L'accord cadre du 6 avril 2012 : L'effroyable imposture des mutins.

 

Un putsch à 5 semaines contre une démocratie, un capitaine qui s'autoproclame chef d'Etat, une dissolution de toutes les institutions de la République, 45 communiqués, un infinissable « considérant que », une promulgation éclaire d'une nouvelle constitution, un bras d'honneur à une échéance électorale programmée, une condamnation mondiale sans précédent, des dizaines de décrets et de nominations, un « nous prenons acte » devant la condamnation ferme du putsch par la CEDEAO, une menace d'embargo, une reconsidération des institutions suspendues 5 jours plus tôt pour faire bonne impression et gagner du temps, un refus d'atterrissage aux avions des chefs d'Etats de la CEDEAO en mission de décrispation de la crise, une dérisoire poursuite pour "haute trahison" contre un président démocratiquement élu à 5 semaines de la fin de son mandat, plusieurs pillages, 6 principales villes du Mali bradées en une semaine, un pays scindé en deux, la plus grave crise humanitaire jamais enregistrée dans la sous région, 200.000 maliens déplacés, une convention nationale rejetée par l'ensemble de la vraie classe politique du pays, une armée déprimée et en déroute devant les rebelles Touareg et Jihadiste qui s’apprêtent désormais à fondre sur le reste du Mali après avoir englouti les 2/3 de son territoire.

 

Le bilan des mutins n'est pas que catastrophique, il est gaguesque. Les 15 jours de ces truffions à la tête du Mali donnent le tournis aux scénaristes les plus déjantés des farces du genre. En livrant dans ce spectacle ubuesque, le Mali avec ses 52 ans d'indépendance dont 20 de démocratie et de progrès, avec une croissance annuelle à plus de 4%, ces jeunes putschistes, une fois atteint le point de l'accord-cadre de sortie de crise signé vendredi, devrait s'assagir et rapidement mettre en œuvre toutes les exigences qui permettront le retour à l'ordre constitutionnel.

 

Cela aurait pu être le premier prix sur la multitude à payer aux Maliens. Rien que pour un début de réconciliation avec leur peuple qui git encore avec la cicatrice toute fraîche des conséquences de l'éphémère et infernale existence du CNRDRE. Mais, l'énorme humiliation affligée au Mali ne semble pas les contenir, car ils opposent depuis hier soir, une mauvaise foi patente à l'application de cet accord qui stipule le transfert immédiat du pouvoir à un gouvernement de transition présidé par Dioncounda Traoré, l'actuel Président de l'Assemblée Nationale.

 

Cette disposition, pour qu'elle puisse être applicable, demande des préalables constitutionnels comme : la démission officielle du Président de la République renversé et la saisie de la cour constitutionnelle par le Président de l'assemblée Nationale et le Premier Ministre, aux abonnées absents depuis plusieurs jours, pour faire constater la vacance du pouvoir. Le respect de ces points impose logiquement la rédaction d'une lettre de démission écrite par Amadou Toumani Touré suivie d'une déclaration de sa part sur les ondes accessibles à tous les maliens. Mais, les mutins seraient opposés fermement à cette option de peur que son contenu ne leur porte préjudice. Une tergiversation inutile qui ne sert ni les mutins, ni l'honneur qu'ils veulent sauvegarder, encore moins la sortie rapide de cette crise multidimensionnelle.

 

La CEDEAO se fourvoierait encore, après avoir manqué une première occasion de montrer toute sa fermeté devant des putschistes, si elle accordait la moindre attention à ce nouvel enfantillage.


Depuis Kati, Sanogo et ses acolytes continuent à faire du zèle. Ils continuent, malgré le retour, hier de Dioncounda Traoré en provenance du Burkina Faso, à gérer les affaires courantes de la Nation comme si de rien n'était. Leur respect de l'accord cadre laisse sceptique plus d'un observateur. Preuve en est faite que la seule pression de la CEDEAO et des autres partenaires au développement du Mali n'ont pu avoir l'influence escomptée sur les putschistes, vue tout ce qu'ils ont pu tirer comme avantages dans les négociations : allant de la loi d'amnistie générale pour eux et tous leurs associés, au rôle et à la place du CNRDRE pendant tout le processus de transition que présidera Dioncounda Traoré.


La signature de cet accord avec les mutins ne sera suffisante que s’il y a une vigilance populaire assez forte qui l’accompagne. La population malienne et sa classe politique ont une ultime occasion de se rattraper sur la complicité passive qu’ils ont affichée durant ces quinze derniers jours de pouvoir des mutins.


A ce rythme, l'étape du déblocage institutionnel n'est pas encore gagnée. La mauvaise foi manifeste des mutins devient le nouvel adversaire auquel il faudrait faire face en vue de la restauration rapide de l'Etat au Mali, condition ferme pour la réussite de la période de transition à venir. 

Solo Niaré

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