Haïti reste dépendant de l’aide internationale. Le pays est loin d’évoluer, malgré les milliards dépensés par la communauté internationale et les nombreuses interventions questionnables des ONG au cours des cinquante dernières années, notamment après le séisme de 2010.  

 

Plus de cinq ans après le séisme du 12 janvier 2010, le pays semble davantage s’enfoncer dans le sous-développement. Et la reconstruction n’est toujours pas terminée. En fait, a-t-elle seulement commencé ? Selon le Fonds Monétaire International, 10 milliards de dollars ont été promis au lendemain du tremblement de terre. Cela correspondrait à la facture des dégâts. Dans un pays qui va à vau-l’eau, où est passée l’aide internationale ?

 

Des économistes et des citoyens haïtiens ont montré clairement que l’aide internationale à Haïti est un échec. Le 17 avril 2013, lors d’une conférence de presse, la Direction exécutive du Centre de recherche, de réflexion, de formation et d’action sociale (Cerfas) est arrivée à la conclusion que l’aide internationale à Haïti est un échec. Elle constitue, très souvent, une stratégie d’imposition et d’application des politiques néolibérales par des pays donateurs, et répond, dans certains cas, aux besoins du capital transnational.

 

Toujours est-il, à l’heure du bilan de l’aide humanitaire dans le pays, environ 60 000 personnes végètent dans la misère, sous les tentes et dans le désespoir. Une préoccupation humanitaire. La Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’organisation internationale pour les migrations (OIM) a précisé que 60 801 personnes déplacées (14 970 familles) continuent de vivre toujours dans 45 camps. Les 60 801 représentent uniquement 4 % des 1,5 millions de personnes qui habitaient dans 1 555 camps en 2010.

 

Pourtant, l’observation des indicateurs liés au développement (le Produit intérieur brut/ PIB par habitant, par exemple), nous renseigne sur le fait que l’usage des sommes décaissées, en tant qu’aide au développement pour Haïti, n’a pas su engendrer une amélioration significative des conditions de vie pour la majorité de la population. Le pays s’enfoncerait davantage dans le sous-développement chronique, un processus qui n’aboutirait selon les experts qu’au mal-développement.

 

Les objectifs poursuivis par l’aide au développement et les politiques commerciales des pays donateurs, ont souvent été contradictoires. Car, de nombreux accords commerciaux favorisent la dépendance alimentaire et limitent la capacité productive d’Haïti. En 2015, nous attendons encore de l’aide internationale. Qu’en faisons-nous ?

 

L’échec de l’aide internationale en Haïti est multiple. La première mission de l’ONU envoyée en Haïti en 2004, après le coup d’État, avec pour objectif de stabiliser le pays a lamentablement échoué.  La situation reste explosive. Pas de changement du cadre de vie.

 

La deuxième mission, toujours de l’ONU, dite de reconstruction, a pris place dans le pays après le séisme du 12 janvier 2010. Sa mission consiste à reconstruire toutes les infrastructures nationales détruites. Sous les auspices de Bill Clinton, ancien président américain, des dizaines de réunions sont organisées partout dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis pour lever des fonds. Plus de 9 milliards de dollars sont promis sur une période de dix ans. Jusqu’à date, aucune reconstruction n’est effective. Le choléra ajouté aux calamités du peuple haïtien par les troupes d’occupation, un autre échec de l’aide internationale.

 

Ricardo Seitenfus, ancien représentant de l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti, dans son livre intitulé : « L’échec de l’aide internationale à Haïti, dilemmes et égarements »,  dénonce les mécanismes de rapatriement de l’aide, qui aurait été octroyée à Haïti pour sa reconstruction, avec pour  instrument, les Organisations non-gouvernementales (ONG).

 

Cette prolifération d’ONG à travers la République qui témoigne de cette velléité de commercialisation de la « Pitié internationale », avait déjà été critiquée par le diplomate brésilien. Ce fut alors considéré comme une diatribe contre la présence de l’Internationale en Haïti, un pays où, disait-il, tout encore était à bâtir. Une situation qui n’a pas beaucoup évolué.

 L’aide internationale, pour le mal-développement d’Haïti ?Seitenfus, a compris dans l’agissement de l’Internationale, qu’ « afin de garantir la pérennité du paradigme haïtien, il est indispensable que les problèmes affrontés perdurent, sinon il risque de disparaître. En somme, le peuple haïtien doit demeurer dans la même condition ignominieuse».

 

Selon l’auteur, c’est une crise de pouvoir causée par l’institution de la démocratie représentative dans un pays où « il n’existe pas de tradition démocratique ». Ébahi, le professeur Seitenfus se demande pourquoi le minuscule pays d’Haïti continue de défier tout le monde et se questionne également sur les raisons expliquant l’inadaptabilité constante d’Haïti à la modernité.

 

Le Programme des Nations unies (PNUE) croit que la vie socioéconomique en Haïti est centrée sur l’utilisation irrationnelle des ressources naturelles et le pays est menacé par les catastrophes. Dans ce contexte, miser sur la gestion des écosystèmes permettra de consolider la résilience économique de la population et de dresser des barrières de protection naturelle contre les catastrophes naturelles.

Therno N.A. Sénélus

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