditions. Tout y passe, séquestrations, fouille de toute sorte et pourcouronner le tout, ils emportent le matériel de travail des journalistes.

L’arrestation des journalistes et la requalification des faits

Les manœuvres du procureur de la république, visent au départ l’extorsion des aveux des journalistes, sur l’origine de son fameux rapport adressé au président de la république Laurent Gbagbo. Cependant lerefus de ceux-ci de révéler leur source va pousser ce dernier, à passer à lavitesse supérieure. En effet il exige la mise aux arrêts de Théophile Kouamouo,Directeur des rédactions du journal, ainsi que Stéphane Guédé et Saint-ClaverOula, respectivement Directeur de Publication et Rédacteur en Chef, pour lesmotifs sortis droit de son imagination fertile, « vol de documentsadministratifs »et « divulgation d’un document secret ». C’est le branle bas,cette affaire qui a déjà fait les choux gras de la presse locale, ravivée parle quotidien dans sa livraison du 13 juillet, va faire le tour du monde.

Un métier à risques

La presse locale se mobilise, à travers ses colonnes, mais aussi à travers des manifestations pacifiques. Les inquiétudes fusent, d’Abidjan à Washington les dirigeants et hommes politiques exigent lalibération des journalistes, au nom de la liberté de la presse. Il faut noterque celle-ci est importante dans un contexte d’expression de la pluralitéd’opinions, qui elle-même s’inscrit dansle registre d’une batterie de libertés qui garantissent la démocratie. Cettedernière est foulée au pied, chaque jour, par des régimes peu recommandables etfait du métier de journaliste un métier dangereux. Selon le Committee toProtect Journalist, 22 journalistes ont déjà perdu la vie en 2010 dont 6 enAfrique, les cas de BIBI NGOTA au Cameroun et de Jean-Léonard RUGAMBAGE auRwanda, sont encore frais dans nos mémoires. L’organisme de New York estime lenombre de journalistes écroués à 136 pour l’année 2009 dont 45% pour des motifspolitiques. Dans un contexte de démocratisation, comment comprendrel’acharnement des pouvoirs publics à museler la presse? La raison peut êtretrouvée dans le fait que celle-ci est considérée par les pouvoirs publics commefouille-merde, depuis le scandale du Watergate, qui déboucha en 1974 à ladémission de Richard Nixon, alors président des Etats Unis d’Amérique. Dans laperspective d’éviter ce type d’incident, de nature à contrarier les décideursdésireux d’occuper leurs sièges Advitam aeternam, les législateurs de nos républiques bananières ne tarissent pasd’imagination et de zèle. En effet quelque soit le prisme sous lequel on puisseregarder le projet en gestation au Sénégal, prétendument initié pour protégerles professionnels de l’information, on aboutit fatalement à uneconclusion : la dépénalisation des délits de presse ce n’est pas pourdemain la veille, en Afrique. En effet le code de presse en gestation auSénégal, remplace les peines privatives de liberté par une batterie dedispositions pour le moins répressives.

La dépénalisation des délits de presse en question

Les pourfendeurs de cette question trouvent dans la revendication des journalistes une fibre trop corporatiste. Une sorte de discrimination positive à l’égard desjournalistes. Pourtant la liberté de la presse est contenue dans la libertéd’expression, et vue sous cet angle, concerne tout le monde. MERLEet VITU estiment pour leur part que : « la dépénalisation entraîne la sortie d'un faitréprouvé hors du champ pénal traditionnel sans exclure toutefois l'idée desanction : le fait cesse d'être infractionnel, mais il reste sanctionnéadministrativement ou autrement. Il y a donc désescalade dans la répression, lajustice pénale étant dessaisie au profit d'une instance non pénale». Ladernière trouvaille du législateur du pays de Senghor s’inscrit probablementdans cette perspective. Et c’est en cela que la décision des juges desjournalistes ivoiriens cités supra, peut se comprendre, et est louable.Toutefois, certaines incongruitéspeuvent être relevées dans le texte en gestation au Sénégal. Prenons le cas de l’article 277 de ce projetde code qui stipule que « toutprofessionnel de la communication sociale … qui aura diffusé de nouvelles faussesde pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, serapuni d’une amende de 10 millions à 30 millions de francs Cfa lorsque lapublication, la diffusion, la divulgation, la reproduction faite ou non demauvaise foi aura entraîné la désobéissance aux lois du pays ou porté atteinteau moral de la population ou jeté le discrédit sur les institutions publiquesou leur fonctionnement». L’article 268 quant à lui stipule que :« tout professionnel de la communication sociale qui aura offensé lePrésident de la Républiquepar l’un des moyens de communication énoncés dans le présent code est puni d’uneamende de 5 à 10 millions de francs Cfa. Les peines prévues à l’alinéa sontapplicables à l’offense à la personne qui exerce tout ou partie desprérogatives du Président de laRépublique ». Il faut voir dans cet arsenal d’articles,des velléités de tuer la profession dejournaliste et les entreprises de presse à la santé financière précaire.


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