En partance du Tchad pour le Cameroun où ils espèrent traverser le pays tant admiré par les Tchadiens pour les études et surtout pour sa libre circulation grâce à la Cémac, 19 étudiants tchadiens ont passé un mauvais quart d’heure à 130 km de Yaoundé.

«Tant que le crapaud n’a pas touché à l’eau chaude, il ne saura pas qu’il existe deux sortes d’eau : l’eau chaude et l’eau fraîche», a dit un proverbe bantou. Ce proverbe résume bien le cas de 19 étudiants tchadiens lors de leur voyage de N’Djaména à Yaoundé. Après trois jours de voyage épuisant, grande a été leur surprise alors ils espéraient arriver à destination pour se reposer. En effet, le vendredi 27 septembre 2013 vers 6 heures du matin à 130 km de Yaoundé que le calvaire de ces 19 jeunes bacheliers commença. Le bus qui les transportait fut un arrêt pour le contrôle des pièces à un poste de la gendarmerie. «Deux hommes en treillis survinrent par la suite et nous lancèrent contrôle mixte gendarmerie-police. Sans vérification d’identités, les papiers de certains passagers furent confisqués. C’était nos cartes d’étudiants, laissez-passer, carte de séjour», explique avec beaucoup d’amertume, Allah-ndigta Ndoyhognan le début de ce qu’il appelle «son chemin de croix». Ce énième arrêt pour le contrôle et les formalités est le plus dur moment de tout leur voyage. La surprise ne fait que continuer. Avant que le gendarme qui effectuait les fouilles et les formalités ne s’asseye sur son banc après avoir arraché tous leurs papiers de voyage, il leur lança : «Vous êtes des Tchadiens mais que cherchiez-vous en masse au Cameroun ? Après avoir mis le feu sur la Centrafrique, vous voulez reproduire le même scenario dans notre pays ? Sachez que vous n’êtes pas des modèles en Afrique centrale. Et n’existe-t-il pas des universités chez vous ?». Une menace ou un contrôle ? Après avoir adressé ces paroles haineuses, à ses compatriotes de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac), Allah-ndigta Ndoyhognan, lui, s’attendait à «un rapatriement ou un mandat de dépôt en prison». La surprise ne fait que continuer sinon recommencer. Le chef de poste leur ordonna de payer 1 000 F CFA chacun afin qu’ils puissent les laisser continuer. «Ce n’est rien pour les Tchadiens, riches que vous êtes», se plaisait-il d’ajouter. Ce que ce chef de poste ignore, un riche ne se peinerait jamais de voyager avec un bus pour se fatiguer. Pire, de venir au Cameroun au lieu d’aller aux Etats-Unis, au Canada ou en France pour étudier. Ainsi, «les 19 riches pingres étudiants tchadiens» cherchaient à savoir pourquoi doivent-ils payer les 1 000F CFA chacun. Et à quoi cet argent va leur servir ? «C’est de trop et nous n’avons plus d’argent pour vous donner», rétorque les 19 étudiants. Silence cathédral de la part du chef de poste. Et la situation se dégrada. Les gendarmes descendirent leurs bagages et l’ordre fut donné au chauffeur par ces derniers de continuer son chemin sur Yaoundé. Un jeune camerounais, n’ayant pas apprécié l’attitude de ses compatriotes en treillis, voulant prendre leur défense, fut sérieusement bastonné. Oh le pauvre ! Il a été retenu environ une heure avant d’être relâcher pour continuer le reste du chemin à pied. Et après, ce fut le tour d’un des 19 qu’un gendarme infligea une paire de gifle.

L’aggravation de la situation

Face à la dégradation de la situation, les 19 étudiants tchadiens ont décidé de contacter l’Ambassade du Tchad à Yaoundé par des coups de fil qui ne résolurent pas le problème mais plutôt l’empirèrent. Contactés par le conseiller de l’ambassadeur, les gendarmes s’énervèrent au téléphone et lui raccrochèrent au nez. D’un ton nerveux, ces derniers informèrent aux 19 étudiants que leur situation est grave et qu’ils doivent attendre l’arrivée du sous-préfet. Les yeux de Allah-ndigta Ndoyhognan se rougirent, sans autre appui et désespéré, il entendit que des invectives venant des villageois insolent.
Après six heures d’attente, le sous-préfet vint enfin. Celui-ci, comme tout bon politicien a su convaincre les 19 étudiants. «…nous nous excusons de ce malentendu […]. Si vous venez au Cameroun pour les études, c’est parce qu’il y a la sécurité et c’est cette sécurité que nous voulons préserver. Aussi sommes-nous à la veille des élections. Alors nous allons procéder aux fouilles de vos bagages […]. Nous nous excusons encore pour les 1 000 F Cfa que vous n’avez pas prévu pour payer encore le transport pour Yaoundé. Nous allons vous déposer avec nos véhicules à Ayos (une localité à quelques 5 Km du poste de contrôle, Ndlr) où vous allez prendre le bus», s’excusa le sous-préfet. «Qu’avaient-ils dit au préfet ? Et celui-ci savait-il que nous avons été arrêtés pour 1000 F Cfa par personne ?», s’interroge Allah-ndigta Ndoyhognan. «Heureusement pour eux, nous avons référé nous taire!», conclut-il. Ainsi prirent fin les six heures de détention des 19 étudiants, assoiffés, affamés, la peur dans le ventre et les voilà encore en route pour une nouvelle aventure. L’espoir d’arriver à Yaoundé s’est amaigri mais la capitale camerounaise les a accueillis aux environs de 17 heures.

Encadré

La sécurité de la sous-région menacée par les forces de défense et de la sécurité elles-mêmes

Après cet incident, la foire aux questions surgit. Étant donné que la sécurité sous-régionale est menacée depuis quelques années par des terroristes et autres groupes djihadistes et surtout le fameux Boko Haram, la question qui taraude l’esprit est de savoir qui sont ces hommes, de surcroît, militaires, qui choisissent délibérément d’échanger obligatoirement la sécuriser de tout un pays au pris de 1 000 FCFA ? Cette courte expérience des 19 étudiants montre à suffisance que la guerre contre Boko Haram lancé il y a une semaine serait sans résultat si les hommes qui doivent assurer la sécurité des villes et des frontières se préoccupent plus des jetons que de la sécurité qui est devenu le combat de tous les présidents.

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