Cette semaine l'Atelier des médias reçoit Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information, blogueur sur Affordance.info. Il vient de publier un petit livre, Qu'est-ce que l'identité numérique? consacré à notre présence en ligne. L'occasion de parler de ce thème avec lui et d'aborder d'autres enjeux majeurs de l'internet qu'il chronique sur son blog.

Adresses mail, profils Facebook, Twitter, Google, identifiants en tous genres... depuis 15 ans les éléments constitutifs de qui nous sommes en ligne ne cessent de s'accumuler de manière évidente, visible. Il en est bien sûr de même pour la partie moins visible de notre présence numérique : adresses IP, cookies, métadonnées, géolocalisation renseignent notre vie et notre activité en permanence. Aujourd'hui notre double numérique joue un rôle central dans nos vies affective, amicale, intellectuelle, sociale, professionnelle. Pourtant, une grande partie de ce qui le constitue nous échappe. Il suffit de sortir dans la rue pour voir à quel point chacun est soucieux de son apparence, de son attitude, des ses biens. Une recherche Google a vite fait de nous convaincre du contraire pour ce qui est de notre vie en ligne : images compromettantes, profils et informations caducs, blogs ou sites obsolètes...

Olivier Ertzscheid par André Gunthert

Qu'est ce que notre identité numérique? Comment la définir? La gérer? La préserver? Nous en parlons cette semaine avec Olivier Ertzscheid qui était en duplex depuis les studios de France Bleu Loire Océan à La Roche sur Yon. Blogueur sur l'excellent affordance.info, il suit de près l’actualité et plusieurs grands enjeux des nouvelles technologies et de l’internet. Dans Qu’est ce que l’identité numérique ? publié récemment chez openedition.org (version mise à jour du livre Identité numérique et e-reputation publié en 2011) il analyse notre présence en ligne et prodigue une série de conseils utiles à chacune et chacun d'entre nous.

Pour en savoir plus sur ces questions, nous vous invitons à écouter la version longue de l'entretien dans le lecteur ci-dessous.

 

Avec le passage d'un World Wide Web à une sorte de World Life Web où l'individu occupe la place centrale, il est désormais indispensable pour chacun de gérer, contrôler, "monitorer" son identité numérique. C'est ce qu'explique Olivier Ertzscheid tout au long de ce petit ouvrage où il propose, entre autres, cette définition de l'identité numérique :

«L'identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audios ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, etc.) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau et le reflet de cet ensemble de traces, tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche »

 


Une identité scrutée, renseignée, enrichie, suivie par des tiers dans l'idée, en théorie, d'offrir un meilleur service à l'internaute : sécuriser ses accès, optimiser ses recherches... Mais du "cercle vertueux" de cette identité qui nous protège, on passe aisément à un cercle vicieux : une identité qui donne accès sans contrôle à nos informations et nos données…

« Dans le monde d’hier, un monde majoritairement connecté, notre identité était parfois dangereusement exposée. Le monde d’aujourd’hui est un monde de l’hyperproximité, de la connexion permanente, de l’informatique nomade et ubiquitaire. Dans ce monde-là, notre identité est, si nous ne mettons pas en œuvre des garde-fous, en danger. Plus exactement, elle est en permanence susceptible de représenter un danger pour et « sur » nos sociabilités dans le monde physique comme dans le monde numérique. En attestent notamment les nombreux cas de licenciements ayant comme origine une utilisation trop naïve du premier des réseaux sociaux. »

 

 L'identité de l'internaute est, bien entendu, un enjeu économique :

« Au royaume d’une économie dont l’attention, notre attention, est la ressource la plus rare et donc la plus chère, le profilage et la segmentation marketing règnent en maîtres. »

 

Il faut, par conséquent, "former les utilisateurs, citoyens, jeunes et moins jeunes à la surveillance, au contrôle, au monitoring de leur identité numérique".

Olivier Ertzscheid propose quatre piliers de la sagesse numérique :

 

- Protéger – réserver son nom

 

- S’impliquer

 

- Définir son périmètre de confidentialité

 

- Veiller au grain

 

Photo par kris krüg

 

Et il établit aussi trois lois pour une netiquette de l’identité numérique inspirées des trois lois de la robotique d'Isaac Asimov:

 

Un terminal ou un objet connecté ne peut archiver, collecter ou faire transiter, au-delà d’un temps explicitement défini, des données relatives à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit indexé dans chacun de ses comportements et de ses intentions.

 

Un terminal ou un objet connecté doit obéir aux règles de confidentialité choisies par son utilisateur, sauf si de telles règles entrent en conflit avec la première loi.

 

Un terminal ou un objet connecté doit proposer des services personnalisés tant que ces services n’entrent pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. »

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Olivier Ertzscheid, son blog est un des rares lieux d’observation académique et d’analyse des enjeux de l’internet. Il y a bien entendu beaucoup de sites et de blogs qui parlent de ces questions mais rarement ils ont une approche scientifique et sociétale. Nul besoin de remonter trop loin dans ses articles pour envisager la qualité de ses productions et avoir une idée de ses thèmes de prédilection.

Quelques jours avant l'entretien, il publiait 2 milliards d'internautes et un quart de pirates. Selon la police. Un billet où il revient sur un de ses thèmes de prédilection. Le droit à la copie bafoué par une industrie culturelle incapable de fournir un service adapté aux nouvelles réalités et qui se cramponne à des modes de pensée ancestraux.

“Rien de grand dans le monde ne s'est fait sans copie” expliquait Ertzscheid dans un autre billet.

 

Dans l'entretien, nous avons également évoqué de billet Le World Wide WEAR ? C'est pas la mort !. Il y est question de l'intérêt de google pour les fonctions et actions humaines : voir, conduire, vivre...

*Image de couverture par  Inha Leex Hale

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