L'info, contenu ou expérience ?

L'info, contenu ou expérience ?


En 2015, 44% des 13-18 ans ne lisent pas les journaux, et ne consomment l’information qu’à condition qu’elle ait une destination sociale . En plus de cela, les jeunes ont éteint la télé. "Le Printemps des médias", une rencontre à Paris entre divers acteurs de la galaxie des médias, a permis de mettre en relief le fait que la génération qui vient ne se contente pas de contenus informatifs, mais veut de l'info qui soit en même temps une expérience. 

Jeudi 12 mai, la seconde édition du « Printemps des médias » proposait, sur la terrasse de Numa Paris, un débat intitulé "Info : Que veulent les ados", rythmé par de nombreux acteurs des médias autour des initiatives et des tendances qui bourgeonnent. Parmi eux : Eric Scherer (France TV), Alexandre Michelin (Spicee), Steven Jambot (Mashable), Simon Decreuze (RFI), Gilles Bruno (L'observatoire des médias), Laurence Bonicalzi Bridier (Weborama), ou encore Sébastien Soriano (ARCEP).

Difficile de parler de "la génération Y" en général, tant les Millenials ont des modes de vie et des projets différents. Les « jeunes » ont toutefois un point commun : ils empêchent de dormir les patrons de presse et de chaîne télévisions, qui peinent à s’adapter à leurs usages !  Les ados tourneraient le dos  aux médias d'info pour préférer les contenus "ego, bimbos, conso" sur leurs smartphone, mobile first oblige.  

Pour dépasser cette interprétation désespérée des chiffres d'audiences des grands titres de presse et des chaînes de télévision, Eric Scherer, lors de son introduction, a ainsi identifié cinq grandes tendances à suivre s'il on veut continuer, en tant que média professionnel, à informer les jeunes. . 

  1. 
 Plateformisation de l’info 
  2.  Formats à picorer (snackable)
  3.  Narration (Storytelling)
  4.  Personnalisation 
  5.  Immersion



Certes, les chatons et les GIFS rigolos font toujours recette, mais ce que veulent les jeunes n’est peut-être pas tant de consommer de manière boulimique des contenus info-divertissants. Au contraire de leurs aînés qui passaient des heures assis devant la télé, les jeunes ne veulent pas de l’info pour de l’info, ils veulent de l’expérience : le mobile est moins le média de l’info partout en continu que le média qui promet une expérience de l’info.

Partager de l'expérience 

La valeur est déplacée de la réputation d’un média (TV, journal que l’on qualifiait autrefois de « bonne qualité » …) vers la capacité d’un média à faire converger expérience et expression de l’information. Dans cette optique, l’on comprend aussi le succès du participatif, qu’ont souligné Damien Van Achter et Simon Decreuze, car qui éprouve l’info veut aussi la construire. Plus qu’un tournant technologique, c’est un changement de mentalité que les médias sont amenés à prendre. Si les plus âgés ont l’impression de partager des contenus informatifs sur les réseaux sociaux, les plus jeunes y partagent des expériences.

Aucune donnée ne prouve une porosité supérieure des jeunes aux théories du complot, affirme Nicolas Van der Biest, chercheur à l’université de Louvain. En revanche, l’expérience montre plutôt une plus grande recéptivité du jeune public aux initiatives anti-complots menées par des médias comme Spicee avec Conspi Hunter. Les adultes (plus en fin d’études ou qui ont achevé leurs études) croient avoir déjà formé leur opinion sur tout, sont plus difficiles à aborder.

Voyage

Pour reprendre une formule de Ziad Maalouf, de l’Atelier des médias (RFI), une question, c’est un voyage de compréhension dans un phénomène. Un ado va préférer se poser des question plutôt que de valider ou d’invalider une réponse toute faite, pour autant que la question offre réellement ce voyage et ne soit pas simplement une question oratoire.

Le voyage : nous y sommes. 40% des abonnés à Spicee ont moins de 25 ans. Cela signifie que les moins de 25 ans sont prêts à payer pour de l’info internationale, qui les emmène loin de chez eux ! Si les reportages de Spicee sur le Brésil rencontrent un succès, c’est parce qu’ils donnent à voir une expérience expressive où sont indissociables la découverte par le reporter d’une situation sociétale et sa narration factuelle, située, contextualisée et enrichie de références complémentaires. Le web représente lui-même un terrain d’investigation, estime Steven Jambot, de Mashable avec France 24. 

Celui qui visionne un contenu informatif ne s’instruit pas a posteriori mais suit le processus à travers lequel il va découvrir, conduit par le journaliste, une situation, des lieux, des gens, des parfums, dont il n’avait pas connaissance. La connaissance se forme ainsi en éprouvant de manière empirique un moment d’information (l’info se plugge dans leur propre vie) et non a posteriori, sous le mode du « j’ai regardé tel contenu, voici ce que j’en ai retenu ».

L’info-expérience : voilà ce que semble attendre cette nouvelle génération qui est celle du mobile mais surtout de la VR (réalité virtuelle) et de l’AR (réalité augmentée). L’avenir sera de « vivre de nouveau à l’intérieur même de nos histoires co-créées», entrevoit déjà Éric Scherer.

(Deux jeunes filles dans le métro, Paris, 11 mai 2016)

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

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