Mardi, la rédaction d'iTélé a voté la grève pour un neuvième jour consécutif. Le conflit qui secoue la chaîne française d’information en continu concerne structurellement tous les médias, qui subissent actuellement les effets de la convergence industrielle. 

Avant le début de la grève la plus longue de l'histoire d'iTélé, les sociétés des journalistes (SDJ) de Mediapart et de Radio France, celles de Libération et de L’Obs ainsi que la société des rédacteurs du Monde ont apporté leur soutien aux grévistes de la chaîne d'informations. La profession s'aperçoit bien que le problème qui secoue iTélé est structurel. 

Après que la direction a procédé à des manoeuvre pour intégrer à la grille de la chaîne un journaliste mis en examen, Jean-Marc Morandini, les journalistes la signature d’une charte éthique, la nomination d’un directeur de la rédaction distinct du directeur de la chaîne et la définition d’un projet éditorial clair. 

Convergence industrielle 

Vu de Libération, journal qui a connu une semblable crise en 2014, ce qui se passe à i-Télé pend au nez de beaucoup d’autres médias : dans le conflit qui oppose la rédaction de la chaîne à sa direction germent des luttes qui risquent de se répéter dans tous les médias, du fait de "l’aboutissement logique de la convergence industrielle, de l’application d’une logique purement économique de tuyaux et de contenus à des entreprises avalées par un grand groupe, qu’elles produisent des films, des jeux vidéo, des séries ou, comme i-Télé, des informations", explique Le Monde en s'appuyant sur l'éclairage de Jérôme Lefiliâtre, journaliste à Libération

Les nouveaux empereurs des médias tels que Vincent Bolloré ou encore Patrick Drahi, qui échafaude des synergies entre SFR, BFM-TV, L’Express et Libération, semblent fantasmer des usines de "contenus" sans journalistes pour concevoir l'information. Avec ce logiciel industriel, les notions d"identité éditoriale et d'identité du métier de journaliste deviennent caduques. Les citoyens s'y retrouveront-ils ? 

"Nous sommes une chaîne télé"

"Nous sommes un journal", se défendaient les journalistes de Libération en 2014. "Nous sommes une chaîne télé", revendiquent en substance ceux d'iTélé deux ans plus tard. A leurs yeux, "l'indépendance fait l'audience", comme on a pu l'entendre lors du  rassemblement devant les locaux d'iTélé à Boulogne-Billancourt le 24 octobre. 

Les syndicats du groupe Canal + et la Société des journalistes d’i-Télé ont écrit au CSA (source : l’Observatoire des médias) pour solliciter une instruction de la part de l'autorité indépendante. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel va instruire le dossier sous une dizaine de jours. 

Le 20 octobre, le CSA avait déjà manifesté " sa vive préoccupation quant à la pérennité de la chaîne I-Télé, pour le développement de l’information en continu".

Quant aux téléspectateurs, nombre d'entre-eux ont exprimé leur sympathie pour les grévistes via le hashtag #jesoutiensitele. La volition d'une info sans journalistes ne passe pas. Jusqu'à quand ? 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
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