HERITAGE

HERITAGE

 

Je suis venue au monde dans une famille chrétienne. Ma mère était une protestante baptiste et mon père un fervent catholique mais ma grand-mère du côté paternel était « une guinée » ce qui signifie une servante des loas ou lwas du vaudou haïtien mais cela ne l’empêchait nullement d’être une catholique. Pour elle, il n’y avait pas de différence entre Erzulie Freda Dahomey, déesse de l’amour dans le vaudou haïtien et la vierge Marie. De nos jours, le Syncrétisme Religieux (alliance entre le vaudou originaire du Bénin, du Togo, de la Guinée et la religion catholique romaine) est très présente dans mon pays. Mon père qui avait totalement rejeté ses cultes ancestraux m’a élevé dans la religion catholique. Je reçus donc ma première communion à huit ans. C’est à cette époque que mourut ma grand-mère à l’âge de 102 ans, je n’eus donc pas la chance d’apprendre certaines coutumes ancestrales d’elle. Je sais que je tire mes origines de l’Afrique, je le sais grâce à la couleur de ma peau mais le Dieu que j’invoque chaque jour n’est pas celui de mes ancêtres. Certes, le vaudou haïtien est un mélange des croyances des amérindiens, de nos ancêtres africains et aussi de nos colonisateurs (Espagnols, Anglais, Français) mais je crois qu’à travers lui, on peut réécrire l’histoire de mon peuple, sa vraie histoire. Néanmoins,  je suis restée fidèle à la religion de mon père, aujourd’hui encore, je prie la Vierge Marie et Jésus mais ce qui m’a beaucoup plu dans le vaudou c’est que je n’ai pas eu à chercher les dieux de mes ancêtres, ils sont tout simplement venus à moi. A travers des songes, des rencontres fortuites, des livres, petit à petit, je voyais des visages et petit à petit, j’ai pu donner des noms aux visages que je voyais. J’ai rencontré des serviteurs (pratiquants du vaudou) des hougans et des mambos (prêtes et prêtresses du vaudou) j’ai même assisté à des cérémonies vaudouesques. J’ai donc appris à aimer mes racines car le vaudou est et sera toujours diabolisé en Haïti par les autres religions et même  à travers le monde si l’on se réfère à tous les scenarios des films hollywoodiens qui ont donné une image négative du vaudou (zombification, Poupée vaudou). A travers cette quête qui ne se terminera qu’à ma mort, j’ai renoué avec mon identité culturelle. Je n’ai pas honte de ma culture comme certains de mes congénères, je n’ai pas honte d’être ce que je suis. Je suis une haïtienne, une créole d’origine africaine. Comme moi, Peu importe  où mes enfants naitrons, peu importe l’éducation qu’on leur inculquera, peu importe la religion qu’on leur imposera, mon héritage sera leur héritage, mes dieux seront leurs dieux, ils les accompagneront à chaque étape de leur vie, ils guideront leurs pas, ils les protégeront et seront pour eux une source de lumière, d’inspiration et d’amour, car notre héritage est dans notre sang. Nou se nèg d’afrik, nou se guinen (Nous sommes de l’Afrique, nous venons de la Guinée)

 

AURORE

23/11/2011

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