Le salut du journalisme passe-t-il par le robot et par l’intelligence artificielle ? “L’IA à la rescousse des médias”, titrait il y a quelques mois le blog Méta-Média de France TV. Attention à la machine, pensent les techno-sceptiques. Éléments de réponses avec Claude de Loupy, co-fondateur de Syllabs, et Olivier Delteil, responsable innovation aux Echos.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, à force de lire des articles sur robots, les chatbots, les algorithmes et les automatismes en tous genres, je ne suis pas loin de frôler l’indigestion.

Robot-rédacteur, chatbot, analyse sémantique, valorisation d’archives… quelles applications l’intelligence artificielle peut-elle trouver dans les médias ?

Forcément, pour tenter de cerner les enjeux d’une telle question, j’ai eu envie d’interroger Claude de Loupy, chercheur et entrepreneur qui a co-fondé Syllabs, une start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle et le web sémantique.

  • L’intelligence artificielle, par où commencer ?

Par les représentations que l’on peut en avoir : je pense notamment au film de Stanley Kubrick, 2001 l’Odyssée de l’espace, dont le ressort reposait précisément sur la question du rôle joué par une intelligence artificielle dans l'évolution de l'humanité.

Travailler sur l’intelligence artificielle, c’est évidemment tenter de s’approprier une réalité en perpétuelle évolution, dont on ne mesure pas encore précisément les limites, les contours, et les évolutions.

En tout cas, si l’on part d’une définition simple de l’IA (pour l’appeler par son petit nom sur les réseaux sociaux) : l’intelligence artificielle, c’est l’intelligence des machines et des logiciels. C’est avant tout un concept faisant écho à une façon de modéliser le monde, de décomposer en séquences et en opérations des phénomènes précis.

Exemple : Claude de Loupy s’est très vite intéressé au traitement automatique des langues. Autrement formulé : il s’est intéressé aux langues pour tenter d’en modéliser le fonctionnement, mais surtout de construire des solutions informatiques permettant de comprendre, de produire ou d’interpréter les textes.

C’est d’ailleurs là le cœur de l’expertise de l’entreprise qu’il a co-fondé avec Helena Blancafort, une linguiste : Syllabs. Pas évident, pour le tout venant, de comprendre ce que cette société peut faire au service des médias.

  • L’IA dans les médias ?

C’est simple : renforcer et appuyer le travail d’enquête, augmenter la pertinence des liens et des informations de contexte en élargissant le champs de connaissances utiles à disposition pour écrire, voire…. écrire “automatiquement” des articles. D’où l’expression : “robots rédacteurs”.

Pour ce faire, c’est pas sorcier, il faut des bases de données “structurées” (c’est à dire intelligibles pour des machines : un résultat, un lieu, un score, etc.). Et ça tourne “tout seul” pour des articles factuels ?

Exemple : la couverture des élections départementales, en 2015, par Le Monde. A cet égard, je vous recommande la lecture du billet de blog, en mode making of, publié à l’époque par la rédaction.

A la question : “qu’est-ce que ça change ?”, j’ai envie de répondre, tout simplement : “on change d’échelle”. Une rédaction est désormais en mesure de proposer à ses lecteurs des services quasiment personnalisés… Ce qui n’enlève rien, du reste, à l’impérieuse nécessité de continuer d’innover en matière d’enquête, d’investigation par des rédacteurs, mais aussi de productions de formats adaptés aux nouveaux supports.

  • Et aux Echos ?

Olivier Delteil, responsable des innovations au groupe Les Echos, a eu l’occasion d’essayer, notamment, la génération automatique de texte au sein de sa rédaction. Evidemment, dès lors qu’il y a production automatique de textes jadis rédigés par des journalistes, cela ne va pas sans crispation au sein d’une rédaction.

Et pour cause : ce qu’il faut trouver, c’est le bon usage, au cœur des médias, des vertus et potentiels de l’IA pour consolider le savoir-faire, élargir l’offre ou… mieux valoriser les archives. Tout en restant conscient que l’IA, à moyen et long terme, posera nécessairement des questions sur la transformation des métiers.

Autre projet qui avait été porté par Les Echos, Les Echos 360 : "A l'inverse de Google News qui explore un nombre illimité de sources, l’idée initiale, c’était d'extraire de bonnes histoires concernant le monde des affaires à partir de sources sélectionnées par des algorithmes ET manuellement", écrivait à l’époque Frédéric Filloux. Un projet malheureusement abandonné depuis lors.

Quoi qu’il en soit, le déluge de données dont on parle souvent se traduit par de nombreuses possibilités en matière de services : newsletters personnalisées, météos, résultats sportifs pour toutes les divisions, équipes et niveaux, il est désormais possibles d’envisager des articles générés automatiquement sur tout un tas des sujets (actuellement non couverts par les rédactions, faute de modèle économique).

  • Un chatbot à Ouest France

Enfin, il est intéressant d’entendre le témoignage de Jonathan Le Borgne, responsable des réseaux sociaux à Ouest France, à l’origine de l’expérimentation d’un chatbot lancé l’été dernier, à l’occasion de l’Euro de football : pour l’heure, et quand bien même l’usage des chatbots (robots capables d’échanger sur une messagerie pour livrer des infos aux internautes à la demande) se répand, on est encore assez loin d’une généralisation du service.

Cela dit, là où le jeune public passe de plus en plus de temps sur des messageries, c’est une des promesses possibles de l’usage du chatbot : rétablir, paradoxalement, un canal de conversation avec des utilisateurs qui sont de moins en moins… sur le web, et de plus en plus sur les réseaux sociaux.

Image : Michele M. F. (cc-by-sa 2.0) 

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