Infidèles stylos à bille

Médias. Les journalistes dépensent jusqu’à 24 000 F. Cfa par an pour l’achat de ce matériel de travail qui disparait tous les jours.

La conférence de rédaction vient de s’achever ce lundi au Desk du quotidien Le Jour à Douala. Le responsable marketing et commercial, André Bofia, alias « Bobby», est dans tous ses états. Il ne retrouve plus le stylo à bille de couleur bleu qui traine toujours sur sa table. « Qui a touché à mon stylo à bille ici ? Ca ne peut plus continuer ainsi. Le jour où je vais attraper quelqu’un, il m’en dira des nouvelles ! », gronde t-il. Ne riez pas ! « Bobby» est très sérieux. C’est que, confie t-il, il arrive assez souvent que son stylo à bille « disparaisse » sans qu’il n’en sache la destination. Et le phénomène est répandu dans toutes les salles de rédaction. Dans chacune des entreprises de presse, les anecdotes ne manquent pas. Les astuces aussi.

A la Cameroon Radio and Television (CRTV), station régionale du Littoral, Gilbert Ele Ndzana reconnait que lorsqu’un collègue vous emprunte votre stylo à bille, il y a de faibles chances qu’il vous revienne. A Sweet Fm, il est arrivé que des journalistes et animateurs se lancent des injures pour un stylo introuvable. Du coup, les journalistes ont développé des astuces dans les rédactions, pour contourner ce phénomène. Certains journalistes achètent des stylos à encre rouge ou noire, moins utilisés par les autres collègues. « Mathieu ronge le bout de son stylo», témoigne un journaliste de Sweet Fm. Même Carole Yemelong, la Rédactrice en chef (Rec) de la radio a son astuce pour ne pas se faire prendre son stylo. « Je marche avec mon stylo en main. On dit ici que les stylos ont des pieds. Quand je me lève, j’emporte tous les stylos que je trouve devant moi», indique-t-elle. A Equinoxe Radio et Equinoxe Tv, la technique qui consiste à inscrire son nom sur un bout de papier et de le glisser dans le tube du stylo, ne découragent pas les « chipeurs ».  « Je n’achète jamais de stylos. Je trouve ou on m’en donne», confie une journaliste d’Equinoxe Tv. A Camnews 24, on a choisi tout simplement de ne plus prêter de stylo à autrui.

24 000 F. Cfa par an

Pour Blaise Patient Ekwelle, animateur à Radio Nostalgie et Joseph Olinga, journaliste au quotidien Le Messager, il s’agit simplement d’un acte involontaire ou d’un reflexe. Mais certains employés des médias soutiennent que ces actes sont parfois prémédités. « Il y a des journalistes qui n’achètent pas les stylos parce qu’ils savent qu’ils vont se ravitailler à la rédaction », déplore Carole Yemelong. Quoiqu’il en soit, elle a acheté une trousse pour ranger ses stylos à bille, loin de toute main indélicate. Le stylo à bille est un matériel de travail incontournable pour le journaliste. Quel embarras de se retrouver en reportage ou devant un interviewé sans quoi prendre des notes. L’incidence financière est non négligeable. Des journalistes interrogés ont relevé qu’ils achètent en moyenne cinq stylos à bille par semaine. « Ce sont des dépenses énormes pour les journalistes qui ne sont pas déjà bien nantis. Ca revient à un budget mensuel de 2000 F. Cfa, soit 24 000 F. Cfa de dépenses par an pour l’achat de stylos à bille. Sur 5 ans, ça fait une grosse fortune. Cet argent aurait pu servir à régler des factures d’eau ou d’électricité», explique Julien Chongwang, Rédacteur en chef du Quotidien de l’Economie. De quoi gonfler le chiffre d’affaires des sociétés de fabrication des stylos à bille.

Mathias Mouendé Ngamo   

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Commentaires

  • Que doivent alors faire les journalistes e animayeurs pour conserver leur stylo à bille d'après vous?

  • C'est une réalité dans plusieurs rédactions même ici chez nous en RDC. Dans mon rédaction à la Radio Victoire Horizon, il y a déjà un slogan qu'on lance quand vous annoncez la perte de votre stylo. On vous dit : "Même dans des rédactions des radios internationales on vole des stylos...".

  • C'est une réalité très partagé en Afrique. Lors d'un stage à Orange Guinée à Conakry, j'ai tellement perdu des stylo, que je suis résolu à en acheter deux: un pour moi et un pour les collègues

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