Iran : deux fois condamné à mort ?

Alireza, un Iranien de 37 ans, a subi une pendaison ratée le 9 octobre dernier. Déclaré mort 12 minutes après son exécution, il a ensuite passé une journée dans une housse mortuaire avant que les autorités ne se rendent compte qu’il était encore en vie. Aujourd’hui dans le coma, les juristes iraniens se déchirent sur son sort et les ONG exhortent le pays à ne pas sombrer davantage dans la barbarie.

 

 

Soigné puis exécuté ?

 

Condamné à mort pour trafic de drogue, Alireza – son patronyme reste inconnu – a été déclaré mort pendant plus de 24 heures. Le médecin de la prison de Bojnourd où il a été exécuté a signé son certificat de décès, tout comme les officiels présents. Il aura fallu attendre qu’un employé de la morgue réalise que l’homme était toujours en vie. A l’heure actuelle, Alireza se trouve dans le coma et ses chances de survie sont très faibles. « Les médecins ont dit que son niveau de conscience était de 6% seulement et la possibilité de mort cérébrale existait si sa situation ne s’améliorait pas », a indiqué l’agence officielle Iran.

 

« Dans sa condition, les médecins ne peuvent procéder à une opération chirurgicale », a précisé l’agence. L’euthanasie est en outre interdite en Iran. Alireza se trouve donc entre la vie et à la mort. Et si le condamné avait la chance de se rétablir, il pourrait avoir à de nouveau affronter la justice iranienne. En effet, les juristes discutent de son cas tout à fait particulier. Certains estiment que la sentence n’a pas été entièrement appliquée et qu’il devrait de nouveau être pendu. Tandis que d’autres soutiennent qu’une nouvelle exécution serait contraire à la loi.

 

« Quand quelqu’un est condamné à mort, il doit mourir après que la sentence ait été appliquée. Là, il est vivant, on peut dire que la sentence n’a pas été appliquée », a déclaré le juge Nourollah Aziz-Mohammadi à l’agence Iran. Au contraire, d’autres juges et avocats plaident qu’un survivant d’une pendaison ne soit pas de nouveau exécuté, comme c’est le cas pour les personnes survivant à une lapidation. A cet égard, deux ayatollahs ont publié un décret religieux (fatwa) affirmant que le condamné ne pouvait pas être de nouveau exécuté.

 

 

Le double jeu du gouvernement iranien

 

Naturellement, les réactions des organisations non gouvernementales ne se sont pas fait attendre. L’ONG Iran Human Rights a ainsi appelé la communauté internationale à agir pour empêcher une nouvelle exécution du prisonnier. Amnesty International est également intervenue par l’intermédiaire d’Anne Denis, responsable de la commission pour l’abolition de la peine de mort. « La décision iranienne de requinquer Alireza pour qu’il puisse être exécuté alors qu’il a sûrement dû souffrir terriblement lors de la première pendaison montre une extrême barbarie », a-t-elle déclaré.

 

D’un point de vue plus global, cette affaire tombe au plus mal pour le gouvernement iranien. En effet, ce dernier essaie de reconstruire sa crédibilité sur la scène internationale et de faire preuve d’une plus grande ouverture. Or derrière cette façade destinée à faire progresser le dossier nucléaire du pays, la société subit toujours l’autoritarisme du régime des mollahs. En outre, le président Hassan Rohani poursuit la défense des intérêts iraniens à l’échelle régionale. Soutien de Bachar al-Assad, l’Iran a également orchestré l’attaque meurtrière du camp irakien d’Achraf, où vivaient de nombreux opposants politiques iraniens. Sept personnes sont d’ailleurs toujours détenues en otage et pourraient être livrées au gouvernement d’Hassan Rohani.

 

Alors que de nombreux regards sont braqués sur les faits et gestes du pouvoir iranien, force est de constater que ce dernier brasse le chaud et le froid. Le pays entretient un double jeu aussi bien pour sa politique nationale qu’étrangère. L’épisode déplorable d’Alireza illustre parfaitement que le régime est encore loin d’avoir réellement changé et que ses déclarations n’ont pas encore été suivies d’actes.

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