Le MUCEM (Crédit photo : Pascaline Breuil)

Marseille, on prend le temps d’informer. C’est ce que sont venus nous raconter nos cinq invités cette semaine. Ils travaillent en presse écrite, à la radio ou sur le web. Leurs projets sont marseillais et engagés.

Quel est l’état de la presse à Marseille ? A quoi ressemblent les médias locaux ? Quelles garanties de qualité? Quels risques pour l'indépendance depuis le rachat par Bernard Tapie de La Provence ? Cette semaine, l’Atelier des médias propose un tour d’horizon subjectif de la presse locale à Marseille. Nos invités sont tous porteurs de médias marseillais. Ils illustrent la diversité du paysage médiatique de la cité phocéenne: Radio Grenouille, le site Marsactu, le tout jeune magazine VMarseille, le mensuel satirique Le Ravi et le blog de Libération Chroniques de Mars.

Émission délocalisée à l’occasion de l’inauguration du MUCEM, le Musée des civilisations de l’Europe et la Méditerranée. Et à l’occasion du lancement de la fréquence RFI sur 107.9.

La France est un pays dont la centralisation n’est plus à démontrer. Paris a toujours eu tendance à capter les ressources, les activités et même l’attention au détriment des autres grandes villes et territoires français. Le MUCEM est emblématique de cette centralisation et peut-être aussi le signe d’un changement. C’est le premier véritable transfert d’un musée national vers une capitale régionale. C'est aussi le premier musée national à Marseille, seconde ville française et capitale européenne de la culture en 2013. Anciennement Musée des Arts et Traditions Populaires parisien, son bâtiment trône aujourd’hui à l’entrée du Vieux Port. Paris capte l’attention mais n’empêche pas le développement de projets journalistiques bien au delà de son boulevard périphérique.


Table ronde au MUCEM (Crédit photo Marion Kressmann-Lumbroso)


Les Invités et leur média


Marsactu, le pure player marseillais

Pierre Boucaud est le fondateur de Marsactu, un site généraliste d’information locale lancé en 2010. Pionnier de l’information marseillaise en ligne, le pure player s'intéresse à des sujets généraux comme la politique, la société, et la culture. Contrairement à son aîné La Provence, il chasse uniquement sur les terres marseillaises, et s’en différencie en ne traitant pas les faits divers locaux. Selon son créateur, ce n’est pas un média de news chaudes mais de décryptage.

“On essaye de briser un monopole. Le paysage médiatique local est peu évident car sous la coupe de la toute-puissance presse régionale. Nous voulons donc développer une autre forme d’information, développer du pluralisme et ouvrir la concurrence.”


Le site compte également 1290 produites en trois ans, dont des interviews et des débats. Pierre Boucaud dit répondre à une véritable demande de la part des internautes, et profiter d’une place à prendre pour faire de la télévision sur le web.


Au lancement du site en 2010, le pure player avait pour accroche: “Marsactu, le quotidien de Marseille qui ne s’arrête jamais. Sauf quand on va à la pêche.” Un slogan un peu caricatural qui s’est effacé à mesure que le site s’est professionnalisé. Aujourd’hui, il sait fait une place à côté de la presse quotidienne régionale marseillaise avec un nouveau slogan: “News, Blog et City Guide”. C’est-à-dire, qu’il offre de l’info, bientôt une plateforme de blogging pour permettre aux internautes de communiquer un peu plus et de fournir eux-mêmes de l’info, ainsi q’un guide de la ville de Marseille.


VMarseille, le petit dernier

Eric Besatti est le directeur de publication de VMarseille, un nouveau mensuel généraliste papier, lancé en janvier 2010.
VMarseille veut représenter la deuxième ville de France sous toutes ses formes sur un support papier.
Un choix déconcertant dans le contexte médiatique actuel mais évident pour la jeune rédaction. C’est un magazine de 80 pages qui comprend des formats longs et de l’investigation. VMarseille répond à un manque puisqu’il n’y avait plus de mensuels généralistes à Marseille.

“Son nom signifie “regarder Marseille à travers le magazine”. C’est une promesse faite aux lecteurs, c’est-à-dire qu’on sort du centre-ville de Marseille pour montrer aussi ses quartiers nord par exemple. On a créé des rubriques pour sortir du systématisme des journalistes locaux de traiter uniquement les classes les plus riches de la ville.”


En introduction du numéro un, on pouvait lire ceci : Vé Marseille ! Nouveau regard, nouveau voyage et toujours la même destination : Marseille. Ville cicatrice souvent caricaturée, théâtre singulier encore jamais dompté. Notre besogne, labourer et rencontrer le territoire puis le décrire. Un magazine comme reflet imparfait d’une cité plurielle, avec pour seule boussole, la volonté d’un futur meilleur. La ville ne demande que ça. Changer dans ses pratiques politiques, dans ses mœurs, dans ses ambitions. Tomber la casquette et se regarder en face.”


Les cinq jeunes journalistes qui composent la rédaction sortent de l’IUT de Lanion. Petit budget mais grande ambition, ils se servent de l’Internet pour financer leur sixième numéro. Ils ont notamment lancé des appels à contribution sur la plateforme de crowdfounding KissKissBankBank, et sur les réseaux sociaux (@Vmarseillemag).


Le Ravi, l’oeil satirique de Marseille

Michel Gairaud est rédacteur en chef du mensuel Le Ravi, une publication régionale spécialisée dans l’investigation et la satire depuis dix ans.
La publication se revendique du mouvement slow media. Il y a quelques semaines,
Le Ravi a publié un manifeste pour le droit à la p(a)resse en ce sens :
"La presse a le droit de prendre le temps ; mais elle l’oublie. La presse sait avoir d’autres ambitions qu’une information brûlante et désincarnée, vendue comme un produit standardisé réplicable à l’infini ; sait-elle s’en donner les moyens ? Revendiquer le droit à la p(a)resse et oser le Slow Media : dans un monde en mutation accélérée, c’est un double paradoxe que d’affirmer que la lenteur est aujourd’hui une urgence. Car la presse est sous pression de deux côtés : tension d’un monde qui s’accélère sans cesse et torsion d’une économie toujours plus orientée vers des modèles à profitabilité de court terme.”

Selon Michel Gairaud, la contrainte du temps est en fait une chance. “On a vu l’arrivée d’internet, une accelération de la société, un monde qui communique de plus en plus et où on informe de moins en moins.” Donc Le Ravi veut prendre le temps d’informer, d’enquêter et de bien écrire.


L’éditorial et la maquette du Ravi sont un mélange de Charlie Hebdo pour la forte présence de dessins et du Canard enchaîné pour le rubriquage. On retrouve par exemples: “Le ravi de plâtre”, une récompense horrifique décernée chaque mois pour épingler une personnalité.“Le poids lourd”, portrait d’une personnalité qui représente une surchage médiatique. “Le contrôle technique de la démocratie”, où un journaliste teste chaque mois un conseil municipal de la région PACA.
Le Ravi passe aussi sur les ondes. Tous les mois, “La Grande Tchatche”, s’installe sur les ondes de Radio Grenouille pour une émission politique régionale. Enfin, “Le diffuseur du mois”, une rubrique dédiée aux revendeurs du mensuel. Michel Gairaud explique que le magazine a tendance a être marginalisé dans les kiosques. Le système de la presse en France étant en crise, “il est important d’établir des relations de confiance avec les diffuseurs de proximité”.

RFI et Monte Carlo Doualiya à Marseille (Crédit photo : Pascaline Breuil)

Radio Grenouille, la station à l'écoute de Marseille

Jérôme Matéo est le coordinateur de Radio Grenouille, une station locale qui fête ses 32 ans. Radio Grenouille c’est un mélange astucieux de musique, d’informations, de magazines culture / société et de création sonore. Un cocktail qui fait de Grenouille un des médias radio les plus innovants et les plus pertinents de France.
Comme les médias cités précédemment, la radio
“essaye d’apprivoiser le temps et d’inscrire ses projets dans la durée, confie Jérôme Matéo. Radio Grenouille surfe sur une vague transversale en traçant des passerelles entre le passé, le présent et le devenir. Sur les ondes de la radio, on peut entendre de l’info chaude comme de la musique des années 50.”


La station, bien ancrée à Marseille, soigne les relations de proximité avec ses habitants et ses artistes. Le média s’attache à valoriser la ville à travers plusieurs productions comme celles réalisées dans le cadre du projet promenades sonores pour Marseille Provence 2013. Des artistes, des documentaristes et des habitants composent des parcours sonores pour partager leurs explorations de lieux méconnus et leurs regards décalés du connu sur le territoire de Marseille Provence.  

RadioLab, par ailleurs, est un projet de webradio mené avec les étudiants de la région PACA. “Les créations donnent à entendre les bruits qui courent dans les couloirs de la fac.” C’est un projet qui a pour but de valoriser les initiatives étudiantes et de favoriser les échanges.


Le blogueur de Mars

Olivier Bertrand est correspondant de Libération à Marseille. Il tient le blog Chroniques de Mars où il traite, quasi quotidiennement, l’actualité de la ville.
Après dix ans de service à Paris, dix autres à Lyon, Olivier Bertrand a atterri à Marseille.
“Deux choses m’ont frappées, confie-t-il. D’abord, l’information circule très mal. Elle est à la fois très horizontale et très diffuse. Il n’y a pas une culture de la presse de l’information à Marseille. Si on ne fait pas l’effort d’aller la chercher, elle ne viendra pas, contrairement à d’autres villes française plus pyramidales. Ensuite, il y a une véritable presse de qualité avec des médias papiers et web qui fournissent un travail efficace. Il faut qu’on se batte pour garder une presse quotidienne régionale forte en France.”


Le quotidien Libération s’intéresse beaucoup à Marseille. Une couverture plus assidue de la ville que les autres quotidiens nationaux y est consacré. Une rencontre débat sur l’avenir de l’infomation à Marseille a eu lieu il y a quelques mois. Un événement qui s’est tenu au moment du rachat par Bernard Tapie de La Provence, le grand quotidien régional, et des autres titres du Groupe Hersant Media.

Selon Olivier Bertrand, la collusion entre politique et presse se fait évidemment sentir à Marseille. “Aujourd’hui, tout le monde est vigilant sur à la couverture de La Provence de tout ce qui peut concerner Tapie. Le quotidien fait tout pour ne pas se mettre à la faute. Par exemple, le traitement de l’affaire qui implique Tapie et Lagarde s’est aligné sur les autres quotidiens régionaux.”

 

Chroniques de Mars permet au journaliste de Libération de “décaler son regard sur Marseille en assumant une subjectivité. C’est un endroit qui est un peu sur le fil, j’y suis autant citoyen que journaliste. Un endroit où je mets moins de barrières que dans un journal.”

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...