Informer sur TF1 en plein Mondial

L’Institut national de l’audiovisuel a démontré qu’en 2012, TF1 a consacré dans ses journaux télévisés 721 sujets à l’international, quasiment autant qu’au sport (762). Dans quelle catégorie ranger la Coupe du monde au Brésil ? Sans doute dans les deux. Mais si on s’intéresse à l’actualité internationale, aux grands événements tragiques qui secouent la planète, ce n’est pas sur TF1 qu’il faut aller.

Jeudi soir, alors que son journal de 20 heures était en très grande partie consacrée à l’ouverture du Mondial, seuls vingt secondes ont été accordée à ce qui faisait le même jour la Une du Monde : l’offensive éclair des djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant.  Après la prise de Mossoul, la deuxième ville du pays, les insurgés se trouvaient pourtant ce soir-là  à 100 kilomètres de Bagdad. Le même phénomène survenu au Mali il y a plus d’un an avait justifié  une couverture médiatique sans précédent, qui s’était ensuite amplifiée avec l’implication militaire de la France.

Pour la première chaîne d’Europe, un péril majeur au Moyen Orient compte-t-il moins qu’un péril majeur en Afrique? La réalité est en fait beaucoup plus simple. TF1 est une chaîne commerciale et, comme telle, se doit de faire vivre un événement qu’elle a payée 130 millions d’euros pour diffuser 28 matchs. D’ores et déjà, elle sait qu’elle ne rentrera pas dans ses frais même si elle a récolté 50 millions d’euros de Bein Sports, qui diffusera 64 matchs payants, et même si elle va tâcher de remplir au prix fort ses écrans publicitaires.  Selon l’agence Vivaki, elle ne devrait récolter au mieux, en remplissant à ras bord ses écrans de pub et avec les Bleus en finale, 61,5 millions d’euros.  Cela veut dire que dans le meilleur cas de figure, TF1 s’en tirera avec une perte de près de vingt millions d’euros sur le Mondial.

Quel intérêt alors ? Eh bien, c’est le prix à payer pour demeurer une grande chaîne de référence qui invite à se retrouver sur son antenne pour vivre en direct de grands événements positifs. Bref, la Coupe du monde, ce n’est pas pour TF1 qu’une affaire de sous et d’audience même si elle a réuni 8,7 millions de personnes pour le match Brésil-Croatie. C’est aussi et surtout une question d’image, de standing. La chaîne a dépêché sur place 70 personnes, soit moins qu’en Afrique du Sud il y a quatre ans. Il lui faut aujourd’hui davantage serrer ses coûts et se mettre au diapason de son slogan « partageons des ondes positives » qui entend se diffuser sur l’ensemble de ses émissions.  Y compris sur le premier JT de la Coupe du monde.

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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