Je continue cette semaine mon exploration du concept de ville intelligente. J'ai découvert cette semaine deux concepts, l'hyperdensité et la marchabilité qui devraient jouer un rôle important dans l'amélioration des conditions de vie urbaines dans le futur.

 

Un de mes problèmes avec les villes dites intelligentes est que toutes les discussions sont en fait des rêves qui promettent plus qu'ils ne peuvent tenir alors que nous sommes confrontés au désespoir de constater l'état des villes dans lesquelles nous vivons. Imaginez ce que peuvent penser les habitants du Caire auxquels on fait miroiter la perspective de Masdar (dans le désert d'Abu Dhabi) qui promet d’être neutre en terme de gaz carbonique et de ne dégager aucun déchet.

 

Mais, entre les mirages et les réalités il y a les projets – c'est un peu mieux que des rêves - des architectes et des urbanistes qui travaillent à l'amélioration de nos villes. Le site WebUrbanist.com "Magazine digital d'architecture urbaine, art, design, voyages et technologie" vient de leur consacrer un article stimulantJe trouve fascinant le fait qu'ils font tous le double pari de l'hyperdensité et de la « marchabilité » avec, pour faire bonne mesure, une touche de vert.

Quelques explications concernant ces concepts barbares…

 

L’hyperdensité caractérise les villes où la densité est suffisante pour que la construction d’un métro ait un sens (selon Vishaan Chakrabarti un professeur de l'Université de New York). Elle augmente à mesure que l’on construit plus de gratte-ciels et donne des agglomérations qui sont , « les moteurs économiques les plus efficaces, les plus durables dans leur respect de l’environnement et les plus susceptibles d’encourager un style de vie joyeux et sain ».

 

 

La « marchabilité » - walkability en anglais, mais le terme commence à être utilisé en français - est le degré de facilité avec lequel on peut tout faire à pied, près de chez soi. Il y a même des sites spécialisés dans cette mesure commeWalkScore.com. En tous cas, une étude suisse révèle que « les habitants marchent plus ou moins en fonction de la densité de la population ». J'ajoute que nous ne saurions oublier la « cyclabilité » qui gagne en acceptation.

 

 

Tout est donc censé changer quand on réunit hyperdensité, marchabilité et espaces verts dans des projets de villes nouvelles, comme le font les 14 projets recensés par WebUrbanist dont voici quelques exemples.

  • La ville chinoise de Chengdu (14 millions d’habitants au total), se lance dans la construction en pleine campagne d’un nouveau centre urbain de 80.000 habitants tout en hauteur. Les voitures en seront bannies mais on pourra se rendre à pied du centre à la périphérie en 10 minutes. Ça devrait permettre de consommer 48% moins d’énergie et 58% moins d’eau qu’une ville traditionnelle et de produire 89% moins de déchets solides. Les villes avoisinantes seront accessibles en transports publics.
  • S’inspirant d’une antique passion chinoise, la ville de Guiyang (4 millions d’habitants) a décidé de lancer Shan Sui (ce qui veut dire : ville des montagnes et de l’eau) sur le même principe d’une très haute densité avec accès piétonnier à tout ce qui compte : en l’occurrence, les espaces publics et verts autant que les écoles, les hôpitaux et les emplois.

Qui a dit qu'il ne s'agissait pas de rêves ?

 

Il s'agit de projets bien sûr - et certains sont en cours de réalisation - mais en fait, le point commun / non dit / de la plupart d'entre eux c’est qu’ils concernent des nombres très réduits d’habitants.

Et voir petit ne résout pas tout. Harvest City, ville flottante de 30.000 habitants pourrait voir le jour en Haïti. Partiellemnt consacrée à l’agriculture, elle est conçue pour résister aux cyclones… et, plus que probablement réservées à ceux qui ont les moyens.

 

C’est pour cela que je trouve intéressante la notion de Muliplicity lancée pour Melbourne avec, en son cœur, celle de diversité. Le cabinet d’architectes qui l'a conçue pense pouvoir allier l’hyperdensité et « des topographies urbaines comprenant la production de nourriture, le recueil des eaux de pluies et la génération d’énergie ».

 

Cette vision est d’autant plus séduisante qu’elle propose que « la forme [y] suive la fiction ». On se rapproche de nouveau du rêve… / Mais / n’ayons pas trop peur. Cette ville n’est envisagée que pour dans cent ans. Espérons que, d’ici là, ce cabinet, ou d’autres, proposent quelques projets tout aussi bien conçus mais un peu plus réalistes.

 

(source image couverture)

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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