Dans son dernier opus, La Nouvelle Société du coût marginal zéro, paru le 24 septembre dernier, l’essayiste américain Jeremy Rifkin prolonge sa réflexion sur le changement de paradigme de notre époque numérique, pour théoriser la mutation du capitalisme vers une société du partage. Mais ce terme réjouissant tient-il toutes ses promesses ?

Des liens qui libèrent 

Dans tous les secteurs d'activité, les sociétés d'économie collaborative se multiplient. Le partage du savoir-faire est devenu un Business Model à part entière. Ainsi, Fiverr, TaskRabbit ou encore oDesk mettent à portée de clic les compétences de milliers de free-lances pour traduire un texte, transcrire une interview ou réaliser une page web sur mesure.

Samedi 11 octobre sur RFI, Jeremy Rifkin annonçait que l'économie du partage préfigurait la fin du capitalisme. Pour l'auteur de La Nouvelle Société du coût marginal zéros, le monde du travail est entrain de passer d’une logique verticale à une logique horizontale. L’économie ouverte et participative de l’internet pourrait nous amener vers un monde plus écologique, plus durable et plus démocratique.

Sous l’effet d’internet, de l’open data et des imprimantes 3D, chaque citoyen-consommateur pourra devenir producteur de biens, gratuits ou échangeables, explique t-il : nous entrons dans l’ère de l’individu “prosommateur”, à la fois consommateur et producteur, et dont l'activité est tournée vers l'intérêt commun. 

Du partage à l’équité ?

Dans un élan d’optimisme, l’essayiste américain spécialiste de prospective économique conçoit une production de biens et de services infinie et peu coûteuse. Le monopole des multinationales sera rompu par les individus. Les petites structures seront en situation de produire elle-mêmes la plus grande partie de leur biens, vendus à moindre coût, et donc accessibles au plus grand nombre.

Pourtant, le principe partage induit-il le souci de l’équité ? 

 Le risque de monopole des plates-formes de partage n’est pas nul. Plusieurs start-ups  comme Airbnb (échange de logements) ou Uber (chauffeurs urbains et coursiers…) lèvent des centaines de millions de dollars et se lançant dans le monde entier, au risque de ne laisser aucune place à la concurrence locale. 

Les plate-formes d’échange ne sont pas soumises aux contraintes du droit du travail, si bien que les employés ne bénéficient pas des mêmes droits que des salariés. 


Jamie Wong, CEO de Vayable, une start-up d’hôtellerie qui surfe elle-même sur la vague de la « sharing economy » , s’agace du discours pseudo-désintéressé que véhiculent les sites internet d'échange de services de particulier à particulier. A ses yeux, il s’agit d’une simple effet de communication pour présenter sous des traits sympathiques des services à la carte fournis par des free-lance.

Une économie de l’échange ? 

Et si l’économie du partage, malgré son nom, n’était qu’une forme d’individualisme aboutie, où tous les services et les biens sont personnalisés, et où le pouvoir appartient in fine au consommateur  ? 

Certains hôtes inscrits sur le site d’AirBnB, par exemple, proposent aux futurs visiteurs de moduler à leur guise la décoration de la maison où ils vont séjourner. Et, le chiffre d’affaires de l’hôte est entièrement tributaire des avis laissés par les visiteurs. 

Si certaines sociétés profitent d'une tendance pour faire ce que l'on pourrait appeler le "sharing economy washing", il n'en est pas moins vrai que l'économie du partage produit réellement de l’échange. 

Les Fabs Labs, qui donnent accès à chacun à des plans de fabrication en Open Source, ont pour devise  : «Do it yourself, do it with others» («faites-le vous-même, faites-le avec les autres»).

(Innov Africa, à Ouagadougou. Image :Simon Decreuze)


Fabriquer une bicyclette selon le design de ses rêves ou élaborer le prototype de lunettes de réalité virtuelle et le commercialiser sur le marché, cela est possible à condition d’apprendre et de faire ensemble. Dans ces ateliers 3.0, les compétences de chacun se développent au contact des membres de la communauté.

Dans ce cas, l'économie du partage prend en charge de manière très ciblée l’individu, qui, en retour, est amené à dépasser le stade de l'individualisme et à agir dans une logique d'échange. 

L’économie du partage propose des modes de dépassement de l’antagonisme individu/collectivité, où la personne est valorisée, et où la communauté  n’est pas une abstraction impersonnelle. Grâce à l'internet ouvert et aux nouvelles technologies, chacun peut plus aisément observer, entreprendre, critiquer. Et c’est peut-être en cela que ce business modèle est indéniablement porteur d’un projet de société nouveau.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted a blog post
Les récentes législatives et l’état de santé du président Ali Bongo Ondimba ont ravivé certaines…
4 févr. 2019
mapote gaye posted a blog post
Ceci après avoir publié par «erreur» l’information selon laquelle la présidente du Sénat,  Lucie…
4 févr. 2019
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv. 2019
Plus...