Facebook vient de s’offrir Whatsapp, une application de messagerie, pour 19 milliards de dollars. Dit simplement, je trouve que les 19 milliards de dollars payés par Facebook pour acquérir Whatsapp sont autant une manifestation de puissance qu’un signe d’angoisse… justifiée.

 

Il y a les raisons connues et notamment le fait que les jeunes se lassent des réseaux sociaux ouverts à tous vents.

Ils adoptent les applications conçues pour smartphones :

  • Instagram (également rachetée par Facebook) pour partager des photos, ou Snapchat (qui a refusé d’être rachetée) pour envoyer des messages qui s’autodétruisent et ne laissent pas de trace.

 

  • Il y a les raisons masquées : le fait, notamment, que Facebook a maintenant plus d’utilisateurs qui s’en servent à partir d’un téléphone qu’à partir d’un ordinateur mais il a du mal à en tirer tout le parti économique que cela implique.

 

  • Et puis il y a la raison dont on parle peu parce que ça se passe loin de Silicon Valley : la fantastique montée des « Whatsapp sur stéroides »,dont nous avons déjà parlé plusieurs fois : les applications de messageries venues d’Asie : KakaoTalk en Corée, Line au Japon et WeChat en Chine. Les trois (surtout les deux dernières) gagnent des marchés à l’extérieur à un rythme d’enfer (mais les chiffres disponibles doivent être regardés à la loupe).

 

 

Ces applications de messageries sont-elles des menaces pour les sites de réseaux sociaux ?

Les smartphones sont en train de déplacer les ordinateurs. Or, « Facebook est d’abord une plateforme sociale avec des éléments permettant la communication, alors que nous sommes une plateforme de communication avec des éléments de réseaux sociaux », m’avait expliqué Yujin Sohn, une des dirigeantes de KakaoTalk il y a un an et demi.

Elle parlait de son entreprise – entièrement conçue pour smartphones -, mais aussi des cousines : Line et WeChat.

Whatsapp est également un outil de « conversations » (intimes ou de groupe) qui se construisent à partir du carnet d’adresse des utilisateurs.

Mais le trio asiatique a de l’avance :

  • Le modèle économique de Whatsapp repose sur l’abonnement (1 dollar par an, gratuit la première année). Sa première vertu est la simplicité.

 

  • La force principale de KakaoTalk, Line et Wechat repose sur le développement en « plateforme » qui ouvre des perspectives commerciales considérables.

 

 

Ça leur permet, par exemple, de gagner de l’argent avec des offres de jeux de plus en plus abondantes. Le commerce électronique n’est pas loin.

  • Wechat s’est lancé dans le transfert d’argent. C’est d’un tout autre business model dont il est question.
  • Les applications de Line sont celles qui ont rapporté le plus dans le monde en 2013 (mis à part les jeux).
  • Au Japon même (qui est le pays où les applications gagnent le plus) Line a gagné sept des dix premières places dans la catégorie jeux.
  • Les utilisateurs de WeChat rapportent 7 dollars par an (1 dollar dans le cas de Whatsapp).

 

 

Mark Zuckerberg a donc bien compris qu’il devait se lancer dans les applications de messageries et qu’il était trop tard pour en créer une. Ça lui coûte cher mais c’est la bonne direction. Et si vous trouvez que 19 milliards pour Whatsapp c’est beaucoup, n’oubliez pas qu’en novembre dernier on parlait d’une prochaine entrée en bourse de Line pour... 28 milliards de dollars.

 

Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

 

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Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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