L'offre audio diffusée exclusivement en ligne semble particulièrement absente du continent. Un constat inquiétant tant le continent est décrit comme la Mecque de l'oralité.

Je lis de temps en temps le site du laboratoire de journalisme d'Harvard, le Nieman Lab sur les évolutions du secteur en rapport avec le numérique à travers le monde. Les éditeurs de cet autre Atelier des Médias animent avec quelque régularité une rubrique intitulée Hot Pod « A Newsletter about podcasts ». Un courrier d'information sur les podcasts donc. Cette section traite des questions relativement pointues en rapport avec ce mode de diffusion de l'information. Nieman Lab met particulièrement à l'honneur les stratégies de monétisation de contenus, de fidélisation d'audience et de différenciation des producteurs.

Face à ce luxe de détails sur un processus que je ne maîtrise que très peu, j'ai engagé depuis quelque temps des recherches sur la réalité des podcasts en général et en Afrique en particulier, avec un faible pour le monde francophone.

Je dois dire que la tentation est née il y a quelques années, autour de 2012, lorsque j'ai commencé à télécharger des talk-show et des libre-antennes des radios françaises – NRJ, Europe 1 et RTL notamment – pour en comprendre la structure et la logique d'animation. Dès ce moment, je me suis aperçu que dans le contexte français, une bonne partie – peut-être l'essentiel des podcasts audio qui marchaient en France étaient rattachés à des stations de radio. Il s'agissait en fait de version en réécoute des productions déjà diffusées à l'antenne. Et la situation ne semble pas avoir beaucoup évoluée. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil à cet article rédigé par Slate en 2015.

Au regard de ce qui se fait outre-Atlantique, la situation est à peu près la même. Les podcasts fonctionnet avec des habitudes radiophoniques déjà bien ancrées. La production est traditionnellement indépendante d'une station particulière. C'est le cas du très célèbre This American Life qui est diffusé dans plus de 500 stations de radio à travers le pays selon le système de syndication bien connu aux États-Unis. Il faut ajouter à cela une diffusion via iTunes qui semble d'ailleurs s'être spécialisée dans l'aggrégation et la diffusion des podcasts.

Et en Afrique ? Je me suis évidemment posé la question. Il y a quatre ans, le secteur me semblait complètement désert.

Le silence assourdissant de l'Afrique (francophone)

En préparant l'écriture de ce billet, je me suis de nouveau penché sur la question. Et le constat est qu'une partie du continent, mais une partie seulement, semble vouloir s'investir dans la diffusion des podcasts. J'ai par exemple découvert la plateforme okayafrica. Mais les exemples sont vraiment limités même en Afrique du Sud. Sur le continent, la loi du podcast est toujours dictée par la BBC, RFI, Africa N°1, etc. Une situation qui a poussé le site de veille Media Update de s'interroger sur le manque d'engouement des Sud-africains à ce mode de diffusion qui est « accessible, flexible et correspond à à peu près tous les modes de vie ».

Au moins en Afrique du Sud, il y en a qui s'intéressent à l'absence, pourrait-on dire. Quid de l'Afrique dite francophone ? Le silence y est assourdissant. Aucune production ne semble émerger parmi nous. Et la remarque ne vaut pas que pour l'audio. Il faudrait toute une étude pour comprendre les ressorts de cette atonie. Que faut-il blâmer ? La faiblesse de la pénétration d'internet, le manque de sensibilisation des potentiels producteurs et auditeurs, l'incapacité à s'exprimer directement et à dire clairement ce que le public n'ose pas dire, l'absence de perspective de monétisation ?

Personnellement, je me suis lancé dans l'exercice il y a trois ans, à travers une courte chronique historique intitulée « Trois minutes d'Histoire ». L'objectif à l'époque était davantage d'essayer une nouvelle forme de narration. Au bout de quelques épisodes, je me suis essoufflé. Peut-être aussi parce que je n'y gagnais rien d'un point de vue matériel. Je le dis, mais je suis persuadé qu'il existe bien un marché francophone des contenus médiatiques et qu'il y a une possibilité de les monétiser au-delà des frontières locales, nationales ou régionales. Le gros défi semble être de trouver le bon contenu et la bonne plateforme pour réussir à pousser un Belge à acheter du contenu produit par un Camerounais.

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