Ne vous fiez pas au titre, un brin racoleur...Le dernier livre du correspondant à Bruxelles de Libération, Jean Quatremer, est un livre aussi brillant et efficace que son auteur. En ligne de mire: la connivence entre des puissants à l'abri sous le sceau de la vie privée et des médias français asservis voire complices.
Au centre de l'histoire, il y a la fameuse affaire DSK. Pas celle du Sofitel. Tout du moins pas encore... Car en 2007, sur son blog Coulisses de Bruxelles, Jean Quatremer sera le premier journaliste français à se faire l'écho du rapport "problématique" qu'a Dominique Strauss-Kahn, alors pressenti pour diriger le Fonds Monétaire International, avec les femmes. Il écrit: "Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement".
Dans son livre, Jean Quatremer raconte comment cette publication a alors suscité le scandale mais aussi le débat au sein même de la rédaction de Libération, sur les contours à respecter de la vie privée des politiques notamment. Alors qu'il pensait simplement dire tout haut ce que savaient et taisaient nombre de ses confrères journalistes, Jean Quatremer avait franchi la ligne rouge.
Finalement, la suite des évènements, l'affaire Piroska Nagy, puis celle plus tonitruante (et dramatique) encore, l'affaire Nafissatou Diallou, viendra en quelque sorte lui donner raison. Mais au fil de près de 200 pages, Jean Quatremer ne s'en félicite jamais, du genre "je vous l'avais dit ! ". Il préfère plutôt saisir cette occasion, dans une affaire exemplaire à plus d'un titre, pour dénoncer le conformisme et l'omerta qui règnent dans les médias français, surtout quand il s'agit de la vie privée (santé, argent, moeurs) des politiques et des puissants plus largement.
Sans se faire le "chevalier blanc" du journalisme, Jean Quatremer se livre, dans cet ouvrage, à un véritable plaidoyer pour un autre journalisme à la française: un journalisme d'investigation voire de subversion. Pêle-mêle, il y pourfend le défaut de tradition d'enquête dans le journalisme français, l'homogénéité des profils socio-culturels parmi les journalistes et les étudiants en écoles de journalisme mais aussi le manque de "droit de suite" opposé par les journalistes, en l'absence de réponse convenable, aux hommes politiques notamment.
Aussi du fait de la position particulière qu'il occupe en tant que correspondant à l'étranger (qui l'amène à plus pratiquer et côtoyer le journalisme à l'anglo-saxonne), le journaliste vient bousculer les frontières du fameux respect à la vie privée, une notion très française, "vestige de l'époque pompidolienne" selon l'auteur.
Mais en plus de lire l'homme, il faut aussi l'écouter. Sa parole est aussi vivifiante que ses écrits. Ses propos ont été recueillis à l'occasion du FIGRA


Écoutez le reportage (14 min. et 44 sec.)

 

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