Crédit photo: Jeremy Johnson / Andela

Le Global Media Forum, qui se terminait le 2 juillet, se penchait à Bonn sur les opportunités du numérique sur le continent africain et que le géant Facebook y annonçait  l'ouverture de son premier bureau en Afrique du Sud.  Mais, c'est davantage grâce à la multiplication des initiatives locales qu'aux projets de croissance externe des grands groupes européens, chinois ou nord-américains, que le digital rush de l'Afrique est entrain d'avoir lieu. Tour d'horizon. 

Le récent flop de l'arrivée de la TNT sur le continent laissait soupirer que l'Afrique n'avait pas encore réalisé son tournant numérique, ou digital rush, selon la formule consacrée dans les pays anglophones. Le 16 juin 2006, les 54 États africains s'étaient engagés à éteindre le signal analogique avant le 17 juin 2015. En juin dernier, le retard de l'arrivée de la TNT en Afrique a fait apparaitre certains dysfonctionnements en matière d'équipement (pylônes de diffusion et émetteurs) et de réglementation du secteur des telcos. Seule une poignée de pays d’Afrique orientale et d’Afrique australe est passé à la télévision numérique terrestre. La plupart d’entre eux n’avaient pas encore entamé leur transition, d'après les critères de l’UIT, il y a six mois, rapporte l'hebdomadaire Jeune Afrique.

Cela au grand dam des chaînes européennes à l'instar de Canal +, qui comptait faire de la TNT un levier de croissance en Cote d'Ivoire et au Togo.  "La TNT nous permet d’aller chercher des clients moins fortunés avec des tarifs d’abonnement de 4.000 francs CFA (environ 6 euros) pour 30 à 40 chaînes", a expliqué David Mignot, le Directeur général de Canal+ Afrique, à l'hebdomadaire français Challenges.

Et pourtant, selon le cabinet français de conseil en organisation et en stratégie Infhotep, le continent africain "est à un point d’inflexion où un potentiel important en matière de technologies Internet et Mobile commence à basculer vers une croissance prometteuse et soutenue", cela davantage grâce à la multiplication des initiatives locales qu'aux projets de croissance externe des grands groupes européens, chinois ou nord-américains. Le digital rush de l'Afrique sera africain ou ne sera pas.

Développement local 

Pour s'en convaincre, c'est moins à l'installation du géant américain Facebook à Melrose Archen, en banlieue de Johannesburg, qu'il faut penser, qu'à Mpesa, la star kenyane de transfert d’argent par téléphone mobile, ou encore à la start-up Andela, qui forme des codeurs en Afrique pour leur permettre de rejoindre des multinationales du numérique ou pour qu'ils créent ensuite leur propre structure.

L'accès au numérique offre aux acteurs de la société civile africaine une possibilité de mobilisation sans précédent, comme le démontre le mouvement #AfricaNot4Sale qui mobilise sur le net les jeunes activistes africains sur le sujet de la responsabilité sociale des entreprises en Afrique.

Enfin, souligne le rapport souligne que le recours au numérique et aux applications mobiles sont entrain de bouleverser le secteur de la santé publique, en permettant en particulier de diffuser plus rapidement les informations sur les possibles contaminations et leur géolocalisation et donc d'endiguer la propagation de virus. C'est le cas pour l'Ebola au Nigeria.

"Le numérique en Afrique semble prendre le chemin du développement durable, social et solidaire avec la multiplication d'initiatives et de start-ups qui à la fois améliorent le quotidien de la population, permettent de créer de la valeur et renforcent les capacités de mobilisation de la société civile", veut croire un représentant d' Affectio Muttandi

Pour preuve, le succès du projet d'innovation sociale et solidaire AfriMarket,plateforme de « cash to goods », permettant de payer en Europe et de récupérer des produits en Afrique. Le projet, récompensé cette année par le prix Impact2, permet à la diaspora africaine d'effectuer des transferts en évitant les commissions élevées du duopole Western Union et Money Gram.

C'est encore le recours au numérique et aux applications mobiles qui bouleverse le secteur de la santé publique en permettant en particulier de diffuser plus rapidement les informations sur les possibles contaminations et leur géolocalisation et donc d'endiguer la propagation de virus, comme l'Ebola au Nigeria.

Actions de groupe en ligne

"Du Sénégal au Niger en passant par le Ghana, les incubateurs poussent comme des champignons depuis 3 ans, tandis que les success stories entrepreneuriales suscitent de nouvelles vocations",  observe l'Atelier des Médias de RFI, parti à la rencontre de structures qui cherchent à catalyser le potentiel numérique du continent.

A Lomé, au Togo, le Fablab et incubateur WɔɛLab, connu pour avoir donné vie à la première imprimante 3D d'Afrique à partir de matériaux recyclés, s'étend désormais à échelle d'une rue, et est surnommé  la "Petite république numérique" du quartier Djidjolé.

Signe que les entreprises africaines sont entrain de transformer l'appropriation citoyenne du numérique en dispositif d'alerte sociale, environnementale ou de gouvernance, et qu'elles devront bientôt faire face à un phénomène de surveillance et de contrôle de l'impact de leurs activités par la société civile. Dans une économie numérique, les classe actions en ligne sont les nouvelles règles du jeu des tractations commerciales. 

- avec Pierre Samuel Guedj, President d'Affectio Mutandi et président de la commission RSE du CiAN.

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • C'est vrai, les entreprises occidentales n'ont pas trouvé la bonne mesure pour pénétrer les nouveaux marchés du numérique africain mais ne veut-on pas trop voir de choses dans la société civile? Pour un Fablab à rebours, combien fonctionnent comme tous les autres dans le monde? Bref, peut-on reconnaître une tendance faible dans les émergences actuelles? Et si oui, qu'est ce qui tendrait à le prouver?

This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

ziad maalouf posted a blog post
L’Atelier des médias est allé en Turquie pour enquêter sur la liberté d’expression dans le pays. No…
26 déc. 2017
Mélissa Barra posted a blog post
Le 8 décembre 2017 s’est tenue à Paris la remise du Prix Numérique et Transparence. Il récompense d…
15 déc. 2017
ziad maalouf posted a blog post
Nées il y a douze ans en France, les conférences gesticulées désignent un exercice d’expression en…
20 oct. 2017
ziad maalouf posted a blog post
En 2005, Anjan Sundaram renonce à de brillantes études de mathématiques aux États-Unis pour partir…
18 oct. 2017
Plus...