Cette semaine, l’Atelier des médias vous propose de rencontrer deux acteurs de la transformation des médias qui misent avant tout… sur une formation en osmose avec le biotope numérique. Nous recevons donc Julie Joly, directrice de l’école W, qui ouvre ses portes à Paris, et Julien Kostrèche, cofondateur de l’association Ouest Media Lab, un “cluster numérique” basé à Nantes.

On ne cesse de répéter le mot « innovation » comme une incantation magique. Comme si, d’un coup de baguette magique, on pouvait tout changer. Tout réinventer. Les médias, l’éducation, la politique… Dite simplement « innovation », et c’est la révolution. A la limite, ajoutez « hackathon », « lab », et « data » et vous êtes sûr de passer pour un caïd de la donnée, un visionnaire de la Silicon Valley, voire pour un digital guru.

A l’Atelier, on préfère les formules à l’ancienne comme « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », parce qu’elle remet les choses à leur place. « Innover », ce n’est pas nécessairement introduire des ruptures sans retours. Innover, c’est aussi transformer, pas à pas, c’est presque un truc d’artisan, une démarche patiente et obstinée, un savoir-faire qui s’invente et se bonifie en se partageant, à l’intérieur d’un groupe, ou pour le dire à la mode numérique, au sein d’une communauté.

Il y a d’ailleurs un mot qui rend compte de cette idée, c’est écosystème. Sur le Larousse, à l’entrée écosystème, il y a l’idée suivante : être en osmose avec son biotope. Entre l’Ecole W et l’association Ouest Media Lab, on a là deux exemples qui prennent en compte la notion d’écosystème dans leurs approches de la formation et de l’accompagnement des projets.

L’écosystème médias, selon Ouest Media Lab

Ouest Media Lab, c’est une association. Julien Kostrèche est avec Philippe Roux le co-fondateur de ce “cluster numérique” ayant vocation à soutenir l’innovation médias dans le Grand Ouest.

Cette association est au service de ses adhérents et d’efforce de développer tous les services permettant d’accompagner l’ensemble des acteurs de l’écosystème médias. Ceci peut passer par : de la veille, l’organisation de conférences, de formations spécialisées, mais aussi par la co-animation d’évènements comme le HybLab, un format associant des rédactions locales, des écoles de design et de formation en informatique.

Le HybLab, c’est l’un des évènements phare nés de l’association et ce dernier se démultiplie dans le grand Ouest : né en 2013, c’est un projet qui doit permettre à tout le monde de se mettre d’accord sur les enjeux. Estelle Prusker, on est en 2013, responsable de l’enseignement média d’une école nantaise, Sciences Com, évoquait déjà l’intérêt pédagogique du HybLab : 

Le Hyblab et le Speed Training

“Médias locaux, développeurs, designers, étudiants” : le Hyblab, ce sont des ateliers de formation et de création collaborative portant sur différentes thématiques, associant différents partenaires. Organisés dans des villes des pays de la Loire et de Bretagnes, les porteurs de projet (collectivités, start-up, médias…) apportent un jeu de données ou des contenus qu’ils veulent valoriser de manière innovante et pendant plusieurs jours, des équipes transdisciplinaires d’étudiants vont conduire ce projet de A à Z.

Les médias d’information peuvent amener un projet : ceci leur permet d’appréhender ce mode projet adapté aux productions de formats interactifs. Les indépendants (journalistes, pigistes, communicants, développeurs ou designers) peuvent également participer.

Autre RDV régulier proposé à ses adhérents : le Speed Training, une sorte de speed dating permettant aux producteurs de contenus d’avoir un panorama des bonnes pratiques et des outils à dispo pour travailler efficacement. D'ailleurs, je ne peux que vous inciter à aller écouter le reportage réalisé par notre reporter Manon Mella pour l'Atelier des médias. 

Enfin, en 2015, Ouest Media Lab a signé, avec l’Université de Nantes et le CFJ, une des grandes écoles de journalisme basée à Paris, “un partenariat afin de lancer ensemble le premier diplôme transdisciplinaire appliqué aux services et à l’éditorialisation de données.” Et ça s’appelle Data Médias

L’Ecole W : antichambre du nouveau journalisme

Julie Joly, qui dirige déjà le Centre de Formation des Journalistes (CFJ) depuis 2012, a piloté le lancement (et l’installation) de la toute nouvelle Ecole W dans un immeuble tout neuf, rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris. Ambition : proposer une école permettant de repenser la formation initiale de celles et ceux qui pourront produire les “contenus” (visuels, vidéos, textuels ou data) de demain.

Pourquoi W ? Comme les “5W” qui doivent guider le journaliste dans sa collecte d’infos. Et avec quelle approche pédagogique ? Le mode projet, inspiré par l’école Kaos Pilot qui, au Danemark, forment aux métiers “créatifs” (si cette expression a un sens).Ce que j’ai retenu de mes premières recherches, avant d’avoir Julie Joly au micro, c’est une vidéo sur le compte YouTube du CFj avec, à un moment donné, l’inscription suivante : “The power of collaboration”.

Encore une fois : il faut sortir de la logique de silos, de métiers au sens le plus stricte, pour apprendre à porter “ensemble” (c’est à dire en collectifs) des productions interactives.Autrement dit, transformer les médias, c’est chercher à inventer “les métiers de demain” (pour parler comme un slogan volontaire et fermement décidé), et pour ce faire, le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de réinventer la pédagogie.

Ecole W + CFJ + start-ups : faire co-exister les formations

Le mode projet, la coproduction, c’est bien beau : il faut encore travailler sur les profils des personnes recrutées pour ce premier cycle (l’Ecole W ne forme que sur 3 ans en post-bac) pour identifier “les bons clients” (au double sens du terme, puisque l’école est payante et doit très vite être rentable) : de jeunes adultes souhaitant porter des projets pratiques et concrets, et non acquérir au long cours des compétences théoriques.

Le pari est beau, la pédagogie est audacieuse : il faut concilier fond et forme, encadrement et évolution du cadre, bref… Il faut tenter d’élaborer un modèle de pédagogie efficace, malin et agile. A entendre Julie Joly, ses propos donnent presque un coup de vieux aux formations en journalisme… Quel est alors le prochain combat pédagogique à mener ? W-iser le CFJ (et toute sles autres écoles dites “reconnues par la profession”) ?

La rentrée, pour les étudiants, c’est le 17 octobre. On ne peut que souhaiter bonne chance à toute cette promotion. Que l’on suivra de près !

Crédit image : Une recherche d'innovation (photo d'illustration). Milton Brown/ Getty Images

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Réalisateur de _Tous les Internets, coproduction ARTE / Premières lignes
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