Il n’est pas inutile de profiter du sommet dit du “Partenariat pour un gouvernement ouvert” pour aller tester la consistance de la promesse de départ d’un tel évènement : un gouvernement ouvert, c’est un gouvernement qui sait et qui se doit de composer avec les forces vives de la société civile, tout en améliorant l’accès à l’information d’intérêt public et aux données ouvertes. Et comme il n’est pas sûr que les gouvernements sauront “libérer” l’accès aux bonnes données, c’est-à-dire aux données utiles et pertinentes, l’Atelier des médias de RFi réunit un panel d’acteurs de la société civile issus de pays du Sud et de professionnels de la donnée pour tenter d’y voir plus clair.   

Voici donc les invités de cette émission enregistrée en public, au coeur du sommet dit de l'OGP 2016, sur le stand de Place to DO (animé par Démocratie ouverte) : 
  • Sylvain Lapoix, journaliste et enquêteur pour Datagueule, expert CFI médias pour le programme Open Data Médias
  • Gaston Sawadogo, journaliste à l’Evèvenement (Burkina)  
  • Prisca Rananjarison, journaliste d’investigation (Madagascar)
  • Omar Radi, journaliste d’investigation (Maroc)
  • Pierre Chrzanowski, spécialiste des données ouvertes, travaille régulièrement avec la Banque Mondiale, et membre de Open Knowledge, un réseau qui milite pour l'ouverture des données.  

#OGP2016 ou #OGP16 : Vous l’avez à coup sûr vu passer sur Twitter, vous l’avez probablement entr’aperçu sur Facebook, et vous avez peut-être même entendu notre dernière émission : “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Gouvernement ouvert”. Eh bien nous y voilà, #OGP16, c’est donc le mot dièse ou le hashtag consacré pour suivre ce sommet du Partenariat pour un gouvernement ouvert. On pouvait difficilement faire plus obscur comme nom, et c’est vrai, tout ceci paraît bien technique, bien aride, bien étranger au quotidien de nous autres, humbles artisans de nos existences, âmes errantes et laborieuses, mais surtout citoyens d’un monde de plus en plus complexe, interdépendant, et connecté.     

Alors alors : j’ai eu envie de vous proposer l’exercice suivant : quitte à parler de ce sommet réunissant plus de 5 000 représentants venus de plus de 70 pays. Soyons le plus concret possible ! C’est bien beau de parler de “Cop 21 de la démocratie”, d’organiser des hackathons à l’Elysée ou d’animer des ateliers à tout-va dans les salles du Conseil économique, social et environnemental transformé en bunker en plein coeur de Paris. 

Partons donc d’une façon simple de poser les questions :

  • Si le "gouvernement ouvert" est une nouvelle manière de collaborer entre les acteurs publics et la société civile
  • Et si l’enjeu c’est d’apprendre à trouver des solutions conjointes aux grands défis auxquels les démocraties font face (exemples : les droits humains, la préservation de l’environnement, la lutte contre la corruption, l’accès pour tous à la connaissance, etc)

La question à laquelle j’ai essayé de répondre avec mes invités, c’est la suivante : “L’open data est-il le plus sûr chemin vers une démocratie plus ouverte ?” Pas facile d’y répondre, mais on va essayer de s’y coller avec nos invités. Voici donc quelques références pour y voir plus clair.

Et mon point d'entrée, c'est le retour d'expérience d'un journaliste comme Sylvain Lapoix, journaliste à bord de l'excellent Datagueule.

Pour produire un tel récit, ce ne sont évidemment pas les données disponibles sur data.gouv.fr qui suffisent. “Scraper des données” pour les rendre publiques, c’est donc l'une des voies privilégiées par un certain nombre de journalistes. En somme, forcer la main pour éviter les leurres et la politique de communication. D'ailleurs, je vous invite à lire cette excellente tribune publiée sur le site de Regards citoyens, co-signés oar 11 associations ou collectifs avec quelques points soulevés qui sont intéressants pour nous.

En gros, la question, c’est : Open Gov à la française, un leurre ?

Premier point : « Ce n'est pas la multiplication des consultations (...) qui redressera le cap, tant que les logiques politiques d'autrefois continueront de prévaloir. Depuis deux ans, la société civile n'aura à la fois jamais été autant consultée et aussi peu entendue […]. La logique participative a été constamment instrumentalisée pour masquer la persistance de la mainmise de la machine administrative et des lobbies installés »

Autre aspect : le choix des technologies soulevés dans cette tribune de neuf pages. Qui dit consultation publique, dit logiciel libre. Troisième point ; Des promesses difficiles à croire sur l’Open data. Alors même que l'ouverture des données figure parmi les piliers de la construction du Partenariat pour un Gouvernement ouvert, le gouvernement a publié, à la veille du Sommet, deux décrets sur les tarifs de la vente des données issues de l’État.

"Ces deux décrets entérinent ainsi la possibilité pour les administrations de revendre des données qu'elles produisent dans le cadre de leurs missions de service public. Ces deux décrets entérinent ainsi la possibilité pour les administrations de revendre des données qu'elles produisent dans le cadre de leurs missions de service public", est-il écrit dans cette lettre.

Et pour entrer un peu plus dans notre sujet : de tte façon, il y a des réticences des gouvernements, c’est évident, à ouvrir toutes les données.

Exemple avec l’association BLOOM. Je cite : "Pour endiguer la surexploitation des poissons, la dégradation de l'environnement marin ainsi que l'érosion des emplois dans la pêche, il est nécessaire d'analyser les données relatives aux subventions allouées au secteur de la pêche en vue d'éliminer celles qui sont "néfastes" au développement durable, comme le prévoit l'Objectif de Développement Durable N°14 du programme des Nations Unies." Là, on a le contexte.

"Depuis juin 2015, BLOOM multiplie les requêtes à la Direction des pêches maritimes et de l'aquaculture (DPMA) qui détient la plupart de ces données, en particulier celles portant sur les bénéficiaires des fonds européens à la pêche. Hélas, l’administration s’est systématiquement opposée aux demandes formulées sans qu’il soit possible d’engager un dialogue." Là, on a l’enjeu : quand les données n’existent pas, fabriquons-les.

J'ai pu ensuite échangé avec des acteurs de pays dits du Sud accompagnés par l'agence de coopération médias CFi dans le cadre d'un programme intitulé OD Médias.

Exemples de points intéressants abordés ensemble.

Gaston Sawadogo, journaliste au bimensuel burkinabè, L’Evénement, mène des investigations et réalise des reportages sur le foncier, la santé, l’éducation, les droits humains et la corruption dans les marchés publics. Dès lors, le journalisme de données peut l'aider à aller structurer des données sur les politiques publiques. Et pour l'heure, ce ne sont pas les 262 jeux de données sur http://data.gov.bf/ qui peuvent l'aider.

Pierre Chrzanowski, consultant indépendant sur les données ouvertes, travaillant régulièrement avec la Banque Mondiale, est également membre d’Open Knowledge, un réseau qui milite pour l'ouverture des données. Et ce dernier d’un index nous a fait part d'une initiative intéressante : l’Open Data Index, une évaluation collaborative de la disponibilité des données essentielles par pays -> http://global.survey.okfn.org/ Autres pays pour continuer de parler d’Open Data : deux pays ont montré qu'en cas de crise humanitaire grave, les données ouvertes peuvent être extrêmement précieuses pour organiser des réponses adaptées, il s'agit du Sierra Leone et d'Haïti.

A Madagascar, Prisca Rananjarison, journaliste a pu mesurer en 2014, lors d'une enquête sur le trafic illicite de bois de rose que les données n'existaient pas. Elle a donc un projet de plaidoyer sur la démultiplication et l’exploitation des données ouvertes dans votre pays pour plus de transparence dans un pays où sévit la corruption.

Au Maroc, Omar Radi, a travaillé notamment sur l'exploitation des carrières de sable en vous basant sur une base de données rendue publiques par l'Etat marocain. Les données sur http://www.data.gov.ma/fr sont très loin d'être utiles pour ce genre de travail... Qui pourtant reste d'intérêt public.

M'envoyer un e-mail lorsque des personnes publient un commentaire –

Journaliste & producteur @Atelier des médias
Réalisateur de _Tous les Internets, coproduction ARTE / Premières lignes
Expert indépendant pour CFI

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Effectivement avoir de l’open data en Afrique pourrait permettre par exemple aux ONG sur place d’élaborer ou d’évaluer, avec très peu de temps de latence, le déroulement d’un projet. J’ai personnellement supervisé ou dirigé, pendant une certaine période, des programmes de nutrition et d’alphabétisation fonctionnelle, et je peux vous dire que très souvent c’est du tohu-bohu, car vous pouvez assez facilement vous retrouver avec plusieurs ONG qui font exactement les mêmes activités dans une même localité par manque d’informations accessibles, actuelles et fiables. Ce qui occasionne, de fait, des conflits entre les ONG. C’est, d’une part, ce manque de coordination qui traduit les échecs répétés de certains programmes d’aide au développement.   

This reply was deleted.

Récemment sur l'atelier

Atelier des Médias - RFI via Facebook

#EnAnglais : à quoi ressemble un journal dont les lecteurs choisissent le contenu ?…

Atelier des médias via Twitter
#Rappel : Le concours @MediaMakerParis est ouvert jusqu'au 5 mai 2017 http://buff.ly/2o7HLNo 
Il y a 13 heures
Atelier des Médias - RFI via Facebook

Si vous avez une bonne idée et que vous voulez la développer avec des gens…

Atelier des médias via Twitter
Chinese people mean something very different when they send you a smiley emoji http://buff.ly/2o6z71t 
Il y a 16 heures
Plus...